Le transport collectif en milieu rural : un impératif

1 Juin 2002

Par Jacques Proulx
srq@solidarite-rurale.qc.ca
En ville comme à la campagne, la zone de la quotidienneté s'est élargie tout au cours du 20e siècle alors qu'à la fin de celui-ci les services publics sont regroupés dans les villes centres. En outre, au jour d'aujourd'hui, sept ruraux sur dix ne travaillent pas là où ils vivent.

Le besoin de se déplacer s'est donc accru au cours des dernières décennies. Les services d'usage se sont multipliés et, pour un grand nombre, ont été implantés ou déplacés dans les petites villes régionales. Par ailleurs, la réorganisation des services de santé et le virage ambulatoire du Québec obligent désormais les patients à de fréquents déplacements vers les CLSC, les cliniques ou les hôpitaux. Les amis, les parents ne vivent plus forcément à proximité et c'est principalement en ville que se trouvent les infrastructures de loisir.

Au cours de cette même période, le transport collectif en milieu rural a cédé le pas à l'automobile. Le train n'est plus que l'ombre de lui-même. Le réseau d'autobus interurbain rétrécit chaque année ; depuis 20 ans, il a perdu près de la moitié de son ampleur. Quant à l'avion, ses circuits sont comptés et les prix sont faramineux.

N'ayant presque aucun moyen pour se déplacer vers le village voisin ou vers la ville de services, des ruraux âgés, jeunes ou appauvris sont contraints à l'ermitage au village ou au déménagement. Cet état de fait a provoqué l'imagination de certains membres des communautés rurales. Ainsi, près d'une soixantaine de groupes, répartis dans presque toutes les régions du Québec, cherchent des solutions novatrices aux problèmes de transport en milieu rural.

Le premier effet de cette mobilisation pour améliorer la situation des transports collectifs en milieu rural est la mise en route, au cours des dernières années, de 25 projets pilotes financés par le ministère des Transports du Québec.

Le second effet, et non le moindre, est l'engagement du ministère des Transports qui a injecté 10 millions de dollars dans les transports collectifs ruraux. Cet engagement est inscrit noir sur blanc dans la Politique de la ruralité rendue publique le 6 décembre dernier. Or, six mois plus tard, le ministère en est toujours aux consultations alors que les acteurs terrain, eux, attendent un programme favorisant le déploiement d'un service essentiel pour un nombre important de ruraux.

Je doute de la validité de ces consultations car elles masquent des lenteurs administratives à agir. Les ministres des Transports et des Régions doivent intervenir afin que les bénéficiaires des transports collectifs en milieu rural cessent d'attendre indûment un autobus qui ne vient jamais. Et j'ajoute que pour décupler l'effort éventuel du gouvernement du Québec, il faudra décloisonner les structures de transport actuellement actives sur le territoire et saisir de cette question les MRC.

Québec rural volume 11 no 5 - juin 2002