15 juillet 2011
Éditorial_ 

L’année où tout devait se passer… et où rien n’arriva

15 juillet 2011

par Claire Bolduc,
presidente@solidarite-rurale.qc.ca

Au moment d’écrire ces lignes, le beau temps invite à la détente, à profiter de ce territoire magnifique qui est le nôtre. J’aimerais répondre à son appel dans l’insouciance, mais je ne peux pas.

J’aimerais pouvoir conclure la célébration des 20 ans des États généraux du monde rural avec l’assurance que la voix des ruraux a été entendue; fermer le bureau de Solidarité rurale pour les vacances avec le sentiment du devoir accompli. Et j’aurais toutes les raisons de le faire, forte du succès de Ruralia. Mais c’est impossible.

Bien au contraire. Au sortir de Ruralia, qui a été une démonstration éclatante que le monde rural a bien vieilli, le monde politique démontre, lui, d’une façon tout aussi éclatante, qu’il vieillit bien mal.

2010-2011 devait être l’Année politique avec un grand A; celle de toutes les lois, de toutes les réformes. Loi sur les mines, politique agricole, loi-cadre sur l’occupation des territoires, réforme de la carte électorale, loi sur l’aménagement et l’urbanisme, refonte du régime forestier… autant de dossiers qui étaient sur la table. Autant d’occasions de faire avancer les ruraux en particulier et la société en général. Autant d’espoirs dans nos milieux de voir les choses évoluer pour le mieux. Autant de travaux, de recherches et de prises de position de notre Coalition. Autant de déceptions, dont certaines sont franchement amères, particulièrement celle sur la carte électorale. C’est un gâchis sans nom. Pour le résultat désolant, pour cette incapacité des parlementaires à s’entendre, bien sûr. Mais surtout pour cette vieille idée qu’il a réveillée, sortie du placard comme un monstre imaginaire. Vous savez, cette idée simpliste maintes fois réfutée pourtant, selon laquelle les intérêts des ruraux seraient en confrontation avec ceux des urbains.

Comme si le fait d’entendre les positions des ruraux sur la forêt, les mines, le développement énergétique à l’Assemblée nationale, ces réalités qu’ils vivent, eux, au contraire des urbains, comme si le fait qu’un député rural représente un peu moins d’électeurs, mais qu’il touche tellement plus d’enjeux, comme si tout cela était une nuisance aux urbains. Le monde politique urbain n’avait rien à perdre à reconnaître la valeur de leur ruralité. Cette occasion en aurait été une belle d’effectuer une réflexion en profondeur sur la façon d’exprimer et de vivre notre démocratie. Au lieu de cela, elle nous aura retournés à nos vieilles guéguerres ridicules. Un vrai gâchis.

Les sages se plaisent à dire qu’il y a du bon à tout. Je vois pour ma part dans cette année perdue un appel plus fort que jamais des ruraux à se mobiliser. Rien ne nous est jamais acquis. Et au moment où l’on serait tenté de s’asseoir sur nos lauriers, à ce moment précis, c’est là qu’il faut redoubler d’efforts. Et je ne m’adresse pas ici qu’aux leaders ruraux. Je sais que vous travaillez sans relâche déjà pour que vos milieux s’épanouissent. Je m’adresse à vous, citoyens, vous qui tout simplement vivez dans un milieu rural. Où êtes-vous? Qu’attendez-vous pour vous lever? Pour manifester votre volonté de voir les choses changer? Pour y travailler activement? Les leaders locaux ne sont rien sans vous. Ils ont la force que vous leur donnez. Il n’y a pas que les gaz de schiste qui méritent qu’on se lève. Notre démocratie ne vaut-elle pas la peine d’être défendue et reconnue pour sa complexité? Vous voyez comme moi nos plus belles fermes être démantelées, cela ne vaut-il pas une lettre d’opinion à votre journal préféré?

Je partirai en tournée de tout le Québec rural l’automne prochain avec l’équipe de Solidarité rurale. Parce que la Politique nationale de la ruralité vient à échéance en 2014 et qu’elle n’est pas acquise, j’en appelle à vous pour qu’elle soit encore une fois renouvelée et améliorée. Car il ne faut pas se bercer d’illusions… tout ce que les milieux ruraux ont obtenu à ce jour, ils l’ont gagné. Rien ne nous sera donné. Il faudra prouver encore une fois la valeur de votre action, et plus que jamais la nécessité d’une réponse adaptée. Pour la ruralité, j’espère que vous serez là.

Profitez bien de cet été pour vous ressourcer; au plaisir de vous rencontrer cet automne.