Vigilance, vigilance !

1 Mai 2009

Par Claire Bolduc, présidente de Solidarité rurale du Québec
presidente@solidarite-rurale.qc.ca

St-Joachim-de-Shefford. Un village en déclin jusqu'à tout récemment. On y a bâti 20 maisons cette année. L'école accueillait 35 enfants de plus l'an dernier. Pourquoi ? La communauté a décidé d'y développer un programme international. Le village compte bien devenir le pays de la poire. Leur projet novateur risque de créer toute une activité économique bénéfique pour la collectivité.

Larouche au Lac-St-Jean. Depuis toujours, les citoyens se considéraient désavantagés par la présence d'un oléoduc et d'un chemin de fer séparant le village en quatre. Ils ont décidé de changer leur faiblesse en force. Le maire a convaincu les gestionnaires des infrastructures de desservir un parc industriel. Ce sont 300 personnes qui y travaillent aujourd'hui. La population y a cru de 21% entre 1991 et 2007.

Les Hautes-Laurentides. La crise forestière fait mal. On se prend en main. On analyse nos forces et quatre petits villages décident de devenir Village d'accueil. L'an dernier, 383 touristes Français sont allés vivre « chez l'habitant » le temps des vacances amenant avec eux de précieuses retombées économiques.

Qu'ont-ils en commun, ces villages qui défient les tendances ? Ils ont une vision commune de leur développement à long terme qui met à profit l'imagination et le talent des citoyens, ils ont des leaders oeuvrant dans différents domaines qui savent inspirer, informer, écouter et mobiliser leurs communautés, ils ont une connaissance pointue de leurs forces comme de leurs faiblesses et enfin, ils ont le pacte rural et un agent de développement qui les accompagne en se plaçant au service de la vision énoncée par la communauté.

La Politique nationale de la ruralité couronne tout cela.
Cette politique en est une de grandeur. Elle laisse en effet énormément de liberté aux communautés et dans l'utilisation des sommes associées aux pactes ruraux et dans l'animation des milieux par les agents. Mais comme toute grande chose, la Politique n'est pas à l'abri des écueils.

Nous recevons, à Solidarité rurale, des signaux inquiétants de parts et d'autres du Québec. Dans certaines MRC, les citoyens ont été carrément mis à l'écart des appels de projets des pactes ruraux. Ailleurs, on utilise les sommes à des projets qui ont plus à voir avec des opérations courantes qu'avec une vision concertée du développement. Dans d'autres MRC, les comités de citoyens sont inexistants. Sans doute isolés, ces gestes ne manquent pas de nous inquiéter. D'abord parce que ce genre d'action prive ces communautés de réussites à la St-Joachim-de-Shefford, à la Larouche et aux Hautes-Laurentides. Mais aussi parce que nous sommes tous liés les uns aux autres. Les succès comme les échecs des uns et des autres rejaillissent sur l'ensemble du monde rural.

On ne le dira jamais assez, le monde rural de demain sera le fruit des actions posées aujourd'hui. J'en appelle à votre vigilance pour arracher les mauvaises herbes qui pourraient pousser ça et là. La récolte de 2014 est encore loin. Il est toujours temps d'agir et de corriger le tir.

Québec rural volume 18 no 2 - Mai 2009