La lumière au bout du tunnel?

16 Septembre 2013

Chaque jour, où que l’on soit au Québec, on allume la lumière, l’ordinateur, la télévision, on ouvre le frigo, on prépare les repas. L’hiver, on rentre chez soi, dans le confort d’un foyer bien chauffé. On fait le plein d’essence aussi, on se déplace où l’on veut sans trop de problèmes. Tout ça, c’est normal, presque banal. Des acquis!

Et voilà qu’au mois de juillet, 500 000 personnes de Montréal, de la Montérégie, des Laurentides et de Lanaudière se sont retrouvées dans le noir. Le service de métro a fait défaut. Idem pour les manèges de la Ronde, où certains clients sont restés coincés. La raison? Un incendie de forêt à 1 400 kilomètres de là, dans la Baie-James. De quoi rappeler aux urbains que leurs liens avec la ruralité dépassent largement la seule question de la nourriture ou de la villégiature.

Il s’agit de sillonner le Québec pour se rappeler à quel point l’énergie est fondamentale pour notre province. Au détour d’une forêt particulièrement dense, ou d’une montagne inaccessible, on est surpris de voir apparaître un corridor de pylônes qui, raccordé aux autres, forme le système nerveux du Québec.

L’énergie de nos campagnes. Oui. C’est le choix historique qui a été fait au Québec. Que la campagne soit pourvoyeuse d’énergie. Pourtant, les ruraux que nous sommes n’ont, au final, pas eu tellement à dire dans le déploiement de ce choix sur le territoire. Le résultat? Rappelons-nous le développement éolien, qui, bien que souhaitable et louable, s’est fait de façon cacophonique dans nos milieux de vie. Pensons aux hydrocarbures ou aux gaz de schiste, à toute l’encre qu’ils ont fait couler dernièrement.

À titre de pourvoyeurs d’énergie, les milieux ruraux ont définitivement beaucoup à dire. Parce que le barrage, l’éolienne ou la tour de forage, c’est de leur fenêtre qu’ils les voient, non à travers l’écran de leur télé. Mais à titre de consommateurs également. À l’heure où le gouvernement prend le tournant de la réduction de gaz à effet de serre, actuellement son principal objectif en matière d’énergie, est-il acceptable que les moyens de transport collectifs des milieux éloignés soient si coûteux et moins efficaces que la bonne vieille voiture? Qu’en est-il du transport des marchandises, un enjeu majeur pour nos communautés dans le modèle économique actuel, qui déplace les ressources en ville pour les faire transformer, puis les redéploie sur le territoire?

La question de l’énergie nécessite une réflexion globale, et si la réduction des gaz à effet de serre est une belle porte d’entrée à cette réflexion, elle doit s’élargir à des concepts plus globaux que sont la création de richesse collective, la place de l’énergie dans l’occupation dynamique des territoires et les changements dans nos milieux de vie qu’entraîne le déploiement de ces énergies.

Oui. Les ruraux ont beaucoup à dire sur la question de l’énergie. Et historiquement, on ne leur a que trop rarement donné la chance de s’exprimer; c’est l’un des principaux drames qu’ont vécus bien des communautés ces dernières années. Or, le gouvernement entrouvre une porte en tenant une consultation qui fera le tour du Québec du 4 septembre au 9 octobre prochain.

Bien sûr, les délais sont vertigineux. Mais nous, ruraux, avons le devoir, malgré le temps qui court, de défoncer la porte si timidement ouverte. Pour faire éclater la lumière sur l’enjeu énergétique québécois. Pour l’avenir de nos communautés, tout simplement.

Exprimez-vous! http://consultationenergie.gouv.qc.ca/

par Claire Bolduc,
presidente@solidarite-rurale.qc.ca