Ste-Anne-de-Beaupré. Notes pour l'allocution de Claire Bolduc dans le cadre de la Rencontre sur l'occupation des territoires

4 Juin 2009

Mesdames, Messieurs,

Bon matin.

Il me fait grand plaisir de vous accueillir à cette première rencontre des organisations nationales sur l'occupation des territoires. Je dois vous dire que nous sommes impressionnés par la qualité de la participation et je vous remercie d'avoir accepté notre invitation.

Cette rencontre, ce moment privilégié d'échange, de dialogue, il y a longtemps que nous en rêvions à Solidarité rurale du Québec. Depuis 18 ans que nous observons le monde rural, que nous le voyons évoluer, nous constatons que les modèles de développement sont de plus en plus désuets, pour faire face à un nouveau monde qui se dessine progressivement, avec un choc énergétique à notre porte, des bouleversements climatiques comme le monde moderne n'en n'a jamais connu et, nous y entrons avec la crise, un nouvel équilibre économique. Si le monde rural est, peut-être, le premier à ressentir les effets de ce nouveau monde qui s'installe, ces enjeux dépassent largement nos frontières, et sont du ressort de tous.

Si nos prédécesseurs ont, en temps de crise économique, utilisé les territoires pour y défricher de nouvelles terres, comme ils l'ont fait sur la Côte-Nord où je suis née, et au Témiscamingue où j'ai élevé mes enfants par exemple, nous avons pour notre part, je crois, à voir comment investir aujourd'hui ces territoires, dans une perspective de développement humain et durable, qui mise sur la coopération, la solidarité et la recherche de l'intérêt commun qui va au-delà de nos intérêts corporatifs respectifs. Ces territoires, ils recèlent des potentiels humains d'abord et avant tout, des potentiels de créativité importants, qui ont largement influencé le Québec moderne, mais également des richesses que nous n'avons su, principalement, qu'exploiter en terme de cueillette. Cela ne tient plus aujourd'hui. Nous devons réinventer notre rapport au territoire, dépasser les clichés et les réflexes de compétition pour bâtir de nouvelles solidarités.

Cela peut paraître idéaliste. Et en fait, cela EST idéaliste. Mais je crois qu'il faut réhabiliter l'idéal et l'humanisme dans notre société. Cela nous manque cruellement. C'est d'un rêve que Bombardier, le Cirque du Soleil, Desjardins sont nés. C'est grâce à des idéalistes que nous avons connu la Révolution tranquille. Il n'y a pas de honte à poursuivre un idéal. De vous à moi, c'est dans l'immobilisme et le cynisme que se terre le danger. Sans être naïfs, je suis convaincue que ce n'est qu'en renouant avec cet idéalisme qui passe pour être désuet que nous pourrons envisager l'avenir la tête haute. C'est notre responsabilité.

C'est l'invitation que je vous lance aujourd'hui, au nom des membres de la Coalition qu'est Solidarité rurale. Plusieurs membres de la Coalition sont ici aujourd'hui, je les salue. Mais c'est un exercice de SOCIÉTÉ, qui interpelle bien plus que les membres de notre coalition.

C'est tout un défi. Mais soyez rassurés. Nous savons que le sort de notre société ne peut pas se régler en une journée. Ce que nous souhaitons, aujourd'hui, c'est mettre la table. Le seul engagement que nous espérons de votre part, c'est un engagement à poursuivre ce travail de réflexion colossal avec nous, de mettre vos organisations en marche, pour que nous soyons en mesure de nous revoir en avril prochain avec une vision claire du développement à privilégier dans nos territoires, et des projets qui vont en ce sens.

Je vous annonce par ailleurs que le gouvernement, par le biais du ministère des Affaires municipales, des Régions et de l'occupation des territoires, s'intéresse grandement à la démarche que nous avons initiée. Plusieurs observateurs du ministère, que je salue, entendront vos interventions aujourd'hui. Au terme de la démarche, qui comporte aussi une tournée du Québec, nous déposerons un avis à la ministre, et aux citoyens sur l'occupation des territoires.

À Solidarité rurale, je vous le disais plus tôt, nous observons les territoires depuis longtemps. Nous avons compris, à force d'observer, que les grands changements sociaux ne viennent que très rarement d'en haut ou d'une seule organisation. C'est plutôt lorsque tous les leaders décident de travailler ensemble pour aller dans une même direction que la magie s'opère. Voilà pourquoi nous vous avons tendu la main aujourd'hui. L'importante réflexion que nous amorçons aujourd'hui ne nous appartient pas, bien que nous en soyons l'initiateur. Elle peut être porteuse d'espoir, mais seulement si elle est portée par tous.

Dans l'important virage que notre monde occidental entreprend, j'en ai l'intime conviction, ou nous nous battrons chacun pour soi et déclinerons ensemble, ou nous travaillerons ensemble et gagnerons ensemble.

Je vous remercie et NOUS souhaite de bonnes discussions.