Après la réduction, le sursaut!

1 Avril 2005

Par Jacques Proulx
jproulx@solidarite-rurale.qc.ca

Le gouvernement du Québec a fini par adopter la principale recommandation du rapport Coulombe, à savoir réduire les prélèvements de 20%. Je tiens à saluer cette décision tout en rappelant qu'il s'agit là de la seule issue possible compte tenu de l'état de nos forêts. À raison, on craint les pertes d'emplois et leurs conséquences néfastes pour plusieurs de nos communautés rurales. Mais, il nous appartient à tous de reconnaître la véritable cause, à savoir la surexploitation éhontée de notre patrimoine forestier et non le recours du gouvernement à une réduction des capacités forestières. Cette décision est à cet égard une mesure de sauvegarde ultime pour cette ressource collective que le gouvernement n'avait plus le choix d'imposer.

Aussi justifiée soit-elle, cette mesure est manifestement mal reçue dans le milieu, particulièrement dans certaines localités déjà éprouvées par de nombreuses autres difficultés. La batterie de mesures d'atténuation annoncée par plusieurs ministères n'a pas réussi à lever les craintes et laisse une impression d'improvisation.

Dans ce dossier comme dans bien d'autres, ce qui manque aux décideurs c'est ce plan d'ensemble, un projet rassembleur qui amène les acteurs, les intervenants, les communautés autour d'objectifs partagés. Ce qui fait défaut c'est la capacité de mobiliser les forces vives à se serrer les coudes collectivement pour passer à travers les difficultés. Pour ce faire, nos villages, nos communautés ont besoin de voir plus clair, elles ont besoin de sentir la vision qui sous-tend ces changements. Quelle forêt future veut-on et quelle foresterie doit-on privilégier? Quel rôle pour les communautés dans cette perspective ?

Le modèle d'exploitation de nos forêts est dépassé, il a longtemps fonctionné sur la base d'une surexploitation de la ressource. On ne peut se contenter de corriger les capacités forestières et espérer que le modèle s'ajustera de lui-même moyennant quelques mesures d'atténuation. Le développement durable de cette ressource passe par une remise en question du modèle d'exploitation de la forêt publique dans son ensemble.

Pour notre part, nous croyons que des solutions de rechange sont possibles et existent. Les communautés rurales ont une place à prendre dans l'exploitation de la ressource. Cette appropriation par le milieu des leviers de développement répond à une préoccupation d'occupation du territoire, de prospérité économique et de développement durable.

Au-delà des mesures au cas par cas, c'est donc d'une vision stratégique et partagée dont on a besoin pour susciter le sursaut nécessaire dans cette phase cruciale. Le gouvernement a le devoir, dans ce dossier comme dans bien d'autres d'ailleurs, de proposer, d'expliquer, de partager une vision d'ensemble cohérente et emballante.

Québec rural volume 14 no 2 - avril 2005