Rien n'est parfait

1 Mars 2004

Par Jacques Proulx
jproulx@solidarite-rurale.qc.ca

Ceux qui me connaissent savent que je peux reconnaître aussi bien les occasions ratées que les bons coups lorsqu'ils surviennent. Quant à moi, notre dernière Conférence nationale peut être comptée dans les bons coups de Solidarité rurale. La plupart des commentaires reçus vont d'ailleurs en ce sens. Il y avait, comme on dit, une bonne chimie entre les conférenciers, les témoins des ateliers et les participants. On a échangé des informations intéressantes en plus de célébrer la ruralité. N'empêche, à Sainte-Adèle il y a aussi eu une occasion ratée. Et une méchante coïncidence avec ça.

Je pense, en particulier, à la participation à notre Conférence de certains de nos dirigeants. De la part de la ministre déléguée au Développement régional et au Tourisme, madame Normandeau, nous avons eu droit à une annonce positive et rassurante. Désormais, les sommes reçues par les MRC et destinées à la rémunération des agents de développement rural ne pourront servir qu'à cela. En plus de sécuriser quelque peu les agents, la Ministre lance ainsi un message clair à certains administrateurs impulsifs : les agents sont des professionnels essentiels à l'application de la Politique nationale de la ruralité et qui sont là pour rester. Bravo madame Normandeau et nous nous attendons à cette même détermination de votre part dans d'autres dossiers.

De son côté, monsieur Georges Farrah, secrétaire parlementaire du ministre de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire particulièrement chargé du développement rural, a eu de bons mots pour notre coalition. Selon lui, Solidarité rurale du Québec constitue un modèle qui devrait être imité à travers le Canada. Si cela peut faire progresser la cause du monde rural, nous ne sommes pas contre. Et ce n'est pas nous qui allons faire mentir qu'entre ruraux, on s'entraide. Toutefois, il serait temps qu'au fédéral on s'affranchisse d'une vision du monde rural limitée à l'agriculture. Et pour ce qui est des bonnes paroles, on les apprécie mais il serait temps de passer aux actes dans plusieurs dossiers qui concernent cette administration. Comme dit un proverbe brésilien, « les paroles ne salent pas la soupe ».

Quant à madame Françoise Gauthier, ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, elle comptait parmi les personnalités les plus attendues à notre Conférence. Et pour cause, l'événement avait pour thème les terroirs et la Ministre a reçu l'automne dernier le rapport Desjardins sur les appellations réservées et les produits du terroir. Ce rapport reconnaît l'importance de la Loi sur les appellations réservées et recommande même d'en élargir l'application. On comprend qu'il faudra, notamment, mettre sur pied un mécanisme de certification et de contrôle. Les appellations réservées représentent le meilleur moyen d'éliminer la contrefaçon qui constitue une concurrence déloyale pour nos produits et nos producteurs. Encore faut-il que la loi ne soit pas seulement symbolique et édentée, telle qu'on la retrouve présentement. À ce sujet, le Québec n'a pas de raison d'accepter moins que ce que l'Europe possède déjà. Et pour ce qui est de l'harmonisation des normes avec le niveau fédéral évoquée par la Ministre, celle-ci devrait se rendre compte que le Québec est présentement le leader au Canada en matière d'appellations. Pourquoi ne pas commencer par assumer ce rôle ? Ce n'est pas toujours au même « d'harmoniser ». Malheureusement et malgré la tribune toute dédiée aux terroirs qui lui était offerte, madame Gauthier a raté l'occasion d'annoncer des étapes concrètes et un échéancier en ce sens.

Ah oui. j'allais oublier. La coïncidence c'est que le jour même où madame Gauthier prenait la route de Sainte-Adèle pour participer à notre Conférence, Radio-Canada annonçait qu'on venait de repérer pour la première fois sur le marché local du faux vin de glace en provenance d'Asie. Bonjour la contrefaçon.


Québec rural volume 13 no 2 - mars 2004