Il faut tout un village pour... sauver un village

18 Avril 2011

par Claire Bolduc,
presidente@solidarite-rurale.qc.ca

Il y a 20 ans, dans la mouvance des sables de la mondialisation, au sortir d’une crise économique, un mot était sur toutes les lèvres. Consolidation. Un autre suivait, tout juste derrière; rationalisation.

Voulue ou non, cette mouvance s’étendit jusqu’à la base de toutes les bases : l’agriculture. Les fermes disparaissaient à un rythme effréné, avalées par plus grosses ou simplement abandonnées.

L’UPA d’alors, dirigée par Jacques Proulx, entreprit d’organiser des États généraux de l’agriculture. De village en village, ils rencontrèrent des agriculteurs, oui. Mais des citoyens d’abord. Des citoyens inquiets de voir l’école menacée de disparaître, la commission scolaire fusionner avec une autre, l’épicerie vaciller, le bureau de poste fermer. L’UPA comprit rapidement que la route était beaucoup plus large que le seul sentier de l’agriculture, que c’était le village entier qui était remis en question, et que pas un agriculteur ne pouvait vivre sans son village. Voilà pour la genèse des États généraux qui devinrent ceux du monde rural.

Une Coalition unique au monde allait naître de cette idée qu’il faut tout un village pour sauver un village. Du monde municipal, aux centrales syndicales en passant par le mouvement coopératif, le monde agricole, jusqu’au clergé… Tous allaient se retrouver autour de la même table pour défendre une Déclaration, celle du monde rural, visionnaire, encore aujourd’hui criante d’actualité.

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20 ans plus tard. La Coalition est toujours là. Elle aura résisté envers et contre tout aux chocs des Titans réunis en son sein, levant le nez sur toute tentation que ce soit de se taire pour ne pas déplaire à ses mécènes, refusant de céder le moindre iota de son intégrité au profit de l’un de ses membres, rejetant le trop peu, le saupoudrage dont bien d’autres se seraient contentés, maintenant le cap, l’œil fixé sur l’objectif, comme un chevalier sans peur et sans reproches mis au service d’une reine inspirante.

La ruralité, grâce à l’action de ses communautés, aux soins apportés sans relâche, bourgeonne maintenant doucement, çà et là, comme un arbre retrouvant le printemps après avoir connu un dur hiver. Certaines MRC goûtent enfin le fruit de leurs efforts. D’autres sont encore à débroussailler, à émonder. Mais partout, les communautés sont au travail, conscientes comme jamais que la vitalité de chaque branche dépend de racines communes.

Pourtant, alors que le cœur est à la célébration, le plus grand défi de la Coalition, c’est peut-être maintenant qu’il se joue. « C’était tellement plus facile avant; comme nous n’avions rien, nous nous retrouvions devant tout. Le problème maintenant, c’est qu’ayant tout, nous nous retrouvons devant rien. » pour citer Yvon Deschamps, dans son monologue sur l’adolescence… Au moment de fêter nos 20 ans, l’observation vaut aussi pour la Coalition et la ruralité qu’elle sert.

La ruralité va un peu mieux qu’hier, et, j’ose l’espérer, moins bien que demain. Nous avons sous les pieds un tremplin pour nous propulser dans l’avenir. Mais ce tremplin constitue en même temps une zone de confort moelleuse, qui invite comme un lit bien douillet à dormir du sommeil du juste qui a travaillé plus que ce qu’on lui demandait, à se reposer.

C’est un piège.

Nous sommes tous, membres et amis de la Coalition qu’est Solidarité rurale du Québec, responsables de l’éviter, quitte, s’il le faut, à nous secouer les uns les autres pour garder le cap.

À ce titre, l’occupation des territoires, du moins dans la vision que Solidarité rurale du Québec et ses partenaires en ont, a de quoi secouer bien des dogmes et des façons de faire réconfortantes. Si cette vision peut donner le vertige à certains, c’est qu’elle peut nous mener encore plus haut, tout simplement. L’immigration, la gouvernance, les médias, l’enjeu énergétique… ce sont là autant de questions que la Coalition n’a jamais pu prendre à bras le corps, attrapant de Commission en Commission la perche lancée. Mais c’est là que se jouera notre avenir. Et c’est là que vous nous trouverez, quoi qu’il arrive, maintenant le cap, encore et toujours, l’œil fixé sur l’objectif, comme un chevalier sans peur et sans reproches mis au service d’une reine inspirante, belle et forte d’un royaume... la Déclaration du monde rural.