Pour que ça change !

1 Juillet 2009

Par Claire Bolduc, présidente
presidente@solidarite-rurale.qc.ca

« Rien de rien, il ne se passe jamais rien pour moi, je me demande pourquoi, rien, rien, rien, il ne se passe jamais rien. » - (Rien de rien, Édith Piaf)

Nous sommes à l'aube de plusieurs changements majeurs. Le gouvernement semble bien décidé à aller de l'avant avec la refonte du régime forestier par l'adoption d'une loi à l'automne. Le nouveau régime devrait laisser plus de latitude aux régions. Il semble également vouloir apporter de grands changements dans le secteur agricole. Le Plan Nord et la stratégie énergétique d'Hydro-Québec constituent également des enjeux d'importance.

Ces propositions de petites révolutions, sans nécessairement faire l'unanimité, sans nécessairement animer toutes les discussions des repas dominicaux, devraient à tout le moins créer une certaine fébrilité, susciter l'espoir ou le débat dans notre société. Soulever les passions chez les citoyens, et pas seulement chez les corporations directement concernées. Et bien, il n'en est rien.

Cynisme ? Désillusion ? Peut-être. Mais je ne crois pas.

Vous vivez dans une coopérative d'habitation. Le conseil, dont vous faites partie, décide de refaire l'appartement du bas. Mis à part le bruit que vous remarquerez, les travaux se réaliseront dans votre plus grande indifférence. Le voisin d'en bas, lui, réfléchira sur les travaux, fera des suggestions, mais pas vous. Si par contre, votre conseil se donne une vision qui touche à la structure, la redéfinit pour en faire un édifice vert et durable, ce qui l'oblige à retoucher tous les appartements, y compris le vôtre, vous vous sentirez concernés par ce projet, en serez peut-être même emballés, vous et l'ensemble des locataires.

Ce qui cause ce désintérêt des affaires publiques, c'est davantage, selon moi, l'absence de projet de société qui englobe toutes les réformes en cours, qui les gouverne. Depuis le « maîtres chez nous » de Jean Lesage, aucune vision globale n'a guidé nos actions. Nous sommes, encore et toujours, confrontés à une logique de silo, et les réformes proposées ne nous mènent pas vers un objectif avoué, commun, mais plutôt vers des transformations sectorielles mues par la nécessité du changement plutôt que par une vision collective de ce que nous souhaitons léguer à nos enfants, une vision qui nous mènerait plus loin en tant que société.

À Solidarité rurale du Québec, nous réfléchissons depuis quelque temps à la nécessité de se doter d'une telle vision et avons entrepris une importante démarche en ce sens. En réunissant 22 leaders du Québec, représentant autant d'organisations, nous avons enclenché une vaste réflexion sur le développement de nos territoires et de notre société. Habiter les territoires, les investir, les dynamiser avec les communautés qui y vivent pour pierre angulaire, rebâtir les ponts entre urbains et ruraux, sortir de la logique de compétition pour en revenir à celle de la collaboration, revoir notre monde selon le nouveau mode de vie qui s'impose, n'y a-t-il pas là quelque chose d'inspirant qui pourrait servir de base à un projet de société mobilisateur ?

Ce projet, nous souhaitons le faire avec vous ! Dès l'automne, vous serez appelés à vous prononcer sur cet enjeu par le biais du Web. Puis, nous irons à votre rencontre en hiver.

En attendant, profitez bien de l'été pour vous gorger de soleil, vous laisser inspirer par une nuit étoilée, une mer en furie, des rires d'enfants et passez d'excellentes vacances.

Québec rural volume 18 no 3 - Juillet 2009