Ressources naturelles, propriétaires ou locataires?

27 Avril 2012

Lorsque l’économie d’un milieu va mal, que les ressources qui jadis créaient sa prospérité n’intéressent soudainement plus personne, ce milieu, quoi qu’en disent les politiciens, se retrouve seul, face à son destin. Parlez-en à ces gens de la Matapédia qui doivent ces jours-ci réfléchir à leur énième lutte pour leur survie depuis l’annonce de la faillite du Groupe Cedrico(1), conclusion d’une longue série de fermetures dans le domaine forestier. Les Matapédiens, véritables Gaulois, sont de ces gens qui refusent obstinément de céder au désespoir. Encore une fois, ils se réuniront, réfléchiront aux façons de diversifier leur économie, de mettre en valeur la richesse humaine et naturelle de leur territoire. Encore une fois, ils se mettront en action avec leurs petits moyens, frappant aux portes pour financer leurs projets, tentant de renverser la vapeur et de retrouver la voie de la prospérité collective. En parallèle, ils lutteront pour que le bois de leur territoire puisse continuer d’être transformé sur leur territoire, refuseront de le voir partir par flopées de dix roues profiter à d’autres. Ce travail colossal reposera sur leurs épaules, ils le savent. Personne ne viendra les sauver!

Pendant ce temps, de l’autre côté du fleuve, on a trouvé des ressources qui intéressent soudainement le monde entier. Les communautés nord-côtières, jadis installées dans la même logique d’autodéveloppement que la MRC de la Matapédia, étant passées par les mêmes difficultés, s’étant approprié de la même façon leur territoire, n’ont subitement plus grand mot à dire sur leur développement. Pour tout dire, exception faite de la trentaine de Nord-Côtiers ayant participé aux travaux sur le Plan Nord, bien des Chinois en savent plus qu’eux sur les projets de développement projetés sur leur territoire (2). Désormais, on s’occupe de leur développement et ils le subissent, avec ses bons comme ses mauvais côtés. Pour reprendre l’expression entendue là-bas, « on achète leur silence avec les redevances »… Le silence, oui, mais pas le respect. Ce fameux territoire qu’ils habitent depuis des générations, ils en viennent à se demander à qui il appartient, au bout du compte. Cette question, tous ceux qui ont été confrontés au gaz de schiste, aux mines, à l’éolien, aux hydrocarbures, mais aussi à la fermeture d’une usine détenant un CAAF, tous se la sont posée un jour.

C’est une question fondamentale, parce que la réponse détermine tout de la façon dont l’État doit intervenir pour orienter l’exploitation des ressources. N’en déplaise à la Fédération des chambres de commerce(3), intérêts des communautés, intérêts de la nation et intérêts économiques, ce sont les trois pôles indissociables sur lesquels l’État doit arbitrer dans le partage de la richesse et du pouvoir, en recherchant l’équilibre sur lequel asseoir une prospérité durable.

Or, présentement, les milieux ne sont que les spectateurs d’une valse où se partagent les milliards, un spectacle qu’ils peuvent applaudir ou décrier, sans plus. Ces milliards, ils sont pourtant tirés du territoire qu’ils habitent, tirés d’une ressource qui sera la vaste majorité du temps à peine transformée sur place, mais plutôt expédiée ailleurs, pour revenir chez eux après un long voyage, transformée, manufacturée, désirable et achetable. Mais à qui profite réellement ce modèle économique au bout du compte? Ne pourrait-on pas faire mieux pour l’intérêt des citoyens, des communautés, comme pour l’intérêt global de la nation?

Ce sont là des questions que l’on doit se poser pour établir des bases solides à la prochaine phase de développement de notre ruralité, mais aussi du Québec tout entier. Ce sont surtout des questions auxquelles nous devons donner réponse à l’unisson, car c’est dans notre seule solidarité que repose notre force. Nous ouvrons donc la porte pour une discussion de fond. Le 13 septembre prochain à Victoriaville, nous tiendrons un Forum sur nos ressources naturelles et les modèles de développement qui sous-tendent leur exploitation. Venez vous exprimer. Ce sera pour moi un plaisir de vous y rencontrer.

(1) Note au lecteur : Entre le temps de rédaction et le temps de production du Québec rural, le temps s’écoule. Dans l’éditorial de cette édition, nous vous parlions du Groupe Cedrico qui s’était mis sous la protection de la loi sur la faillite. Or, au moment de l’envoi du bulletin, nous apprenons que l’entreprise a présenté un plan de relance accepté à 95% par les créanciers. C’est une excellente nouvelle pour ce milieu, et une autre preuve de la solidarité extraordinaire que l’on retrouve dans cette région. Bien que cela ne change rien sur le fond, nous tenions à vous en informer. Source: www.hebdosregionaux.ca/est-du-quebec/2012/04/19/-un-gros-soulagement-pou...
(2) http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/affaires/les-regions/201201/16/01-44...
(3) http://www.graffici.ca/nouvelles/autres-voix-elevent-contre-federation-d...