Pour un Québec fort de ses communautés!

1 Mars 2010

Par Claire Bolduc, présidente de Solidarité rurale du Québec
presidente@solidarite-rurale.qc.ca

Le Québec, comme le monde entier, fait face à de grands bouleversements. Quand l'Agence internationale de l'énergie soutient que nous devrions abandonner le pétrole avant que le pétrole nous abandonne, quand pendant ce temps les Inuits doivent inventer un mot pour désigner le maringouin et qu'à Montréal, une importante entreprise recrute en Europe une dizaine d'analystes spécialisés, faute de trouver ces ressources au Québec, il y a vraiment quelque chose qui ne tourne pas rond.

Il est temps de remettre en question nos façons de faire les choses, nos façons de se développer et même nos habitudes de vie. Quand le monde bascule, c'est le temps de se recentrer sur nos bases, et nos bases, ce sont les territoires et les hommes et les femmes qui les habitent. L'heure n'est plus au chacun pour soi, au travail en silo et au corporatisme stérile. Nous devons démolir ces préjugés qui brouillent tout, à commencer par celui bien persistant qui prétend que le monde rural est un fardeau pour la société. Cette idée ne tient plus, les communautés rurales sont bel et bien source de prospérité et à l'origine de 370 000 emplois dans le monde urbain[1]. Ces deux mondes, bien que différents, sont interdépendants et doivent s'apprivoiser.

Voilà une des raisons pour laquelle nous avons entrepris ce vaste chantier sur l'occupation des territoires, une réflexion qui touche les valeurs qui nous portent comme société, une réflexion sur la façon dont nous vivons dans chacun de nos territoires. C'est l'occasion de passer à une nouvelle étape de développement, de délaisser la structure mal vieillie de l'État-Providence pour miser plutôt sur nos communautés pour leur faire confiance et assurer ainsi un développement intelligent des secteurs névralgiques québécois. Nous sommes, ruraux et urbains, mûrs pour participer pleinement à l'essor du Québec.

Ne tombons pas dans les pièges faciles; l'occupation des territoires ne doit pas être une série de programmes à la pièce qui ont comme vecteur commun le mot « territoire », ce ne sont pas des mesures éparses sans fil directeur ou une série d'actions sectorielles. Ce ne peut pas être non plus une intervention d'urgence, qui ne règlerait rien des problèmes de fond ou encore des interventions commandées du haut vers le bas, n'ayant comme horizon que les prochaines élections. Non!

L'occupation des territoires, c'est habiter, développer, desservir et s'approprier ces endroits où la vie s'installe, c'est le faire en se reposant sur le potentiel des communautés, en misant sur une plus grande prise en charge pour générer un véritable développement durable qui conduira à une société durable.

L'occupation des territoires, enfin, ce n'est pas un calendrier, ce n'est pas une revendication pointue, ce n'est pas une vision sectorielle de la question, c'est un travail de longue haleine, c'est la construction de l'avenir en regard des défis qui nous interpellent tous.

Tout cela est ambitieux, soit. Mais notre ambition est à la mesure de ce dont nous nous savons capables comme société. Et la mobilisation, que nous souhaitons forte, le sera d'autant plus qu'elle sera inclusive et globale. Voilà comment le Québec pourra vraiment être fort de ses communautés!

En espérant vous retrouver à la Conférence nationale sur l'avenir des territoires et à la Rencontre des leaders qui auront lieu à Shawinigan les 20, 21 et 22 avril prochain.

[1] Conference Board du Canada, Les communautés rurales : l'autre moteur économique du Québec, préparé pour le Groupe de travail sur la complémentarité rurale urbaine, juin 2009. http://www.mamrot.gouv.qc.ca/regions/regi_rura_grou_comp.asp

Québec rural volume 19 no 2 - Mars 2010