Plus que des slogans

1 Mars 2007

Par Jacques Proulx
jproulx@solidarite-rurale.qc.ca

Dès février, les membres du conseil d'administration ont mené une discussion sur leurs attentes à l'endroit des partis politiques. Qu'espérons-nous de la prochaine élection provinciale? Bon élève, nous avons convenu de quatre priorités et de dix actions.

Et la priorité des priorités va à la modulation, ce formidable acquis de la Politique nationale de la ruralité qui contraint l'appareil gouvernemental à moduler ses programmes et ses actions en fonction de la réalité rurale. Or, les communautés ont peu fait appel à ce principe et l'État s'est bien gardé de le promouvoir, parce que s'il y a une chose que les partis politiques et donc, les gouvernements, ne savent faire, c'est de prendre en compte la vie rurale.

À preuve, la lecture des différents programmes politiques prouve hors de tout doute que tous les partis veulent faire plus pour les régions. Les promesses et les millions fusent car il faudrait relancer les économies régionales.

Le problème avec les partis politiques c'est que pour eux, le monde rural, la campagne, n'est qu'un espace économique, une planche à argent. Aucun leader, aucun parti, n'est capable de concevoir qu'un segment important de la population a choisi de vivre en milieu rural, dans des communautés de petite taille où les rapports à la nature, aux autres et au temps sont différents. Alors, convaincus qu'ils connaissent l'économie moderne, contemporaine, mondialisée et urbanisée, ils inventent des programmes et des patentes qu'ils font gérer par une bureaucratie régionale et inféodée à leur vision. Et manque de pot, leur plan ne fonctionne pas. Depuis l'après-guerre que l'on nous sert à toutes les sauces les travaux d'hiver!

Pourtant, les bonzes de l'OCDE sont clairs, les meilleurs investissements en développement rural sont ceux consacrés à soutenir la qualité de vie. Investir dans les services publics est la clé de voûte. Là où il y a des écoles, des services sociaux et de santé de qualité, des transports collectifs, des routes en bon état, etc. il y a des hommes et des femmes capables de prendre l'avenir de leur milieu à bras le corps.

Quand l'État centralise ses services, qu'il compte ses cennes au prorata de la population, qu'il réduit l'espace rural à son seul rôle de pourvoyeur des villes, il asphyxie notre capacité de développement en plus de nier notre droit absolu à vouloir vivre au village.

Bien sûr qu'il faut un gouvernement local imputable, fort et ayant des champs de compétences définis et reconnus, bien sûr qu'il faut un système de redevances sur les matières premières, bien sûr qu'Hydro-Québec doit faire plus et mieux avec le vent, mais surtout les aspirants à la direction de notre prochain gouvernement devraient nous assurer notre mode de vie s'ils veulent notre vote.

Aux verts comme aux solidaires, à ceux du centre, du centre gauche comme du centre droit, je dis qu'il n'y a pas de terre, d'environnement protégé et défendu sans que des hommes et des femmes y veillent. Bref, « il n'y a pas de pays sans paysans » et « tant vaut le village, tant vaut le pays » ne sont pas que des slogans.


Québec rural volume 16 no 1 - Mars 2007