Malades de santé?

3 Septembre 2014

Au moment d’écrire ces lignes, j’ai en tête l’actualité des dernières semaines et ce débat sur la rémunération des médecins. On questionne, et c’est sain, le salaire des médecins, les primes à l’exercice de leur fonction et toutes ces mesures d’exception que l’on accepte en fermant les yeux pour garantir le bon fonctionnement de nos services de santé. Beaucoup plus discrètement, certains s’interrogent tout de même sur l’ensemble des conditions de fonctionnement de ce fameux système de santé, alors même que les discussions avec les pharmaciens sur les nouveaux pouvoirs que leur octroie en théorie le projet de loi no 41 sont au point mort et que les « super-infirmières » qui font merveille ailleurs au pays ne trouvent aucun espace d’exercice chez nous. Ne serait-ce pas là le vrai débat que l’on devrait tenir?

Le système de santé a besoin d’être réformé. Ça crève les yeux. Il craque de partout. 

L’entendez-vous craquer lorsque les hôpitaux des régions plus éloignées doivent dérouler la maison sur le bord du lac avec piscine creusée chauffée pour attirer un médecin? 

Entendez-vous sa plainte quand il donne des milliers de dollars à un médecin de dépannage, un médecin qui recevra une rondelette somme en plus de son salaire de base, de ces milliers de dollars que les gestionnaires locaux n’auront pas pour faire autre chose, comme offrir des services à domicile par exemple…?

Et lorsqu’un malade atteint du cancer doit faire de 4 à 6 heures de route pour recevoir des traitements alors qu’il devrait se reposer près des siens, l’entendez-vous se moquer doucement de nous? Et lorsqu’un médecin demande à une mère épuisée de nuits blanches de ramener son bébé à l’urgence pédiatrique, où elle devra attendre quatre heures et prendre la place d’une vraie urgence, chaque mois, pour qu’il pèse son enfant et ajuste sa prescription, l’entendez-vous rire?

Et pourquoi diable donne-t-on au médecin tant de pouvoir sur notre propre état de santé? À quel moment de notre histoire a-t-on décidé que le médecin était finalement un être tout-puissant? Et pas question ici de remettre en doute sa compétence ou la pertinence de son travail. Mais qu’on m’explique pourquoi tout le monde attend l’imprimatur du médecin pour savoir qu’il est en bonne santé. Et qu’on m’explique surtout pourquoi tout un système de santé repose sur la mainmise d’un seul corps de métier. Pourquoi l’infirmière et le pharmacien seraient-ils incapables de faire plus? Pourquoi les sages-femmes doivent-elles se battre tous les jours pour qu’on reconnaisse leur expertise? 

Les médecins sont spécialistes du corps humain et de ses dysfonctionnements, je veux bien. Mais pas des spécialistes de la santé. Parce que la santé, nous en sommes tous spécialistes en l’étant de la nôtre et de celle de nos communautés au premier chef. 

Réfléchissons un peu… On achète sans broncher des fruits et légumes d’ailleurs sans savoir dans quelles conditions ils ont été produits, quels pesticides ont été utilisés, la qualité du sol et de l’eau d’où ils proviennent alors que nous imposons les normes les plus strictes à nos producteurs agricoles. Et l'on s’attend, bien sûr, à payer le même prix, peu importe la provenance. Pourtant, nous sommes ce que nous mangeons… Voilà un premier sujet sur lequel nous pouvons avoir beaucoup de prise! 

Les enfants marchent de moins en moins pour aller à l’école, ne vont plus explorer leur voisinage, ne montent plus aux arbres, mais ont de plus en plus de cours de natation, de danse, de chant, de karaté, de gymnastique, de soccer, de hockey, et j’en passe… Et la performance prime sur le simple plaisir de pratiquer ces activités. Ils ne savent plus prendre le temps, simplement… Et on les trouve hyperactifs? Ou dépressifs? 

La moitié d’entre nous passe deux heures et plus par jour devant la télé, mais nous avons du mal à trouver du temps pour faire de l’exercice ou cuisiner.

Trouvez l’erreur. Et si la santé se résumait à agir de manière à être bien dans sa tête, dans son cœur et dans son corps? Un esprit sain dans un corps sain… Et si l’on se donnait vraiment les moyens de s’investir dans la prévention, personnellement et collectivement? 

Nous amorçons, comme coalition, une réflexion de fond sur la santé. Voilà un sujet à défricher qui promet des discussions passionnantes. Cependant, permettez-moi d’émettre un souhait : celui que le gros bon sens, la bonne vieille sagesse populaire, triomphe, au final, de ces débats. Car les spécialistes, si brillants soient-ils, ne devraient jamais prendre seuls les décisions. Rappelons-nous que ce sont des spécialistes qui ont eu la bonne idée de faire absorber à du bétail les restes de leurs congénères. Une belle idée en apparence, intellectuellement parfaite, mais contraire au gros bon sens. Une crise de la vache folle plus tard, avons-nous appris quelque chose?

Je nous le souhaite.

par Claire Bolduc
presidente@solidarite-rurale.qc.ca