«J’ai un rêve»

1 Juin 2006

Par Jacques Proulx
jproulx@solidarite-rurale.qc.ca

J'ai un rêve, un peu comme Martin Luther King en 1963, qui rêvait d'égalité entre tous les hommes. Moi, plus modestement et tout en partageant son idéal, je rêve d'égalité et de reconnaissance pleine et entière des ruraux. Je rêve que, dans un pays comme le nôtre, parmi les mieux nantis du monde, reconnu et respecté pour sa démocratie et ses chartes des droits, nous soit reconnu formellement le droit de vivre au village avec tout ce que cela implique.

Je vous entends déjà me dire que tout le monde a le droit de vivre où il veut dans notre beau pays et vous aurez raison. Sauf que par toutes sortes de moyens politiques, mais aussi souvent bureaucratiques, les États, comme les grandes entreprises d'ailleurs, uniformisent, nivellent, appliquent des normes, gèrent des ensembles. ce qui les justifie de couper des services, fermer des écoles, fusionner, rationaliser, quand ce n'est pas privatiser le bien collectif. C'est alors que le droit des ruraux de vivre au village est nié et que l'accès aux services devient un casse-tête pour ceux qui, bien qu'ayant choisi une petite communauté, n'en paient pas moins les mêmes impôts et taxes que les autres citoyens.

Ce problème, nous le partageons avec d'autres ruraux dans le monde. Certains ont même pris les devants pour faire reconnaître leurs droits. Il y a plus d'une dizaine d'années, des villages principalement danois et hollandais ont conçu, signé et déposé au Parlement européen, la Charte des villages ruraux d'Europe et fondé une association Villages culturels d'Europe. Dans cette charte, que le groupe fondateur a par la suite demandé à tous les conseils municipaux d'adopter, ils y affirment que : « la vie de village est très importante pour l'avenir et la prospérité de l'Europe et que tout ce qui est possible doit être fait pour promouvoir cet objectif.»

Ils proposent de voir le monde sous l'angle du village, dont ils définissent les différents aspects : l'économie, la production de nourriture, la culture, l'aménagement du territoire, la démocratie, la vie sociale, la nature et la biodiversité, la mondialisation. Sans surprise, il s'agit des thèmes qui ont été abordés par le millier de personnes que nous avons rencontrées lors de notre tournée printanière en vue de préparer un avis au gouvernement dans le cadre du renouvellement de la Politique nationale de la ruralité.

Ce que cette Charte européenne et notre tournée m'inspirent, c'est un élan, celui de la reconnaissance des droits des ruraux. Ainsi au lieu de simplement demander au gouvernement du Québec de renouveler, en la bonifiant, la Politique nationale de la ruralité, nous devons comme ruraux demander qu'elle soit assortie d'une charte reconnaissant les droits des citoyens qui le désirent de vivre en milieu rural, de préférer la vie au village, de choisir la ruralité comme mode de vie. Ça peut sembler banal, mais j'ai un rêve, celui que tous les citoyens où qu'ils aient choisi de vivre soient reconnus et respectés par l'État, la société, le monde.


Québec rural volume 15 no 3 - Été 2006