19 décembre 2011
Éditorial_ 

La fièvre du Nord

19 décembre 2011

Quand les premiers explorateurs sont arrivés au Nouveau Monde, ils recherchaient d’abord des richesses, qu’ils ont trouvées en quantité. Des ressources abondantes, diversifiées, convoitées par leurs mères patries.

À l’instar des premiers explorateurs, le gouvernement s’apprête à nous lancer dans une grande aventure qui devrait nous amener 25 ans de prospérité garantie, générer 80 milliards de dollars d’investissements et 20 000 emplois par an, avec des salaires plus qu’intéressants. Voilà ce qu’est le Plan Nord. Une Baie-James des temps modernes à la puissance 1000. Un projet ambitieux qui vise à ouvrir ce territoire méconnu, incommensurable, à l’exploitation forestière, énergétique et minière, mais également au tourisme, à la faune et au bioalimentaire. C’est une entreprise qui a de quoi donner le vertige. Il s’agit de bâtir un nouveau monde en somme, mais celui-ci vivra en parallèle du nôtre. Et c’est là que le bât blesse.

Car le Nord du Québec n’est pas un autre monde. Le plan qui vise à le développer prendra assise sur nos lois; celle sur les mines, celles sur la forêt, celles sur l’environnement. Mais devant l’immensité du projet, on en vient à se demander si elles sont assez solides pour lui servir de fondations sur lesquelles nous pourrons asseoir une réelle prospérité collective, qui nous permettra d’aller plus loin en tant que société. Les questions que pose Richard Desjardins dans son dernier pamphlet, Trou Story, sont légitimes, et ne concernent qu’un pan de cet immense plan. Les ressources insoupçonnées qu’abrite le Grand Nord NOUS appartiennent, collectivement, à nous, à notre société, née comme à venir, et d’une façon particulière aux communautés qui y vivent. C’est sur cette prémisse fondamentale que toute l’action du gouvernement devrait s’articuler.

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1962. Les compagnies d’électricité font la pluie et le beau temps. Elles fixent des prix qui créent de profondes iniquités entre les régions. René Lévesque entame une tournée du Québec. Il n’est pas en campagne électorale. Non, il est déjà élu. Il est en fait ministre des Richesses naturelles. Méthodiquement, il explique, soir après soir pourquoi il souhaite nationaliser ces entreprises. Ce faisant, il répond aux questions des citoyens, suscite le débat. Au bout de sa tournée, ce n’est plus lui, mais tout le Québec qui souhaite la nationalisation des entreprises d’électricité. C’est un virage majeur. Hydro-Québec deviendra alors ce fleuron que l’on connaît aujourd’hui.

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La parenthèse historique n’a rien d’anodin. Car le Plan Nord, c’est présentement et strictement le projet du gouvernement. Alors qu’il devrait être celui de toute la société, un vrai projet de société.

La discussion, le débat, n’a pas eu lieu, sur ce projet qui aura des impacts majeurs sur tous nos milieux. Il en a déjà. Partout, on s’inquiète de voir l’État s’engager à construire routes et infrastructures de façon massive là-bas, parce qu’on le voit du même souffle couper de façon massive ici, notamment en santé et en éducation. Sur le terrain, en Gaspésie, on s’inquiète de voir des travailleurs quitter leur village au profit d’emplois grassement payés là-bas après tous les efforts déployés pour freiner le déclin démographique. S’il s’agissait au moins de reculer pour mieux avancer… mais rien ne nous assure à l’heure actuelle que le Nord profitera en premier lieu aux Québécois, notamment en ce qui concerne la ressource, sur qui va l’utiliser, qui va la transformer, mais aussi en termes de redevances. Ne serait-ce là qu’un miroir aux alouettes? Tant de chercheurs d’or ont perdu leur âme dans leur quête effrénée. Succomber à la fièvre? Notre société s’en méfie. Qui lui en voudra?

En somme, le Plan Nord suscite plus de questions, il soulève plus d’inquiétudes qu’il n’apporte de solutions. Et ces questions, c’est à coup de monologues publicitaires que l’on y répond. Il faut se parler, c’est urgent.