Des roses, des épines et de l’ivraie

1 Septembre 2008

Par Claire Bolduc, présidente de Solidarité rurale du Québec
presidente@solidarite-rurale.qc.ca

Déjà les journées s'amincissent, la lumière jaunit et la rentrée nous fait de l'oeil. Les potagers colorés et les esprits reposés m'imposent de vous parler du jardin politique du monde rural en cette fin d'été 2008. La session parlementaire du printemps s'est close sur des dossiers chauds, voyons voir ce qu'il en a germé.

D'abord, commençons par apprécier le parfum des roses remplies d'optimisme. Il faut reconnaître les efforts sentis du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) pour donner suite aux recommandations du rapport Pronovost. Après avoir réajusté les règles de gouvernance de la Financière agricole selon les normes de toute société d'état, c'est cet automne que la réelle volonté de changement du ministère se fera sentir, notamment quant à la diversification, à l'aménagement et au développement des communautés et des territoires. De belles intentions ont été rendues publiques et on ne peut que s'en réjouir. Mais qu'en sera-t-il de ces jolis rosiers dans un an? Un bouquet de ronces, du bois de chauffage ou plutôt, nous l'espérons et nous y travaillons, une haie riche et fleurie, fertile et mobilisatrice?

À discuter de buisson, il me vient à l'esprit qu'un jardinier averti sait trop bien comment il est crucial de tailler ses arbustes afin de rétablir l'équilibre et améliorer la frondaison. Le dossier de la révision de la carte électorale est un de ces grands arbres qu'on aura trop longtemps abandonné à son sort. Rabougri, mal vieilli, son ombre froide menace tout le jardin démocratique de fatalisme. Espérons que l'automne sera propice pour rajeunir l'arbre, repenser la démarche stérile de révision et aller plutôt vers un système démocratique qui correspond mieux aux aspirations des québécois.

On ne peut non plus passer sous silence cet autre buisson épineux pour le monde rural qu'est la chétive réforme proposée par le ministère des Ressources naturelles et de la Faune sur la gestion de la forêt publique et des modes de tenure. Le Document de travail sur l'occupation du territoire forestier québécois et la constitution des sociétés d'aménagement des forêts ne rompt d'aucune façon avec le paradigme d'exploitation grossière qui étouffe nos milieux. Les ruraux sont prêts à affronter le changement, les manches sont relevées et nous serons vigilants quant à la réforme imminente qui façonnera notre foresterie et les communautés qui en vivront pour les prochaines décennies.

Et que dire du champ de fardoches et d'aubépines qui barde la mise en place de Parcs éoliens. Dans un premier appel de projets de 2000 MW, la société d'état a soigneusement évité de faire confiance aux communautés et n'a ajouté, in extremis, que 500 MW à égrener entre celles-ci et les Premières Nations du Québec. Encore là, le jardinier attentif sait bien que cette démarche timide rongée par la peur de faire différemment, camouffle un manque de vision globale de la filière énergétique et du rôle des communautés dans son déploiement. Face à la montée fulgurante des prix du pétrole, qu'en est-il de notre dépendance aux énergies fossiles? Quelle réponse solide et durable l'État prévoit-il y donner? Est-ce que la biomasse servira de ressource énergétique alternative? Comment sera-t-elle exploitée? Bref, il reste beaucoup de débroussaillage à faire, reste à savoir qui aura le courage de s'y attaquer.

Cet automne nous gardera aussi, je l'espère, de sous-estimer les défis de la régénérescence de nos communautés. Il nous faudra trouver rapidement des solutions viables aux demandes croissantes des aînés pour éviter à tout prix qu'ils délaissent les milieux ruraux, emportant avec eux leur riche expérience. Il faudra également travailler fort pour que l'immigration vienne enrichir nos territoires d'idées, de savoirs et de visions nouvelles. Les communautés devront pour cela être mieux outillées pour faciliter l'accueil et l'intégration des nouveaux arrivants et rendre fertile leur territoire aux initiatives individuelles et collectives.

Mais l'épine la plus sournoise du jardin demeure certainement l'indifférence. Les médias, les élus et les directions en place pourront bien continuer de nous réjouir ou de nous décevoir, n'en demeure pas moins que personne ne fera le développement à notre place. Sans prise en charge, sans appropriation du destin de sa communauté, jamais rien ne se passera comme on le souhaite. L'automne est à nos portes et j'espère que nous aurons tous le courage, la rigueur et la sagesse du fin jardinier pour bien soigner le terrain, prévoir les surprises que nous réserve ce temps changeant et préparer la terre pour le futur prospère de notre jardin.


Québec rural volume 17 no 4 - Septembre 2008