La longue marche des ruraux

15 Décembre 2010

par Claire Bolduc,
presidente@solidarite-rurale.qc.ca

À la veille du temps des Fêtes, vous me permettrez de rompre avec l’actualité politique pour vous parler un peu de mon territoire, celui que j’habite, mais surtout, qui m’habite.

Le Témiscamingue.

20 000 km2 couverts à 95 % de lacs et de forêts. 20 municipalités, 4 communautés algonquines, 18 000 habitants. Aucune mine, ou si peu. Beaucoup d’agriculture, de l’exploitation forestière. Et surtout, surtout, une grande richesse : ses gens.

Nous étions 4 000 à marcher dans les rues de Ville-Marie le 8 novembre dernier. Ce que nous réclamions? Si peu et tellement à la fois. Nous ne demandions pas de subventions à tout rompre. Nous ne voulions pas que Québec et Ottawa débarquent avec leur attirail de fonctionnaires pour nous dire quoi faire. Nous ne voulions qu’une chose : que l’on reconnaisse notre différence. Voilà tout.

Le territoire où je vis est situé à la frontière de l’Ontario, mais les règles en vigueur, la bureaucratie, nous empêchent d’avoir accès à ce marché prometteur sur plusieurs plans. Mon territoire vit d’agriculture, mais nous n’avons pas d’abattoir, le plus près étant à Montréal pour les uns, en Ontario pour les autres. Ma MRC voit ses services disparaître à petit feu, elle rêve d’une réelle application de la modulation pour qu’on reconnaisse et que l’on supporte sa différence.

Nous étions 4 000 à Ville-Marie ce jour-là. Mais nous aurions pu être un million. Car l’histoire du Témiscamingue, sa richesse incroyable en termes de ressources et ses difficultés à en vivre, c’est celle de dizaines de MRC au Québec.

La Politique nationale de la ruralité a amélioré les choses, évidemment. Mais cette politique, gouvernée du bas vers le haut, ce n’est pas un cadeau des gouvernements : c’est une victoire des ruraux. Et rien n’est jamais acquis pour le monde rural.

Le gouvernement travaille présentement à l’élaboration d’une Politique de l’occupation des territoires. Ce n’est pas une panacée, elle ne règlera pas tous les problèmes du monde rural, ne remplira jamais à elle seule le fossé qui existe entre l’urbain et le rural et surtout, ne remplacera jamais la Politique nationale de la ruralité, mais c’est l’occasion de faire un pas de plus vers la prospérité.

S’il faut apprendre de ses erreurs, il faut aussi apprendre de ses réussites! Comme la Politique nationale de la ruralité, cette prochaine politique des territoires doit s’enraciner dans les milieux. Car si cette politique devait se faire sans les citoyens, ne devait se jouer que dans les hautes sphères bureaucratiques, ce pas vers l’avant nous ramènerait loin en arrière.

Au nom de ces 4 000 citoyens qui ont marché à Ville-Marie, au nom des milliers d’autres mobilisés aux quatre coins du Québec, Solidarité rurale veillera au grain. Mais c’est votre voix, au final, qui fera la différence, comme elle l’a toujours faite d’ailleurs.

Joyeuses Fêtes et surtout, bonne année 2011… elle marquera les 20 ans des États généraux du monde rural et peut-être, une avancée majeure de plus pour les ruraux. Voilà mon souhait pour l’année à venir!