2034… Nous pouvons le faire!

16 Mai 2014

7 avril 2034. Le jour se lève sur le Québec, rural comme urbain. C’est une belle journée qui s’annonce.

Au village, il y a de la fébrilité dans l’air. C’est aujourd’hui le lancement de la toute nouvelle tablette numérique holographique mise au point au Centre de recherche et d’exploitation intégrées des Terres rares du Témiscamingue. L’exploitation de cette ressource a fait beaucoup jaser dans la MRC. Il y en a eu des soirées houleuses au cours desquelles les citoyens ont parlé fort et franc. Les élus ont écouté avec attention pour bien saisir toutes les préoccupations exprimées avant d’aller rencontrer les promoteurs. À force de discussions, ils en sont venus à une entente : exploiter, oui, mais à condition de transformer au moins 40 % de la ressource dans le milieu! Qui plus est, on a assuré la protection de toute ressource en eau lors de l’extraction et le centre de recherche et d’exploitation a été installé dans un endroit où les inconvénients possibles ne dérangent pas les citoyens. Encore mieux, une partie des profits va directement enrichir un Fonds de développement pour appuyer la naissance d’autres projets. Il faut dire que ce n’est pas une première en la matière… Toutes ces démarches, on les avait faites déjà en 2018 pour l’instauration du Parc éolien... Aujourd’hui, partout au Québec, on a su transformer les confrontations stériles en débats constructifs et cette façon de travailler est devenue habituelle pour le déploiement de projets, grands ou petits!

À l’école primaire, ça bourdonne. Les enfants sont encore sous le charme de leur dernière sortie. On leur a appris que la magnifique ardoise provenant de leur village garnissait les cuisines de plusieurs vedettes de l’heure. Cette découverte s’ajoute à tant d’autres apprises au fil de leur cours d’histoire locale… ils se sentent fiers d’appartenir à cette communauté. Mais il y a plus. Madame la mairesse doit passer plus tard, avec les membres du conseil municipal. On a demandé aux enfants ce qui manquait au village pour qu’on y soit encore mieux. Les enfants ont longuement réfléchi à la question, en ont discuté ensemble, et avec d’autres, par visioconférence, avec des enfants de la Côte-Nord qui s’étaient déjà posé la question. Ils livreront le résultat de leurs délibérations au conseil en fin d’après-midi. Ils rêvent de tellement de choses, mais c’est la réalisation d’un parc intergénérationnel et interculturel qui a été priorisé. Et ils vont dire aux élus qu’ils sont prêts à mettre la main à la pâte, à organiser des soupers spaghettis-sushis, des campagnes de levées de fonds pour que ça se concrétise. Les membres du Club Aînés actifs et de l’Âge d’or veulent aussi aider. La Commission scolaire et citoyenne s’est déjà engagée à investir dans le projet.

Aux nouvelles locales, on annonce que les organisations de développement socioéconomiques ont renouvelé leur Pacte de territoire. L’organisation des services de garde préscolaire et scolaire, les services d’aide à la santé et au bien-être des citoyens, les services de loisirs, culture et sports pourront donc continuer de jouer leur rôle pour des milieux de vie de qualité. La biomasse forestière recueillie par la Coopérative forestière pourra continuer d’alimenter en chaleur tous les édifices publics et scolaires du territoire et de soutenir des emplois locaux. Le transport collectif par monorail, très apprécié, sera maintenu, tout comme les services ambulants, qui vont de village en village. Nouveautés à signaler : les élus en sont venus à décider que les revenus des taxes en provenance de tous les parcs industriels iraient dorénavant garnir le fonds de développement de la MRC et la ville centre a décidé de fermer son aréna devenu vétuste, parce que celui du village d’à côté a tout ce qu’il faut pour satisfaire les citoyens.

Le préfet élu est fier d’annoncer que l’indice de vitalité et de bien-être des citoyens de la MRC s’est amélioré. Le Centre local d’emploi, la Commission scolaire et citoyenne, les organisations liées aux transports, l’hôpital et le CHSLD, la caisse populaire, la corporation de développement communautaire, les organisations de tourisme et de loisirs, le Carrefour jeunesse-emploi, la Chambre de commerce, les organisations qui desservent les familles, le CSSS, la Société d’aide au développement des collectivités, tous réunis sous le leadership du CLD pour l’action et sous celui de la MRC pour la coordination, sont fiers du chemin parcouru. Il n’a pas été facile de sortir des silos sectoriels et de la pensée de clocher, mais les efforts sont aujourd’hui récompensés. Tout le monde rame dans le même sens, à contresens des grands courants économiques peut-être bien, mais vers la destination qu’ils ont choisie ensemble, avec les citoyens au cœur de leur démarche. À plusieurs, ils avancent avec confiance et fierté vers cette destination.

Non, cela n’a pas été facile. Certaines des rencontres de la Table des partenaires territoriaux sont passées à la légende, tant elles ont été difficiles, parce que le pouvoir de quelques roitelets était esquinté, parce qu’on remettait en question des façons de faire et de penser. Mais aujourd’hui, tout le monde se félicite d’avoir continué malgré tout. Le climat de confiance qui s’est installé a eu aussi des effets positifs chez les entrepreneurs. Comme tout est plus transparent, que tout le monde collabore, il est plus facile de faire des affaires, et pour commencer, de déceler les occasions. La création d’emplois est au rendez-vous, tout comme l’est le souci de le faire en garantissant une belle qualité de vie aux citoyens.

Et dire que tout cela aura été rendu possible parce que, en 2014, un gouvernement nouvellement élu aura fait le choix de changer le sens du courant gouvernemental pour appuyer les communautés dans leur volonté de ramer envers et contre tous les courants économiques. Un choix difficile, parce qu’il exigeait de faire confiance! Parce qu’il signifiait aussi de donner aux milieux le droit à l’erreur! Mais un choix qui aura, fondamentalement, changé le Québec. Parce que ce choix aura été celui de se faire complice de la base de la société — ses communautés et les gens qui y habitent — et de les accompagner dans un changement aussi profond que salvateur pour en faire des intrapreneurs, pour leur redonner le goût de l’innovation et le désir de construire eux-mêmes leur milieu de vie.

Monsieur Couillard, voilà l’invitation que vous font les milieux ruraux aujourd’hui. Une invitation à passer à l’histoire en misant d’abord sur les communautés, pour développer l’économie, l’emploi et les services, puis à inverser les schèmes de pensée pour remettre l’État au service des citoyens plutôt que le contraire. À même votre volonté d’assainir les façons de faire tout comme les finances publiques, les ruraux en appellent au courage que commande notre époque. Que leur répondrez-vous?


par Claire Bolduc
presidente@solidarite-rurale.qc.ca