Adieu Superman

5 Mars 2014

L’époque est douce-amère. De grands citoyens, ceux qui ont contribué à forger la société québécoise, qui ont généré fierté et espoir dans la population, des leaders plus grands que nature se retirent. Et chaque jour, chaque satané jour, on nous relaie des scandales sur ceux qui dirigent. Du maire de Toronto à celui de Laval ou de Mascouche, des chefs d’entreprise ou des dirigeants d’organisme, les médias nous renvoient une image sinistre. Des scandales et des entourloupes éthiques qui donnent envie de crier de colère et de cynisme.

D’aucuns diront que nous sommes en manque de leaders. Vraiment? Il faudrait déjà savoir ce que l’on cherche dans nos leaders. Est-ce qu’on ne confond pas tristement leader et sauveur? Des sauveurs, c’est vrai, il n’y en a plus. Celui qui sait tout, qui a les réponses à toutes les questions, expert à tout vent qui trouve toutes les solutions et les applique, qui porte à lui seul le monde sur ses épaules, il n’existe plus. Superman  nous a quittés depuis longtemps. A-t-il seulement déjà existé? Ou a-t-on plutôt voulu nous faire croire à la toute-puissance du héros à grand renfort d’effets spéciaux? 

Il faut plus que du bagou pour gouverner, il faut en fait quelque chose de bien plus précieux qu’une langue bien tournée : il faut des oreilles ouvertes, il faut des bras ouverts. Pour accueillir les gens et les idées. Pour savoir détecter les forces de chaque personne, pour les aider à se faire confiance et à mener à bien leurs rêves. Pour comprendre ce que les gens vivent, pour écouter au-delà des doléances, pour comprendre ce dont les gens ont besoin. Pour faire circuler l’information aussi. Pour briser l’isolement, les secrets et les chasses gardées, pour transcender les égos et les clans, pour qu’un vrai dialogue s’installe dans un climat de confiance.

Yes, we can! Si un leader a suscité de l’espoir au cours des dernières années, c’est bien Barack Obama. Yes, we can… Oui, nous pouvons! La clé de son message, ce n’était pas le pouvons, c’était le nous. Nous n’avons pas besoin de sauveurs aujourd’hui, nous avons besoin de leaders qui en engendrent d’autres parce qu’ils savent que c’est l’humain et sa capacité de se mettre en marche pour réaliser ses rêves qui compte bien plus que le reste. Bien plus que de grandes gueules toujours prêtes à mettre le poing sur la table pour un oui ou pour un non, à grand renfort d’envolées oratoires et de menaces.

Ce n’est pas le titre qui fait l’homme, pas plus que l’habit ne fait le moine. Les leaders de nos communautés sont des leaders de cœur d’abord. Des leaders habités par leurs territoires, par leurs paysages, par les gens qui y vivent, qui portent tous en eux ce désir d’y être mieux. Aujourd’hui, ils émergent en douceur, ces nouveaux leaders. Ils sont de leur temps, conscients que leur action ne se joue pas en sauveur. Adieu Superman!

Les défis de cette décennie de Politique nationale de la ruralité sont nombreux. Mais le premier de tous, c’est de faire de tous nos villages, à l’instar de Saint-Mathieu-d’Harricana[1], des villages dont chaque citoyen est le héros, où l’on travaille ensemble au mieux-être collectif.

En ce sens, la Conférence nationale à laquelle vous convie Solidarité rurale du Québec du 26 au 28 mars vous invite à découvrir ou à redécouvrir la base de tout village prospère, le plus grand de tous les enjeux de la ruralité… Vous! Voilà un rendez-vous.

par Claire Bolduc
presidente@solidarite-rurale.qc.ca

[1] http://www.valleedeloramosregion.ca/Communaute/2014-01-26/article-359158...