La solidarité existe-t-elle encore?

20 Octobre 2014

Ce qui compte vraiment ne peut pas toujours être compté, et ce qui peut être compté ne compte pas forcément - Albert Einstein

Au début, ce n’est qu’une petite secousse, une vibration accompagnée d’un bruit sourd. Qui enfle peu à peu. Soudain, la menace apparaît, réelle, plus grosse, plus grande que ce que l’imagination pouvait concevoir. Et voilà : le tsunami déferle, sans pitié, balayant tout sur son passage, ne laissant, en se retirant, que désolation et humains meurtris, démunis…

Cette image de tsunami, c’est celle que j’ai en tête en ce moment en prenant connaissance de l’actualité. Pas tant l’image des coupes et de l’austérité — bien qu’il y ait là aussi matière à inspirer des visions de tsunamis —, mais celle des confrontations et des dissensions qui émergent en ce moment, entre des alliés de longue date, des compagnons de lutte qui, ensemble, ont été en mesure de gagner tant de batailles et qui, désormais, se déchirent pour un bout de pouvoir ou pour simplement exister…

La solidarité est éminemment fragile devant la menace, dans le danger. Chaque personne, chaque organisation voit son univers se rétrécir; le monde autour devient flou. Il n’existe plus que son travail, sa mission, sa raison d’être… Sans même s’en rendre compte, l’humain ou l’organisation passe en mode survie, parce qu’à tort ou à raison, on croit qu’on ne peut compter sur personne d’autre que sur soi…. Et nous devenons en perpétuelle confrontation les uns envers les autres.

La solidarité existe-t-elle encore? Alors que les menaces planent, que les différences nous inquiètent, pourquoi ne pas les transformer en force pour nous mener plus loin dans nos échanges, le plus naturellement possible, et partager notre authenticité en toute modestie?

Le monde rural change sans cesse. Il a changé. Il changera demain encore. Dernièrement, nos amis de Sol et Civilisation en France me posaient une question coup de poing : le rural existe-t-il encore? Encore faut-il s’entendre sur ce qu’est le rural. Pour nous, c’est d’abord un rapport à l’espace, à l’autre et au temps unique, différent de ce que l’on trouve dans d’autres milieux. Une conscience plus aigüe de ces rapports, qui nous provient peut-être de l’observation des grands cycles et des grandes règles de la nature, des interrelations, du temps qu’on ne peut maîtriser, du fragile équilibre dans lequel tout évolue. C’est une intelligence de la terre, une sagesse populaire que nous avons en commun.

Cet angle d’observation nous amène à comprendre que le monde dont nous faisons partie n’est pas mécanique, mais bien organique, vivant, avec tout ce que cela implique de patience, d’équilibre qui se recrée sans cesse. De là viennent les valeurs de prise en charge, de solidarité, d’innovation, de rééquilibrage des pouvoirs, de diversification économique qui sont inscrites dans la Déclaration du monde rural que nous portons.

Le gouvernement revoit présentement tous ses programmes, toutes les structures. Il y a longtemps à Solidarité rurale que nous militons en faveur d’une décentralisation, pour que les acteurs du développement sur les territoires de MRC puissent donner leurs propres réponses aux défis nationaux, pour qu’ils puissent s’appuyer sur l’intelligence collective pour mettre en place des solutions qui leur conviennent, qui leur ressemblent. N’est-ce pas là l’assise d’un réel développement durable?

Mais pour que cela soit possible, encore faut-il qu’il existe encore des structures et des programmes qu’eux considèrent comme étant efficaces au bout de l’exercice! L’État ne peut donc faire l’économie d’une analyse territoriale dans sa révision! Encore faut-il aussi que la décentralisation se fasse dans le respect des compétences de chacun, et dans le dialogue, plutôt que dans la confrontation.

Le monde rural change, il a changé, je le répète. Et il n’est pas à l’abri de l’individualisme et du cynisme ambiant. En ces temps d’austérité à laquelle on donne des allures de grande crise, notre pire ennemi potentiel, c’est nous-mêmes. Passer en mode survie, en mode « je », en mode « mon organisation » est un luxe dont nous paierons tous le prix.

Plus que jamais, nous avons besoin les uns des autres, c’est une nécessité pour le monde rural!

par Claire Bolduc,
presidente@solidarite-rurale.qc.ca