Maître chez nous / Plate-forme électorale

1 Novembre 1998

SOUCIEUX FACE AUX DÉBATS EN COURS DURANT L'ACTUELLE CAMPAGNE ÉLECTORALE QUÉBÉCOISE, LES MEMBRES DU CONSEIL D'ADMINISTRATION DE SOLIDARITÉ RURALE DU QUÉBEC, UNE COALITION D'ORGANISMES NATIONAUX, RÉGIONAUX ET DE CITOYENS PRÉSIDÉE PAR JACQUES PROULX, ONT RETENU DE SOUMETTRE LE DOCUMENT CI-JOINT AUX PARTIS POLITIQUES, AUX CANDIDATS AU TITRE DE DÉPUTÉS, AUX JOURNALISTES ET AUX MILITANTS ET MILITANTES ENGAGÉS AU SEIN DE LEUR COMMUNAUTÉ.

LE 30 NOVEMBRE 1998 : LES RURAUX SE RAPPELLERONT LES DERNIÈRES ANNÉES

Face à des gouvernements centralisateurs et centralisés, au cours de la dernière décennie, les ruraux ont manifesté leur malaise devant la Commission Bélanger-Campeau sur l'avenir du Québec, lors des États généraux du monde rural, au Forum sur la décentralisation, par le Chantier régions-municipalités du Sommet sur l'économie et l'emploi, etc. Convenons-en, ce fut peine perdue. Car de gouvernement en gouvernement, la classe politique a jugé des choses, prise dans les filets d'un seul paradigme. Celui selon lequel, de la tension créée par la concentration des populations, des échanges, du « chaos » en somme, émerge les innovations, le développement, l'évolution.

Sous l'effet de ce paradigme, les élites, surtout politiques, voient le déménagement du siège social ou des opérations d'une compagnie de la campagne vers la ville comme un signe de prospérité, la conséquence d'un gain d'importance. Paradoxalement, pour ces mêmes leaders, le déplacement d'un siège social de Montréal vers Toronto, Boston ou Chicago est perçu comme une perte reflétant un malaise économique.

Imprégnés du même esprit, les financiers des banques comme des sociétés publiques conviennent que les épargnes du monde rural se retrouvent réin-vesties dans des fonds gérés à Toronto ou New York. Côté instruction publique, les hommes et les femmes à la recherche du haut savoir sont aiguillés vers les universités urbaines. Rien d'étonnant qu'une fois devenus médecins, comptables ou gestionnaires, ils se préoccupent de la santé des ruraux sous l'angle obtus de la gestion des listes d'attentes.

Malgré les cris, les mémoires, les opérations dignité, fierté, relance, les dirigeants persistent à croire que les milieux ruraux n'ont été et ne seront toujours qu'un bassin de ressources humaines, naturelles et financières qui viendront alimenter le développement et l'essor des villes. Selon cette théorie et en contrepartie, cet essor urbain devait se répandre sur les campagnes. L'énoncé est d'autant plus intéressant qu'en période de développement et de croissance cette mécanique fonctionne dans des périmètres restreints autour des villes. Or, même durant les bonnes années, les zones plus éloignées n'ont jamais leur juste part de la croissance. Et c'est ainsi que durant les périodes de ralentissement, de contraction, de resserrement des revenus et des dépenses, les efforts exigés du monde rural sont dramatiques car la plupart des communautés étaient déjà défavorisées. Face aux gouvernements, le monde rural semble riche de tout sauf du droit d'être lui-même, d'être différent.

La liste des revendications traditionnelles des communautés rurales est connue et le délestage de quelques promesses ou subventions ne fera pas oublier aux ruraux leurs réelles difficultés.


LES ÉCOLES DE VILLAGE

Le Parti libéral avait fait piètre figure lors de son dernier mandat. Quant au Parti québécois, il s'était engagé lors de la dernière campagne électorale à protéger la dernière école du village; il n'a pas tenu parole une fois au pouvoir.


SANTÉ ET SERVICES SOCIAUX

De Côté à Rochon, de réforme en virage, la réorganisation du système de santé, a fragilisé davantage, si cela était possible, l'accessibilité aux soins de santé en milieu rural.

Deux trous noirs méritent d'être éclairés. Le premier, c'est la contraction budgétaire qui a eu pour conséquence directe et inévitable la fermeture d'hôpitaux, de centres de soins de longue durée et de centres d'hébergement pour personnes âgées. Le deuxième, est plus pernicieux. Il concerne la manière de faire par laquelle on a confié ces coupures, ou plutôt cette restructuration des services, à des Régies Régionales de Santé et de Services Sociaux. Ces instances sont des administrations imputables à l'État et non aux citoyens et aux citoyennes. Ici, la concertation avait un arrière-goût de manipulation.


DÉCENTRALISATION


Engagé sur la voie de la régionalisation depuis la réforme Picotte, le gouvernement québécois, de l'avis général, doit faire le pas de la décentralisation afin que les lieux de pouvoirs régionaux soient autre chose que des structures fiduciaires et subventionnées à la solde de l'état central. Que pourrait bien répliquer les Charest, Bouchard et Dumont aux propos de Guy Dufresne : « Il ne suffit pas de faire la somme des intérêts spécifiques engagés dans la gestion des politiques publiques pour dégager l'intérêt général de la société civile. »


En somme, avant l'an 2 000, et nous y penserons dans l'isoloir, nous, les ruraux réunis au sein de Solidarité rurale du Québec, voulons être maîtres chez nous.