Le mot de la fin

1 Mars 2008

Par Jacques Proulx

J'en ai noirci des pages sur cette tribune pour combattre la bêtise, pour vous dire mille fois que le monde rural avait droit à la prospérité, dans l'espérance que vous vous leviez pour changer les choses. Mais cette fois est la dernière. Après 17 ans de service à la cause de la ruralité, de fidélité à cette maîtresse exigeante que fut la Déclaration du monde rural, je retourne en effet à mes terres, conscient du temps qui passe comme de celui qui me reste.

Ce serait mentir que de vous dire que je pars avec le sentiment du devoir accompli. Comme aimait à le dire mon ami Raymond Lacombe : « les combats sont légions, mais les hommes prêts à les faire sont rares ». En net, il reste beaucoup à faire. Mais en ce qui me concerne, ces combats appartiendront maintenant à d'autres.

Ce n'est pas de sitôt que le monde rural finira de se battre. Déjà, le printemps s'annonce orageux, avec la tournée de consultation sur la carte électorale; les ruraux essaieront certainement d'y défendre leurs circonscriptions. Je me permets une mise en garde : même si, encore cette fois, nous gagnons la bataille, nous perdrons un jour la guerre, parce que le vrai débat ne doit pas se faire sur la carte électorale, mais plutôt sur l'ensemble du système électoral qui ne tient pas compte des particularités québécoises. Si vous ne vous attaquez pas au cour du problème, vous reprendrez cette même bataille dans quelques années, et, de victoires en victoires, reculerez sans cesse.

Il y a une autre bataille importante à remporter en agriculture et en agroalimentaire. Le rapport Pronovost, s'il était appliqué demain matin, changerait pour le mieux nos campagnes. À l'heure où le ministre envoie des signaux inquiétants sur les suites qu'il y donnera, je vous encourage à lire et à relire le rapport et à tout faire pour qu'il soit appliqué dans son intégralité. En forêt aussi, il faut vous lever. Le ministre vient de lancer son fameux et attendu « Livre vert ». C'est tout le régime forestier qui est sur la table. À vous, et à personne d'autre, de voir à ce que vos communautés en profitent.

En bref, l'époque est aux grands changements. C'est un défi emballant pour les ruraux que de pouvoir redéfinir sa place dans ce monde nouveau qui s'annonce. Bien sûr, les grands changements sont toujours insécurisants. Mais faites-vous confiance!

Nous nous sommes fait confiance lorsque nous avons réclamé la Politique nationale de la ruralité. Regardez les résultats. Nous avons défendu les petites écoles avec vigueur parce que nous avions compris notre droit fondamental à vivre au village. La Politique qui s'en est suivie n'a pas tout réglé, mais elle a sauvé des centaines d'écoles. Nous avons cru aux produits du terroir; la bataille n'est pas finie, mais voyez aujourd'hui toutes ces petites productions qui contribuent au développement du territoire!

Et ce n'est qu'un début. Le potentiel de nos campagnes est infini. Énergie, transformation intelligente des ressources, produits non-ligneux, identités locales, patrimoine, culture. ce sont autant de domaines à développer. Mais surtout, j'ai été en mesure de constater durant toutes ces années, que le monde rural recèle la plus grande des richesses, et c'est ce qui me rend par-dessus tout confiant pour l'avenir : l'humain, sa culture, son ingéniosité, son engagement. C'est en ces hommes et ces femmes du monde rural que réside l'espoir.

À vous tous qui continuerez de porter cet espoir sur vos épaules, je vous dis « MERCI! ». C'est grâce à vous que je pars l'esprit en paix.

À la revoyure!
Québec rural volume 17 no 1 - Mars 2008