Une leçon d’Histoire

27 Septembre 2011

Lorsqu’Adélard Godbout, en tant que premier ministre du Québec, décida de rendre l’école obligatoire, il décida aussi de la rendre accessible parce qu’il avait une vision territoriale du Québec. Nos rangs et villages portent encore les traces de cette décision. Chaque rang eut son école, chaque quartier également. L’éducation était une priorité pour la société d’alors et cela se traduisit concrètement dans l’action.

68 ans plus tard, où en sommes-nous?
À débattre de bulletins à chiffres ou à lettres. À débattre d’augmentation de salaires ou pas. À compter les têtes de pipe pour décider de l’avenir d’une école. À discuter du port de l’uniforme obligatoire, du vouvoiement et de tableaux électroniques. À parler restriction budgétaire, rationalisation, négociation. C’est en ces termes qu’on parle le plus souvent d’éducation aujourd’hui dans l’espace public. Avec ces mêmes mots, ces mêmes préoccupations qu’ont les gestionnaires de « business ».

Et c’est avec cette même logique que la ministre de l’Éducation a répondu au problème des cégeps de Montréal, qui devaient refuser 900 étudiants cette année, faute de places. Pas assez d’offre pour la demande? Augmentez l’offre, louez des roulottes, des locaux, c’est tout. Tant pis si la succursale de Gaspé se meurt. Elle n’a qu’à travailler son plan marketing.

L’éducation est un formidable vecteur d’identité, de dynamisme, de développement social et économique. Une maison d’enseignement, dans un territoire, c’est une source qui nourrit toute la communauté, une eau vive qui irrigue, en surface et en souterrain. Et l’on ne soupçonne pas tout ce qui peut germer de là…

C’est dans les collèges classiques que s’est préparée la Révolution tranquille. Ce sont nos enfants qui nous ont fait découvrir les bienfaits du recyclage, du compostage, qui nous ont sensibilisés à l’importance de l’environnement. C’est grâce à un projet vécu à l’école que celui-là aura découvert sa vocation d’entrepreneur. C’est son cégep passé à Montréal qui aura donné le goût à cet autre de revenir dans son village natal… et Boucar Diouf serait-il allé s’installer à Rimouski si ce n’avait été de l’université qu’on y trouve?

« Nos progrès en tant que nation dépendront de nos progrès en matière d’éducation. L’esprit humain est notre ressource fondamentale. » John F. Kennedy le disait pour sa nation, mais c’est aussi vrai pour nos communautés rurales. Comment notre société en est-elle venue à oublier cela pour ne s’attarder qu’aux colonnes de chiffres et aux débats cosmétiques? Comment peut-elle rester sourde aux solutions amenées par les directeurs de cégep régionaux? Comment peut-elle tolérer, sans trop se poser de questions, qu’une école de village ferme à cause de normes, qu’on voyage les élèves sur des trajets de 30-40 kilomètres, qu’on prive une collectivité de sa jeunesse, alors qu’on sait toute l’importance des premières années du parcours scolaire?

Si ces non-sens existent, c’est que la vision d’occupation des territoires n’a pas passé le cap des beaux discours. Car une vision, forcément, un projet de société, marque le pas, plutôt que de courir derrière les décisions prises. Sans vision, le bureaucrate devient roi, alors que sa seule fonction, c’est d’être au service de la cour.