Une politique pour les communautés

1 Octobre 2006

Par Jacques Proulx
jproulx@solidarite-rurale.qc.ca

«Il n'y a pas de territoires sans avenir, il n'y a que des territoires sans projet» disait Raymond Lacombe, ce paysan français, fondateur de Sol et Civilisation, un groupe de réflexion sur le monde rural, qui a tant marqué la pensée sur la ruralité. Cet appel à l'initiative raisonne aujourd'hui face à l'attentisme ambiant.

Plus que jamais, nos territoires ruraux ont besoin d'idées et de projets qui sortent des sentiers battus pour faire face aux défis du monde d'aujourd'hui. Et, les ruraux sont les mieux placés pour imaginer et trouver les solutions qui leur conviennent et qui sont bien adaptées à leur réalité.

Pendant sa récente tournée du Québec, l'équipe de SRQ a pu mesurer combien la Politique nationale de la ruralité (PNR) a fait la preuve que les communautés rurales sont capables de se prendre en charge. En donnant aux ruraux une nouvelle façon de faire avec des outils souples, l'État a non seulement réduit la bureaucratie et ses coûts, mais il a obtenu un rendement et un effet levier inespérés.

Au total, à travers toutes les consultations, c'est plus de 1000 citoyens et intervenants de toutes les régions rurales du Québec qui sont venus échanger sur la PNR. Partout ils ont insisté sur l'importance de bonifier les pactes ruraux, ont demandé le renforcement de l'animation et ont réclamé une véritable modulation de tous les programmes.

Tout au long des rencontres, les ruraux sont venus nous dire que la PNR avait fait bien plus que d'apporter des résultats tangibles, elle leur a permis de retrouver leur autonomie et ce faisant, leur fierté. En responsabilisant les communautés ainsi que les MRC et en s'en tenant à une reddition de comptes, la PNR a réussi à sortir du carcan de la bureaucratie pour enfin faire confiance à l'initiative collective locale et sa prise en charge.

Et pour ajouter encore à tous leurs arguments et commentaires, voilà que plus de 250 villages et MRC nous ont adressé des résolutions allant dans le même sens. Le monde rural réclame sans délai le renouvellement de cette politique qu'il s'est approprié dans son intégralité et qu'il a adapté en tenant compte des défis et des besoins des communautés.

Le monde rural ne se contentera pas d'une simple reconduction, il veut davantage et en aucun cas il ne tolérera que cette politique se bureaucratise ou devienne un volet d'une quelconque politique régionale ou économique. L'essence de la PNR, sa force et sa spécificité résident justement dans sa souplesse et la place qu'elle accorde aux communautés rurales.

Dans les officines gouvernementales, on doit être heureux de constater qu'avec des moyens somme toute modestes, les retombées et les investissements générés par la PNR sont fort intéressants. Mais plus important encore que les seules retombées économiques, c'est le vent nouveau qui a été insufflé aux communautés et a amené la mobilisation des citoyens qui est l'élément marquant à retenir.

Face aux défis auxquels le monde rural est confronté, il est plus que jamais important de prendre en compte toute la richesse culturelle, sociale et économique que représentent les ruraux. Et c'est avec leur participation et leur mobilisation que l'État arrivera à compter sur des communautés capables de se prendre en charge, de reconvertir l'économie rurale, de renverser les tendances et d'assurer l'occupation durable des territoires.


Québec rural volume 15 no 4 - Octobre 2006