Sortir du bois

1 Octobre 2007

Par Jacques Proulx

Rarement dans ma vie j'ai vu un tel chaos que celui qui règne présentement dans le secteur forestier. C'est le monde à l'envers. L'industrie forestière met en demeure le gouvernement pour le non-respect de ses engagements de surexploitation de la forêt, les travailleurs réclament l'appauvrissement en voulant faire tomber le prix de la fibre, les régions s'organisent pour concentrer les entreprises. un vrai bordel, je vous dis ! Et le monde politique, plutôt que de calmer le jeu, en rajoute, en faisant miroiter des solutions à court terme alors qu'elles n'existent tout simplement pas, question de se faire du capital politique sur le malheur des gens. Alors que le monde rural souffre d'une fracture ouverte, la classe politique propose un diachylon pour seul remède !

Dans tous ces détournements de sens, il est primordial de revenir à la base pour s'y retrouver. De se rappeler pour commencer que la forêt publique n'appartient pas à de vagues consortiums privés mais qu'elle nous appartient à nous, peuple québécois, et que l'État la gère en notre nom. Les forêts sous CAAF (Contrat d'approvisionnement et d'aménagement forestier) ont été prêtées à des industriels pour faire fructifier notre avoir collectif parce que nous avons jugé, dans les années 80, que c'était la meilleure façon de faire. Quatre crises plus tard, avec un contexte mondial qui n'annonce rien de bon pour l'avenir, il faut avoir le courage et l'audace politique de revoir totalement le régime forestier.

C'est 97% de la forêt publique qui est consacré principalement à l'approvisionnement des grands industriels du sciage et de la papeterie pour une période de 25 ans, et ces contrats sont renouvelés pratiquement automatiquement à tous les cinq ans ! Dans ce contexte-là, le gouvernement aura beau mettre en place les meilleurs programmes pour encourager la deuxième et troisième transformation du bois ou pour développer le potentiel non-ligneux de nos forêts, rien n'y fera. Parce que la ressource publique n'est pas disponible. Les stratégies de développement de la valeur ajoutée me font l'effet d'un bol de bonbons alléchants mis en évidence sur une tablette d'épicerie, alors qu'ils ne sont pas à vendre !

Il faut briser l'Omerta qui se cultive autour de la question des CAAF. C'est une question de survie pour nos communautés. Parce que tant qu'on verra le système actuel comme l'unique possibilité, on se trouvera face-à-face à un cul-de-sac.

C'est pourquoi la Coalition réclame aujourd'hui du gouvernement que toute fermeture d'usine entraîne la résiliation du CAAF et que la communauté soit partie prenante pour un appel d'offres en vue d'un nouveau contrat sous un mode de tenure différent. La comédie a assez duré; il est temps de passer aux choses sérieuses et de permettre vraiment aux communautés, sans faux semblants et sans hypocrisie, de profiter réellement de cette richesse qui couvre leurs territoires et qui provoque pourtant aujourd'hui leur plus grand malheur.


Québec rural volume 16 no 5 - Octobre 2007