De la rumeur à la parole vraie

1 Février 2002

Par Jacques Proulx
srq@solidarite-rurale.qc.ca
Non sans ironie, j'aimerais rappeler aux ruraux du Québec que je ne suis pas le ministre des Régions et que Solidarité rurale du Québec n'est pas le ministère des Régions. Seulement son instance-conseil.

En effet, depuis la publication par le gouvernement du Québec de sa Politique nationale de la ruralité en décembre dernier, des groupes de citoyens, des maires, des leaders de la société civile rurale m'interpellent pour que j'explique ladite politique ou pire me fustigent pour avoir appuyé une mauvaise politique.

De ces commentaires ou questions, je retiens qu'il ne suffit pas de faire une vaste opération de presse pour que les principaux concernés se sentent bien aux faits d'une nouvelle façon de faire gouvernementale. Malgré que les pactes ruraux, fondements même de la politique, ne soient pas négociés entre l'État et chacune des MRC, j'attends tout à chacun discourir sur les mandats et les sommes inhérentes que devrait recevoir telle ou telle MRC.

Or, un seul homme peut faire taire la rumeur : le ministre des Régions. Mais pour réussir son ouvre, il devra aller à la rencontre des décideurs locaux, leur présenter la politique pour ce qu'elle est : un outil adapté aux milieux ruraux, leur dépeindre objectivement les avenues qu'elle ouvre et, surtout, éviter de les confondre avec une avalanche de chiffres. Car, bien que la politique vienne avec des millions, il serait hasardeux d'en mettre trop.

Je le rappelle, cette politique est d'abord une affaire de mobilisation des forces vives de chacun des milieux. En somme, plutôt que d'interroger le compte en banque du ministère des Régions, les communautés rurales auraient intérêt à recruter ceux et celles aptes à leur inventer un avenir prometteur. Aux leaders de ces communautés je dis que le développement d'un milieu de vie c'est bien plus que la croissance économique et que la vie démocratique ne saurait se résumer à la gestion du compte de taxes. En somme, politique ou pas, pour avoir un avenir, le monde rural doit se réinventer et faire les choses autrement.

Mais je sais que plusieurs communautés sont prêtes à relever le défi de se créer des milieux de vie à leur ressemblance pourvu qu'on leur en donne un peu les moyens.

Québec rural volume 11 no 1 - février 2002