Occuper dignement nos territoires!

1 Décembre 2008

Par Claire Bolduc, présidente de Solidarité rurale du Québec
presidente@solidarite-rurale.qc.ca

Bien avant mon arrivée à Solidarité rurale du Québec, j'ai eu l'occasion de parcourir la province d'Est en Ouest et du Nord au Sud. Par bonheur, je continue de me déplacer dans ce Québec rural fascinant et je suis toujours aussi surprise par la diversité de sa géographie, mais plus encore par l'inconstance de son développement et l'inégalité des initiatives d'occupation. Je me dis qu'il faut se croire bien riche ou être carrément inconscient pour négliger ou même parfois abandonner tous ces espaces.

Occuper, habiter et développer nos territoires, c'est une nécessité! Avec les crises qui se succèdent, la mondialisation qui redéfinit les rapports de forces et les dérèglements économiques, environnementaux et démographiques qui nous assaillent, il est plus que temps de se donner une réelle vision sur l'occupation des territoires et de la mettre en ouvre. Une vision, non seulement pour les élus, non seulement pour les ruraux, mais une vision pour toute la société québécoise.

Pendant longtemps, aveuglés par l'exubérance de nos ressources, nous avons laissé nos territoires à la merci de mains soi-disant généreuses, qui proposaient leur propre modèle d'exploitation, pensant naïvement que le bien commun triompherait. Aujourd'hui, devenus si grosses et suffisantes, ces grandes poignes se sont repliées sur des paradigmes inadaptés au contexte économique mondial et quand ils ne retiennent pas captifs certains territoires, ils les auront laissés en friche. De notre désengagement, il ne nous reste souvent que des désillusions.

Cela doit changer! Cela change déjà! Et pour que ces changements soient réellement porteurs, pour qu'ils soient vraiment conséquents avec nos rêves de prospérité pour les communautés, il faut peut-être moins regarder du côté de nos limites et mieux considérer l'abondance de nos possibilités. Les réflexions actuelles sur les modèles agricole ou forestier, les ouvertures dans le domaine des énergies, les nouvelles technologies peuvent être des leviers de développement au profit de nos communautés. Il faut pourtant les concevoir avec originalité et diversité, c'est pour cela qu'à Solidarité rurale du Québec, on parle davantage d'occupation des territoires, au pluriel. Chaque espace, avec sa population, son identité, ses ressources, son paysage, doit avoir la possibilité de se mettre en valeur selon la manière adaptée à son contexte. C'est une question d'autonomie, mais aussi de respect envers les citoyens qui vivent la réalité de ces territoires.

Nous devons aussi penser que les résultats seront déterminés par le type de gouvernance préconisée dans la gestion et la mise en valeur de ces potentiels. Faire chacun dans son coin, se prémunir contre toutes idées nouvelles, ignorer les petites communautés et les voisines, voilà des façons de faire particulièrement improductives. Oser, de façon ouverte et différente, demande du courage, de l'ouverture et de la détermination et il est vrai que cela s'accompagne parfois de quelques grincements de dents, mais comme chacun le sait, tout labeur a son bénéfice.

Occuper et développer les territoires demande des mécanismes qui laissent de la place aux communautés pour prendre des décisions. Cela exige aussi la mise en place de pouvoirs légitimes qui s'accompagnent de responsabilité et d'imputabilité envers le citoyen. Qui plus est, ces démarches demandent de la vigilance pour ne pas se perdre dans une concertation complaisante. Si réfléchir, discuter, concilier font partie du processus, il faut aussi savoir trancher afin d'éviter que ces démarches ne soient en fait des alibis pour ne pas bousculer les chasses gardées. Cela s'appelle du leadership.

En écrivant ces lignes, je me dis que je pourrais répéter ces mots mille fois, et ça ne changerait rien tant et aussi longtemps qu'on ne se mêlera pas concrètement de nos affaires. Les changements de toute nature, une vision renouvelée du développement territorial dans les grandes politiques comme dans les petits gestes, se feront par des hommes et des femmes impliqués, qui sauront prendre le leadership du changement et apporteront des idées inédites. J'espère sincèrement que vous êtes un de ceux-là.

Sur ce, recevez mes meilleurs voux pour cette nouvelle année et souhaitons-nous des territoires dynamiques et inspirants!
Québec rural volume 17 no 7 - Décembre 2008