« Dessine-moi un mouton »

17 Décembre 2013

Qui ne se souvient pas de cette histoire du Petit Prince, si seul et fragile sur sa minuscule planète? De ses questions, de ses remarques, de ses demandes…

« S’il te plaît, dessine-moi un mouton. »

Ne connaissant pas la planète du Petit Prince, ses espaces et ses limites, et ne sachant pas non plus ce que voulait exactement ce dernier, l’aviateur lui a dessiné une boîte. Au Petit Prince d’y voir et d’y trouver le mouton de ses rêves. Après tout, qui de mieux que ce petit homme pour savoir quel mouton pourra bien vivre dans son monde?

C’est cette image du Petit Prince et de sa boîte qui me vient à l’esprit au moment de lancer la prochaine mouture de la Politique nationale de la ruralité. Quand nous sommes allés vous rencontrer chez vous, nous vous avons écoutés nous parler de ce mouton que vous souhaitiez noir pour votre territoire, de cet autre qui pouvait être blanc dans le territoire d’à côté, du mouton que chaque village pourrait imaginer, selon ses rêves, ses réalités.

Or, et c’est une bonne nouvelle, à l’instar de l’aviateur, le gouvernement du Québec nous a donné une boîte, et il nous appartient maintenant d’imaginer le mouton que nous souhaitons y dessiner. Car ça y est! La Politique nationale de la ruralité est renouvelée! Nous avons de quoi nous réjouir. Un budget global bonifié malgré le contexte budgétaire difficile. Des agents de développement en plus, dont une équipe spéciale prête à se déployer en cas de crise. Une nouvelle mesure : les « pactes plus » qui favoriseront le travail en commun sur le terrain. Et en prime, 10 ans devant nous pour réaliser nos rêves. Nous avons de belles raisons de célébrer à la veille de Noël.

Une chose est sûre, notre défi, avec cette politique, est bien clair, c’est celui du « vivre ensemble », du « travailler ensemble ». Cela semble si simple, et pourtant... Comme pour le Petit Prince, d’abord, il y a l’Autre, ce renard à apprivoiser, qui s’éloigne chaque fois que l’on approche, parce que c’est dans sa nature, parce qu’il est effrayé. S’asseoir chaque jour près de lui. Attendre que la confiance mutuelle vienne, jusqu’à être capables, enfin, de se faire assez confiance pour partager. Ce sont des efforts que chacun aura à fournir. Mais le jeu en vaut largement la chandelle. Parce qu’au bout de ce travail de longue haleine, de patience, se trouvent des milieux de vie qui mettent le citoyen au cœur de l’action et des préoccupations. Pas le patient, l’élève, l’usager ou la personne âgée, selon qui « s’occupe » de lui, mais bien la personne. N’est-ce pas là la différence fondamentale du monde rural? Cette capacité à se souvenir que l’humain est la base de toute notre société, et qu’une étiquette ne le définit pas?

Nous vivons dans nos territoires, qui sont pour nous uniques, précieux, comme la rose du Petit Prince. « L’essentiel est invisible pour les yeux. On ne voit bien qu’avec le cœur. C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante. »

Ce sont les gens qui l’habitent, avec qui nous avons ri, nous avons pleuré, nous nous sommes chamaillés puis réconciliés; ce sont les paysages que nous avons façonnés; c’est le temps que nous y avons perdu ou trouvé qui rendent chacun de nos territoires uniques, qui les rendent si précieux. En cette veille des Fêtes, je vous souhaite de vous arrêter pour apprécier à leur juste valeur toutes ces choses que vous aimez de cette vie au village.

Car la nouvelle année sera pleine d’espoir. Et la décennie, je l’espère, pleine de réalisations à notre mesure. Il vous appartient de commencer, déjà, à imaginer votre mouton…

 

par Claire Bolduc
presidente@solidarite-rurale.qc.ca