L’échec des institutions

6 Mars 2012

La moitié d’un village déménagé par une compagnie minière alors même que le BAPE tient ses audiences sur le projet sans qu’aucun ministère réagisse. Une petite municipalité de 600 habitants qui doit dépenser plus d’un million de dollars parce que sa source d’approvisionnement en eau, qui était parfaitement saine, ne correspond plus aux nouvelles normes gouvernementales. Un milieu qui ne peut instaurer un service de garde parce que deux ministères ne se parlent pas. Des MRC couvrant des centaines de kilomètres carrés qui doivent assurer la même couverture de risques que les plus grandes villes à haute concentration de population, avec un budget moindre. Des citoyens qui découvrent un beau matin qu’on creuse leur territoire pour y trouver du gaz de schiste, avec la complicité des ministères, sans qu’ils en aient été avisés. Des bureaux gouvernementaux dédiés à la forêt qu’on arrache à de petits villages pour les planter en plein centre-ville de la capitale régionale. Des écoles d’État dans lesquelles les milieux sont forcés d’investir pour les garder ouvertes alors qu’elles sont situées dans des communautés qui, justement, n’ont pas de moyens...

La tournée et les rencontres que nous effectuons à travers le Québec nous démontrent chaque fois les incohérences d’un système qui a perdu de vue sa raison d’être, le service aux citoyens, et qui se nourrit de lui-même. D’un côté, on demande aux ruraux de prendre en charge leur développement. De l’autre, on leur impose des règles et des programmes qui ne tiennent pas compte de leur réalité. Combien de temps, d’énergie, d’argent perdus à simplement tenter de faire triompher le gros bon sens?

Les ruraux ont développé un talent, au fil des ans, pour la délinquance intelligente. Ici, la municipalité se fait complice, de par son silence, des commerces de coiffure, de massothérapie, de comptabilité, installés dans des maisons privées sur territoire agricole. Là, on attend les représailles après avoir sciemment choisi de rénover avec des bénévoles un édifice public, pour éviter de dépenser plusieurs centaines de milliers de dollars. Les leaders locaux font pour le mieux pour servir leur population en dépit des normes qui n’ont rien à voir avec leur réalité.

Tout cela, ce n’est pas symptomatique de l’échec des ruraux. Bien au contraire. Les dernières données statistiques sur la démographie démontrent que les choses s’améliorent pour nos campagnes. La ruralité canadienne en général a gagné 1% de population depuis le dernier recensement. Nous sommes maintenant près de 2 millions au Québec. Si la répartition a changé, il reste que jamais nous n’avons été autant de citoyens ruraux. Lorsque nous étions deux fois moins d’habitants, nous avons été en mesure de déployer des services sur tout le territoire et de nous adapter pour les communautés. Pourtant aujourd’hui, les fermetures d’école, la réduction des services de santé, le désengagement du fédéral constituent l’ordre du jour.

Non. Tout cela n’a rien à voir avec les ruraux. C’est tout simplement la démonstration de l’échec de nos institutions. Elles ont été mises en place pour servir le citoyen; elles se sont lentement retournées contre lui et l’ont mis à leur service.

Si bien qu’il faut aujourd’hui une loi pour tenter de ramener les choses dans l’ordre. La loi-cadre sur l’occupation et la vitalité des territoires, qui est présentement à l’étude, pour laquelle Solidarité rurale et les partenaires de la ruralité ont milité, tentera de renverser le paradigme au sein des ministères et organismes. C’est tout un défi. Et ce défi, ce n’est pas la loi qui le relèvera. Ce sont nos élus, à tous les niveaux. Car une loi n’est qu’un outil. Élus municipaux, préfets, députés, ministres… ce sont les personnes qui feront la différence dans la volonté comme dans l’action.

L’adoption de la loi ne sera pas la fin d’années de travail, mais bien le début. L’attention du citoyen sur tout ce qui se passe sera garante de la réussite ou de l’échec de l’opération. Qu’on se le tienne pour dit, on jugera l’arbre à ses fruits.