Voir le monde autrement

1 Mai 2002

Par Jacques Proulx
srq@solidarite-rurale.qc.ca
Au moment où le magazine L'Actualité publie une livraison par laquelle la prestigieuse équipe rédactionnelle se questionne sur la naissance des idées, Solidarité rurale du Québec, elle, tenait une conférence nationale sur la nouvelle économie rurale sous le thème de Voir le monde autrement (voir autres textes). Et c'est ainsi que cette onzième conférence a prouvé que le plus difficile en matière de développement économique n'était pas de trouver les investisseurs ou le capital, mais d'avoir une ou deux idées qui tiennent la route par beau temps comme par mauvais.

D'ailleurs, j'ai conclu cette rencontre en disant que sur tous nos comités de développement, il faut un artiste, un créateur, un ou deux artisans ou paysans pour les gros travaux et quelques technocrates pour mettre de l'ordre, faire le suivi et convaincre leurs semblables. J'insiste, il faut d'abord un artiste car on ne saurait attendre les études de marché, puisqu'elles confineraient notre avenir à la sociologie bien trop lente à mesurer les comportements humains pour stimuler la création, l'innovation. Or, nos institutions ont peur des artistes, méprisent souvent les modestes paysans ou artisans et apprécient les technocrates, ceux-là mêmes qui savent si bien reproduire, imiter, refaire.

Mais outre ces considérations un brin philosophique, dans la nouvelle économie rurale, les entreprises devront être créatrices et innovantes; flexibles et polyvalentes; écologiques, maillées et enracinées; participatives. Leurs conditions d'émergence : formation continue; accès aux ressources; investissement dans la recherche, l'innovation et le développement; accès aux marchés domestiques; accès aux capitaux surtout lors du démarrage.

En somme, notre idée à Solidarité rurale du Québec est que le monde rural d'aujourd'hui est toujours et encore tributaire de ses ressources. Seule une révision en profondeur de la manière de les exploiter entraînera des succès. Ceux et celles qui essaient de nous embarquer dans le bateau de l'économie du savoir feront naufrage car il n'y a jamais eu d'économie de la bêtise ou de l'ignorance. Je dis seulement que l'humanité manifeste son intelligence et s'en sert pour échafauder son développement depuis plus longtemps qu'existent les traités économistes.

Québec rural volume 11 no 4 - mai 2002