Le feu sous la loupe

1 Novembre 2007

Par Jacques Proulx

La terre tourne et tourne encore. Et comme des milliards de fourmis, nous allons de ci de là, vaquant à nos occupations, faisant notre possible pour nourrir nos familles, s'impliquant pour améliorer la suite des choses, émettant nos avis et commentaires sur l'actualité. Et soudainement, elle arrive, cette loupe, cette lentille, cette caméra qui met le feu aux poudres. Et voilà notre monde en émoi, chamboulé.

Ces temps-ci, je rêve de me faire carme ou Inuit pour échapper à tout ce brouhaha médiatique qui brouille tout. J'ai honte, pour la première fois, d'être Québécois. Je n'en peux plus d'entendre les commentaires racistes et xénophobes de mes compatriotes qui me sont rapportés chaque soir dans le confort de mon salon. Mais surtout, surtout, je n'en peux plus des analystes de tout acabit qui essaient de me faire accroire que le Québec des régions est « plus attaché au passé, plus conservateur et moins ouvert au changement. » Nos chroniqueurs, plutôt que de nous éclairer en s'élevant au-dessus de la mêlée, crachent donc des propos aussi intelligents que celui qui va soutenir, devant les commissaires, que tous les musulmans sont des intégristes religieux, qu'ils sont tous plus violents envers les femmes et que les Québécois sont en voie d'extinction !

Mais je m'égare, parce que c'est la loupe qui m'inquiète, bien plus que les fourmis.

Les médias ont un immense pouvoir qui s'accompagne d'une liberté qui leur est nécessaire. Mais cette liberté leur est donnée avec de sérieuses obligations, dont la toute première est une rigueur irréprochable, qui se démontre notamment par la priorité donnée à l'information, qui doit passer avant le spectacle. Leur devoir, dans un système démocratique, c'est d'éduquer les citoyens sur les grands enjeux de société, leur faire connaître les solutions possibles aux problèmes que nous rencontrons. De faire voir aux citoyens les multiples côtés de la médaille.

Mais en quoi le fait de rapporter soir après soir le vox pop citoyen de la Commission Bouchard-Taylor, par exemple, aide les Québécois à comprendre les mécanismes d'intégration des immigrants ? En quoi cela apporte-t-il un éclairage sur le financement des organismes d'accueil ? Comment cela vient-il nous aider à comprendre le fonctionnement de la reconnaissance des diplômes et à savoir comment attirer davantage d'immigrants en région ? Ce sont là les véritables enjeux concernant l'immigration au Québec.

« Donnez-leur du pain et des jeux » disaient les dirigeants Romains pour éviter les émeutes et les révoltes. Le jeu de la Commission Bouchard-Taylor est effectivement bien divertissant. Mais en nous vendant du spectacle, les médias sont en train de transformer le Québec en un véritable cirque où tout est caricaturé. Pourtant, dans ce débat hypersensible, le Québec ne peut absolument pas se priver des nuances qui composent notre monde.

 

Québec rural volume 16 no 6 - Novembre 2007