S’adapter : la vraie force des ruraux

2 Juillet 2014

 « On ferme des bureaux régionaux de ministères, des bureaux de poste, des points de service de caisse, des écoles, et Orléans Express souhaite diminuer ses services de transport. Est-ce qu’on est en train de fermer des villages en faisant par-derrière et par détours ce qu’on n’a pas pu faire directement et par-devant? »

La question du journaliste frappait comme un coup de poing.

Tout comme les mots du ministre des Finances lors du discours du budget : « déficit structurel 1». Et derrière ces deux mots menaçants qui « sonnent savant » suivent d’autres que nous, les ruraux, avons déjà entendus : rationalisation, consolidation, réévaluation…

L’avenir semble si sombre ces jours-ci dans les pages des journaux et les commentaires politiques.

Et pourtant, à bien y regarder… Le monde change, voilà tout. Et à une vitesse effrénée. Dans les circonstances, on peut se payer le luxe de courir comme des poules sans tête un temps. Mais pas éternellement. À un moment, il faut s’asseoir, prendre du recul, revenir à la base, au pourquoi des choses, se parler. Distinguer aussi les batailles à mener, et les chicanes qui n’en valent pas la peine. Les pierres et le mortier ne valent que rarement la peine qu’on se batte pour eux, à moins de porter en eux l’histoire.

Qu’est-ce qui vaut donc la peine qu’on se batte au bout du compte?

C’est simple. Les gens qu’on aime, qui sont généralement intrinsèquement liés au territoire qu’on habite et qui nous habite.

Le monde change. Mais pas l’humain, au final.

Les possibles évoluent très rapidement. La technologie qui aura mis en péril un service ou une entreprise hier pourra en sauver d’autres demain. Et cet État-providence qui agonise nous ramène à l’essentiel : la solidarité. Une solidarité qui s’exprimera autrement, qui passera davantage par le partage des ressources disponibles et l’entraide au niveau local, celle-là même qui concerne notre quotidien et qui est ouverte à la contribution de tout le monde. C’est précisément par la solidarité que nous serons plus forts que toutes les menaces. Parlez-en à toutes ces communautés rurales qui se voient un jour privées d’éléments de vitalité et qui le lendemain se donnent des moyens, différents, mais tout aussi efficaces. Les Lac-Édouard, St-Joachim de Shefford ou Petit-Saguenay de ce monde ont de quoi inspirer toute une société!

Qu’on cesse un peu de croire que les ambitions collectives d’hier sont les utopies d’aujourd’hui, parce que le monde change! Au contraire, elles sont plus vivantes que jamais parce qu’il nous appartient maintenant, et à personne d’autre, d’y donner vie! Le gouvernement n’est pas responsable du bonheur collectif pas plus qu’il l’est de notre joie de vivre. Nous en sommes les premiers responsables. L’État est responsable des écoles, pas de l’éducation de nos enfants. Il est responsable des hôpitaux, mais pas de notre santé. Nous avons tranquillement abdiqué plusieurs de nos responsabilités. Ne serait-il pas temps de se les réapproprier, de commencer par là?

« On ne peut empêcher les oiseaux noirs de voler au-dessus de nos têtes, mais on peut les empêcher d'y faire leur nid. » Voilà un proverbe chinois qu’il vaudrait la peine de méditer par les temps qui courent. Que l’été soit l’occasion de prendre du recul, de danser sous la pluie, de se rappeler, individuellement et collectivement, que le bonheur tient finalement d’abord et avant tout de notre propre volonté…

par Claire Bolduc
presidente@solidarite-rurale.qc.ca

1 Un déficit structurel correspond à un solde négatif des finances publiques sans tenir compte de l’impact de la conjoncture sur la situation des finances publiques. La conjoncture économique est l’ensemble des éléments qui caractérise la situation économique d’un pays à un moment donné. La conjoncture désigne ce qui est susceptible d’être modifié à court terme, par opposition avec la structure qui désigne les éléments fixes et permanents d’une économie.