Notre besoin d’air frais

1 Octobre 2008

Par Claire Bolduc, présidente de Solidarité rurale du Québec
presidente@solidarite-rurale.qc.ca

Déjà presque un mois de cette insipide campagne électorale fédérale.. C'est désolant tout de même que dans tout ce tapage électoraliste, on ne parle jamais des territoires, des ressources, des communautés rurales. Je suis très sensible aux enjeux environnementaux, aux coupures dans la culture, à notre présence en Afghanistan, aux fluctuations du taux d'imposition, mais comme rurale, je souffre de ne jamais exister dans les discours des partis, je suis amère qu'on ne me propose aucune vision d'ensemble forte et porteuse pour le développement de la vie humaine sur 80 % du territoire canadien. Cette absence me donne quelques frissons et je me demande : que pouvons-nous gagner, en tant que ruraux, de cette autre campagne électorale?

On nous remplit les oreilles de mécanique, de rouages, d'un peu plus, d'un peu moins, de mieux qu'avant, sans compter les milles bassesses entre certains candidats. Mais où sont les bonnes idées pour le pays? Y a-t'il quelques prétendants à la tête du Canada pour nous dire vers où on s'en va? Y a-t-il quelqu'un qui puisse nous proposer une vision du pays qui sort des sentiers battus, des paradigmes dans lesquels nous sommes enfermés depuis 50 ans? Prenons seulement comme exemple la ruralité. Et bien, c'est triste à dire, mais les politiciens fédéraux considèrent les ruraux de façon lisse et homogène, comme s'ils étaient tous agriculteurs ou forestiers. Ne savent-ils pas qu'aujourd'hui, en 2008, avec tout le respect que je leur dois, moins de 10 % des ruraux canadiens vivent de ces secteurs d'exploitation? Alors, qu'est-ce qu'on fait des besoins des autres? Et bien rien, parce qu'ils n'existent tout simplement pas.

On ne s'étonnera donc pas de l'acharnement des dernières décennies pour soustraire aux ruraux les services qu'il leur reste. Je pense ici à toutes les commodités que l'on retranche dans nos milieux de vie en invoquant la rentabilité. Soumettre les services des petites localités aux mêmes échelles de profitabilité que celles des milieux urbains, ce n'est rien d'autre qu'assécher nos communautés jusqu'à ce que mort s'en suive. Les services de proximité, surtout ceux assumés par l'appareil étatique ou les méga-institutions, ne peuvent se soustraire à leur rôle d'alimenter la vie sur le territoire, de le dynamiser et de contribuer à son développement. Le gouvernement fédéral doit se sentir particulièrement concerné par le maintien des bureaux de poste locaux, le transport maritime, ferroviaire et aérien, ainsi que l'accès aux technologies de communications de base - Internet haute vitesse et téléphonie portable, qui irriguent et oxygènent nos territoires.

Le maintien et le développement d'infrastructures constituent des enjeux cruciaux pour le Canada rural, or ces enjeux sont complètement absents des débats et des discours. À travers eux, c'est toute la question de conserver ou non les communautés rurales sur le territoire, de favoriser leur essor et plus fondamentalement, d'habiter le territoire. Parce qu'habiter ce territoire, c'est se déclarer souverain de nos terres et de nos espaces, c'est valoriser ses richesses à partir de nos intérêts à nous, c'est cultiver un mode de vie, des arts, des goûts, des idées distinctes, c'est réitérer notre droit à la différence.

J'en appelle à une vision large et globale du monde rural. Continuer de concevoir et de traiter nos territoires exclusivement en termes de secteurs d'exploitation nous mènera tout droit à la désertification des milliers de km2 du Canada rural. Il est grand temps de considérer les milieux ruraux comme des milieux de vie où l'innovation, la créativité et la productivité connaissent les mêmes proportions et la même qualité qu'en milieu urbain. Mais pour que les ruraux en sortent gagnants, il faudra sûrement qu'on sorte les idées, les politiques et nos représentants de la Capitale et des métropoles et leur rafraîchir l'esprit au grand air du monde rural.

 

Québec rural volume 17 no 5 - Octobre 2008