Le bonheur collectif

1 Avril 2007

Par Jacques Proulx
jproulx@solidarite-rurale.qc.ca

Je voudrais que les délais de production me permettent d'écrire cet éditorial dans quelques jours, après la digestion de la soirée électorale, de notre assemblée générale et de la nomination du conseil des ministres. Bref, je voudrais avoir du recul, car l'observateur politique que je suis est médusé par le résultat des dernières élections provinciales.

Certes, j'espérais un gouvernement minoritaire car c'est un bon rempart contre l'arrogance des chefs. Ensuite, j'aurais souhaité plus de votes aux tiers partis afin d'imposer au gouvernement, quel qu'il soit, une réforme du mode de scrutin et de brasser les certitudes politiques des vieux partis.

D'ailleurs, si nous avions déjà connu une réforme électorale qui aurait injecté des éléments de proportionnalité dans la composition de l'Assemblée nationale, les tiers partis seraient jugés sur leurs réelles capacités. Il est désolant que le tiers du Québec ait voté en se disant « on va leur donner une chance ». Le bien commun n'est pas un gros lot.

Quant aux villages, à la ruralité, ce sera du pareil au même car les trois partis politiques qui forment notre parlement ont de la difficulté à saisir leurs réalités. Tous, ils assimilent la croissance économique au développement de nos communautés. Pour faire image, je dirais qu'ils croient que l'argent fait le bonheur. Or, avec ses règles et ses règlements, c'est notre mode de vie que l'État nous conteste. Et nous attendions des élus qu'ils s'engagent à forcer la machine à moduler son action afin de ne pas étouffer systématiquement nos villages. Aucun ne l'a fait.

De toute façon, les partis politiques se soucient plus de l'heure de tombée du téléjournal, de l'habileté des chefs à produire soir après soir la ligne qui fera la une et de la capacité de leurs candidats à tenir à deux mains la ligne du parti. On croit qu'avoir du bagout c'est avoir du leadership, qu'avoir des opinions c'est avoir des idées. Les slogans c'est comme la malbouffe ça bouche un trou.

Mon seul étonnement vient de la capacité des électeurs à berner les sondeurs, les commentateurs, les analystes, les politologues, et autres grands penseurs qui font leur pain et leur beurre sur la quête de bonheur des peuples. Car, au fond, l'enjeu du politique c'est le bonheur collectif.

 

Québec rural volume 16 no 2 - Avril 2007