L’histoire qui se répète

1 Novembre 2006

Par Jacques Proulx
jproulx@solidarite-rurale.qc.ca

Ne vous offusquez pas si je vous dis que je ne suis pas du tout étonné de la crise qui secoue présentement le monde de la foresterie. Je suis plutôt surpris de voir les gens surpris. Et je l'avoue, même si je considère comme un effort louable les annonces du gouvernement pour y faire face, je suis choqué parce qu'encore une fois, aucune des mesures annoncées ne remet en question le modèle. Le gouvernement intervient encore pour aider les entreprises.

À preuve, dans les nouvelles mesures annoncées. c'est aux compagnies que va le plus gros de l'argent et même si on en donne un peu aux travailleurs et aux communautés, on oublie tous ces gens et ces secteurs qui sont indirectement touchés, ce que j'appelle les dommages collatéraux. Entendons-nous bien, je n'ai rien contre les compagnies, elles ont aussi leur place, mais il est plus que temps de changer nos façons de faire et de voir l'ensemble du problème.

C'est à force de regarder et d'analyser que nous en sommes venus à ce raisonnement, parce que ce n'est pas d'hier que SRQ se penche sur la question de l'exploitation forestière. La forêt fait partie de notre questionnement parce qu'elle est la deuxième ressource en importance dans le monde rural québécois, la première dans 250 communautés. Il est donc plus que temps de faire ce qu'il faut pour assurer sa pérennité. Il n'y a pas si longtemps, la Commission Coulombe a fait un très bon portrait de la situation et a avancé des priorités, malheureusement, trop peu de mesures de transition ont été mises en place.

Depuis longtemps, SRQ soutient qu'il faut changer le modèle de gestion, en lui donnant un nouveau virage fondé sur la nécessité de séparer la forêt de l'usine afin de permettre aux communautés de se réapproprier, non seulement, la gestion de leurs forêts, mais les fruits qui en découlent. Car il faut s'en souvenir, la forêt publique québécoise fait partie du patrimoine des québécois, ce qu'on a trop souvent tendance à oublier en cette époque de mondialisation et de globalisation, où pour certains, tout devrait être à vendre.

Et cette ressource qui pourtant devrait rapporter, coûte cher. On sait par exemple, chiffres à l'appui, que cette façon de faire a entraîné des coûts faramineux, alors que pour 2003 - 2004, les dépenses gouvernementales en matière de forêt publique ont atteint 463,2 M $, tandis que les revenus ont été de 368,7 M $, incluant les 320 M $ de redevances. Ce qui laisse un déficit qui atteint 94,5 M $...

Aujourd'hui, pourquoi ne pas profiter de cette crise pour la transformer en opportunité et changer le paradigme? En donnant la responsabilité au gouvernement local de gérer la ressource on pourrait voir se développer différents modèles : des fermes forestières, des coopératives, des entreprises privées, des forêts habitées, des entreprises familiales ou des organismes de foresterie communautaire. Certains de ces modèles sont déjà en place, on n'a qu'à penser à la scierie coopérative Boisaco de Sacré-Coeur sur la Côte Nord, à la Forêt de l'Aigle en Outaouais, et bien d'autres petites entreprises qui, en temps de crise, réussissent à mieux s'en sortir.

Et pourquoi ne pas regarder la création d'un marché libre entre les grandes entreprises consommatrices de bois et les exploitants de la forêt, comme c'est le cas en Colombie-Britannique? C'est en ce sens qu'à SRQ nous avons parlé de séparer l'usine de la forêt et de mettre les communautés au coeur d'un nouveau modèle forestier.

Dans ce dossier comme dans bien d'autres, ce qui fait défaut c'est le leadership qui rassemble les acteurs, les intervenants et les communautés autour d'un projet valorisant et durable.

Le modèle d'exploitation de nos forêts est vétuste. Depuis trop longtemps, il a fonctionné sur la base de la surexploitation, aujourd'hui on ne peut se contenter de corriger les capacités forestières et espérer que le modèle s'ajustera de lui-même. La pérennité de la ressource, c'est bien plus qu'une affaire de technologie et ce n'est certainement pas la concentration des usines, une façon de faire qui éloigne encore davantage les centres de décisions des lieux de cueillette et de production. ?


Québec rural volume 15 no 5 - Novembre 2006