Le monde rural sur glace

1 Septembre 1998

La modernité occidentale repose sur une idée : celle de la rentabilité financière, sociale, culturelle, économique et politique de la concentration. Cyniquement, la crise du verglas n'a-t-elle pas été le jugement dernier de la véracité de cette idée? En effet, la concentration des personnes, des animaux, des biens, des lieux de productions, du droit de parole, des misères, de la sécurité civile, du pouvoir politique, des médias comme de la fabrication des câbles électriques a engendré la plupart des méfaits du verglas.

Une fois cela dit, Solidarité rurale du Québec remercie la Commission Nicolet d'avoir sollicité sa participation et son opinion.

D'entrée de jeu, rappelons que la mission de notre coalition ne lui confère aucun rôle particulier lors d'une crise comme celle du verglas de 1998. Cependant, certains de nos membres réguliers dont l'Union des producteurs agricoles, l'Union des municipalités régionales de comté et des municipalités locales du Québec, jouent ou peuvent jouer un rôle de premier plan face à ce genre de tourmente. Précisons que nous comptons aussi comme membre associé Hydro-Québec.

Parallèlement, Solidarité rurale du Québec a, à l'instar de plusieurs autres groupes de la société québécoise, été présente sur la scène publique durant les événements. Était-ce parce que nous avions tant à dire? Était-ce parce que le président de la coalition était lui-même victime de dame Nature? Quelles que soient les raisons, la presse a sollicité notre point de vue et toujours nous nous sommes fait un devoir de calmer le jeu, de dire et de redire que la situation était difficile, complexe et urgente. Néanmoins, en milieu rural, nous n'avons pas connu de catastrophe.

Toutefois, nous avons, et c'est normal, eu peur, eu froid, eu trop d'ouvrage, trop attendu, connu des pertes et des bris, mais surtout, et c'est anormal, nous avons souffert d'ignorance. L'ignorance de comment on faisait avant l'électricité. L'ignorance de comment réagissent les plus démunis en situation de crise. L'ignorance du rôle des uns et des autres en matière sécurité civile. Mais surtout, nous avons âprement souffert d'être ignoré. Encore un fois nos villages, et pire nos rangs, étaient oubliés au profit des rues et des centres-villes. En clair, on a confiné, le temps de régler les vraies urgences, le monde rural à sa solidarité et à sa débrouillardise légendaires.


1. Un peu de mesure

D'autres groupes, d'autres citoyens sont venus devant vous faire le bilan, certes juste, de la catastrophe et de ce qui tourne autour comme les mesures d'urgence, la sécurité civile, la rôle de la presse, la météo, etc.

À ces propos nous avons bien peu à ajouter sauf, peut-être, que depuis les premiers jours de janvier, nous avons perdu le sens des mots ou de la mesure.

Monsieur le président, le monde a vécu avant l'électricité. Tous les hivers amènent leurs verglas; rarement autant sur Montréal. Toutes les nuits sur la Rive Sud et ailleurs rôdent des ombres, des larcins sont commis. Et à trop vouloir en faire, comme les médias durant cette crise, on crée la panique nécessaire au prochain bulletin de nouvelles. À tant vouloir préserver l'image de la société d'État, on rassure New York et on indispose Saint-Jean. En somme, et à bien y penser, on a vécu pendant le verglas alors qu'à tant d'autres endroits dans le monde on aurait pu compter les morts!


2. La transparence

Cependant, là où nous n'avons pas exagéré c'est sûrement au chapitre de la transparence, notamment à la direction d'Hydro-Québec. Tant de personnes qui ont comparu devant vous en ont parlée que nous nous contenterons de joindre au présent document une lettre que nous avons adressée au Premier Ministre (annexe 1). Elle illustre nos réserves comme nos inquiétudes.

Le verglas a le dos large par le temps qui coure dans nos administrations publiques. Solidarité rurale du Québec croit qu'en tout il faut préserver le caractère démocratique de nos institutions publiques. Des phénomènes climatiques rarissimes ne sauraient justifier l'adoption de nouvelles manières de faire n'ayant pas fait l'objet d'un large débat au sein de la société québécoise .


3. L'indemnisation

Après le verglas, notre coalition a été sollicitée par le gouvernement fédéral mais surtout par des organismes ruraux victimes des aléas de la température. C'est ainsi que nous avons travaillé sur des principes directeurs (annexe 2) qui devraient guider les paliers de gouvernements en matière d'indemnisation des victimes de catastrophes naturelles. Nous soumettons aujourd'hui ces principes en insistant sur le fait qu'il est déterminant pour la prospérité économique des communautés rurales que les organismes sans but lucratif ayant des activités commerciales ou économiques soient couverts par les programmes réguliers d'indemnisation. Le cas par cas, ou les batailles de crise en crise, est l'antithèse d'une gestion éclairée