Sherbrooke. Notes pour l'allocution de Jacques Proulx : Perte de sens, quête de sens et bien commun

6 Juin 2006

Notes pour l'allocution de Jacques Proulx, président de Solidarité rurale du Québec, lors de la Journée conférence « Perte de sens, quête de sens et bien commun » organisée par la Table jeunesse locale.
 

Salutations d'usage

Vous m'avez demandé une conférence, disons que je vous propose plutôt une causerie qui sera suivie d'une période d'échanges. Une causerie, parce que c'est plus modeste et que le sujet d'aujourd'hui s'y prête bien.

Sincèrement, je vous remercie de m'avoir invité. Je suis content d'être ici car j'aime rencontrer ceux et celles qui travaillent pour le bien de nos communautés. Cette causerie suscitera, je l'espère, des échanges car le débat est un des éléments déterminants du succès d'une démarche d'avenir. On ne peut pas changer et vouloir influencer les choses sans en discuter avec nos voisins et nos concitoyens. À preuve, lorsque certains tentent de le faire sans discuter, sans débattre, cela donne lieu à des abus de pouvoir comme, pour l'heure, au Moyen-Orient ou à Washington, avec nos voisins du Sud.

Donc susciter le débat, l'échange, ce n'est pas pour faire joli ou pour avoir l'air plus démocrate. C'est la seule façon de mobiliser la population. Pas consulter et après faire à sa tête, -comme dans certains dossiers actuels au Québec- non, discuter, débattre pour que la réalité et les solutions se dessinent, éclosent doucement. Car soyons clairs, pour avancer, je ne vous parle pas d'un chemin en ligne droite et sans embûches, je pense plutôt que notre quête de sens à la vie et de bien commun ressemble à une route sinueuse où il faut circuler tranquillement, les sens en alerte, les pas mesurés, tout en appréciant autant la route que l'on parcourt que la destination où l'on veut se rentre.

Vous parlez de perte de sens, de quête de sens et de bien commun. Étrangement, toutes des questions qui nous sont familières chez Solidarité rurale du Québec, et ici, je vous parlerai de ce que je connais le mieux le monde rural et vous verrez comme le parallèle entre ce monde et l'univers des jeunes se ressemble étrangement.

C'est qu'il faut savoir que SRQ, nous sommes nés en 1991 à un moment où régnait la morosité dans nos campagnes. A une certaine époque, nous gouvernements avaient même commencé à rayer des villages complets de la carte du Québecc. L'exode des personnes comme des services avait l'allure d'une débâcle printanière. Nous étions en quête de sens. Dans quel sorte d'avenir étions nous engagés? Que faire? Comment s'en sortir?

C'est à ce moment que . quelques-uns d'entres-nous avons décidé d'agir. Nous avons tenu les États généraux du monde rural auxquels ont participé 1200 délégués de 92 organismes et je me souviens encore qu'à la fin de cet exercice, le professeur Bernard Vachon a répondu à un journaliste qui se demandait ce que l'événement avait apporté lui a répondu : «nous venons de laisser place à l'espoir» et c'était vrai.

Et puis comme nous voyons loin et avions une vision d'avenir, SRQ et ses principaux collaborateurs ont écrit la Déclaration du monde rural, et je prends ici le temps de vous la lire parce qu'encore une fois vous serez à même de constater combien nos préoccupations peuvent être semblables et se rejoindre. Alors voici :
Conscients de leurs responsabilités face aux Québécoises et Québécois;
convaincus que le monde rural est actuellement confronté à une grave crise structurelle dans tous les secteurs de l'activité humaine et naturelle;
décidés à prendre en main le développement général et particulier du milieu rural;
prêts à vivre en solidarité d'action dans chacune des régions et entre elles;
assurés de parler au nom de l'intérêt particulier et général des citoyennes et des citoyens du milieu rural;
s'engagent solennellement:
à tout mettre en oeuvre dans leur domaine d'intervention respectif pour favoriser la concrétisation du modèle de développement rural tel que défini par l'exercice des États généraux;
à respecter les éléments spécifiques qui ont été dégagés et qui sont à la base de l'édification de la nouvelle ruralité. Ces éléments sont les suivants:

- la valorisation de la personne;
- la prise en charge, par le milieu, de son avenir;
- le respect et la promotion des valeurs régionales et locales;
- la concertation des partenaires locaux et régionaux;
- la diversification de la base économique régionale;
- la protection et la régénération des ressources;
- le rééquilibrage des pouvoirs politiques du haut vers le bas;
- la promotion de mesures alternatives pour un développement durable.

Par cet engagement, nous nous rangeons résolument aux côtés de ceux et celles qui travaillent à inventer et à bâtir une nouvelle société rurale et non pas aux côtés de ceux et celles qui considèrent la désertification de l'espace rural comme une fatalité.

Les membres fondateurs de Solidarité rurale du Québec, presque tous encore autour de la table du conseil d'administration, ont créé un mouvement citoyen malgré qu'ils soient tous des corporations. Cet apparent paradoxe de la coalition fonde sa crédibilité, que reconnaissent désormais les différents paliers de gouvernement, en lui confiant rôle et mandats. C'est ce type d'organisation et de prise en charge qui donne un sens à la vie et, par ricochet, qui se préoccupe de bien commun.

Depuis, Solidarité rurale n'a jamais cessé d'être en quête de sens et de bien commun en spécialisant ses actions autour de trois axes: la recherche et la connaissance, l'animation et l'information et le lobbying et la représentation. Et pour arriver à bien tenir notre rôle dans chacun de ces pôles, nous avons posé des questions et exploré des solutions issus de grands thèmes: la mondialisation et l'économie, le territoire et son dynamisme, le rôle de nos gouvernements, la cohabitation et à travers tout ça. le doute qui nous tenaille toujours et nous fais se re-questionner encore et toujours. Toutes des questions qui se posent pour l'avenir et la survie du monde rural mais qui se posent aussi à chacun de vous pour votre survie propre.

A chacun de vous je dirai, oser inventer vos solutions, oser rêver et passez à l'action. Dans les prochaines minutes, je vais vous parler de mon monde, celui que je vois et que je rêve. C'est là que je puise mon inspiration et mon expérience. Je suis un indéracinable rural. J'aime la ville pour y passer un moment, mais je ne pourrais pas y vivre. Or, même mon choix de vivre en milieu rural est l'expression d'une liberté, de ma liberté. Et aujourd'hui, par un ensemble de gestes, l'exercice de cette liberté m'est de plus en plus contesté notamment par l'État qui, tout en prétendant décentraliser, coupe allègrement dans les services publics offerts dans les petites communautés. Ainsi, le défi majeur, central, qui confronte ces communautés est celui d'exister, de défendre leur liberté d'être par la vigilance. Vous avez le même défi.

Comme au 21e siècle, dans un pays occidental, la mode est aux regroupements aux grandes villes, vivre au village ou à l'échelle d'un quartier, c'est vivre à contre-courant, à la marge. Plus que d'autres, les ruraux et les citadins qui s'intéressent à leur quartier sont condamnés à la solidarité digne, digne de leur bonheur. Mon intention est de simultanément vous expliquer pourquoi j'ai besoin d'un village pour être heureux et comment cela ne m'a jamais empêché d'être un citoyen du monde préoccupé autant par la Palestine que par la Gaspésie. Je connais le Québec comme le fond de ma poche et j'ai voyagé sur tous les continents. Comme le dit Séguéla : « je suis de mon village et de ma planète ».

Au 21e siècle, dans les pays riches, industrialisés et hautement urbanisés, tout est remis en question, au même titre que le rôle des individus, le monde rural n'a plus son rôle traditionnel de pourvoyeur de villes. Ce seul état de fait constitue un enjeu de société extrêmement complexe car, par certain de ses aspects, il questionne la vie économique alors que sous d'autres, il questionne la vie sociale ou culturelle, y compris celle des individus. C'est un enjeu fascinant, car il ne peut se résoudre que dans la mesure où collectivement et individuellement, nous accepterons de réinventer le sens du monde rural et de sa relation à l'autre : le monde urbain.

C'est un enjeu moderne, car pour la première fois dans l'histoire de l'humanité et pour un nombre limité de sociétés, les campagnes ne servent plus à nourrir les villes. À preuve, on pourrait facilement imaginer que le Canada ne produise plus aucun aliment et les différents marchés d'alimentation regorgeraient des mêmes produits. Les étals de fruits et légumes en hiver en témoignent éloquemment. À noter qu'il en va de même pour les minéraux ou le pétrole. L'extraction ou non du cuivre à Murdochville au bout de la péninsule gaspésienne ne change rien à la capacité des usines installées au Québec ou ailleurs au Canada de s'approvisionner de cette ressource naturelle.

Cet état de fait étant convenu, ce qui a changé avec la globalisation de l'économie et la mondialisation des échanges de tout type est la définition même du monde rural, désormais centrée sur sa nature plutôt que sur son rôle. Donc, au moment où nos communautés se mobilisent autour de leur caractère, de leur mode de vie distinctif, plus que jamais les énergies des leaders doivent être investies dans la conception et le développement d'un modèle social, politique, économique et culturel rural. Car, rien n'assurera plus la pérennité de notre mode de vie et de nos villages que la prospérité de chacun de ses membres. Nous sommes condamnés à imaginer, à inventer ce que nous voulons être, à innover dans nos façons de faire et à en saisir les autorités politiques. Parce que le monde rural est un enjeu politique de taille puisqu'il concerne notamment l'occupation du territoire, la protection et la mise en valeur des ressources naturelles, si importante pour l'économie canadienne, il est raisonnable que les gouvernements locaux, régionaux ou nationaux se donnent des politiques dont les ruraux useront comme d'un tremplin pour construire un monde rural moderne, contemporain, adapté aux besoins des hommes et des femmes qui préfèrent vivre dans des communautés de petites tailles.

Enfin, je dis que l'avenir du monde est tributaire de notre capacité collective et individuelle à redéfinir son sens tout autant que son économie. Sans la prospérité, les milieux ruraux ou autres sont condamnés. Par contre, modifier notre regard, ce n'est pas seulement économique, c'est au contraire hautement culturel. Les artistes sont plus capables d'invention et de création que les technocrates.

Après 15 ans d'étude et de recherche, à Solidarité rurale du Québec et une vie d'engagement dans ma communauté, je suis plus que jamais convaincu que le développement local et la vitalité des communautés reposent sur les hommes et les femmes qui les habitent. Les règlements, les lois, les volontés politiques, les subventions viendront lorsque nous serons collectivement convaincus que la culture, cette réalité hautement intemporelle, communautaire et sociale, est la clé de voûte du développement.

À cet effet, la démarche de revitalisation de la municipalité par les aspects social et communautaire, patronnée par les leaders et qui associe aujourd'hui tous les citoyens, va tout à fait dans le bon sens. Car, un des éléments clé de toute action réussie, c'est l'engagement, vous avez accepté de prendre du temps sur vos vies de famille pour ensemble agir pour faire changer les choses. Croyez-en ma vieille expérience, vous êtes en train de mettre la table pour une démarche de développement durable.
 
Au moment de la période de questions, je pourrai vous parler d'abondance de mon village, Saint-Camille si vous le souhaitez. On a toujours une école primaire, une caisse populaire, un bureau de poste, auxquels on a ajouté au fil des années un centre pour nos personnes âgées, un café communautaire et bientôt nous serons une communauté qui voit à l'alimentation de ses membres avec une coopérative. Aucune maison n'est à vendre, aucune grosse industrie.

Comment cela est-il possible ? Par la volonté des citoyens, leur solidarité, le temps qu'ils investissent dans leur milieu de vie. Je dirai que ces ingrédients qui ont permis à mon village de se développer sont tout aussi valables lorsqu'il est question d'éliminer la pauvreté. Un des meilleurs moyens d'y arriver passe par l'engagement citoyen et communautaire. Le travail de sensibilisation et d'action que vous faites ici sur la pauvreté en est un bel exemple.

À Solidarité rurale du Québec, nous portons nos réflexions et nos actions sur le développement local comme moyen d'assurer la vie des communautés et sur la prise en charge par les citoyens du devenir de leurs communautés. Qu'est-ce qui fait qu'une municipalité survivra ou non à la fermeture de sa principale entreprise ? Pour nous, et c'est là notre paradigme, le monde rural est condamné à l'innovation politique, comme économique, il doit devenir autre pour se développer à sa pleine mesure. Il faut « redonner un sens, une vie et un contenu réels aux collectivités naturelles que sont (.) les villages, les villes et les régions», voilà la pierre angulaire de notre vision des choses.

La principale difficulté est, me semble-t-il, la panne d'idées. Or, il existe une seule façon d'endiguer la chose : renouveler notre regard, voir les choses autrement, les imaginer différentes, voilà le passage obligé pour toute personne intéressée par le développement de son village, de sa communauté. Pour les politiciens ou les cambistes, renouveler le regard, voir le monde autrement c'est notamment briser le paradigme de la spécialisation aussi cher à l'État qu'au grand capital. Car, je vous le rappelle, la spécialisation de l'économie, comme des lieux de vie dédiés à une seule production, comme le Saguenay réservé à l'aluminium, la côte gaspésienne aux pêches même s'il n'y a plus de poissons, et l'Abitibi aux mines, est une idée intrinsèque à la macro-économie, elle-même une science issue du 19e siècle, grand siècle de l'industrialisation.
 
Vous m'avez demandé de vous parler de quête de sens, je vous parlerai encore du renouvellement du regard. Mais avant de vous proposer de changer votre regard, j'aimerais partager certains constats avec vous. Le premier, c'est que l'État-Providence agonise. On sort de trente ans de maternage gouvernemental, étatique et technocratique qui avait donné à chacun d'entre nous l'impression qu'il était légitime de confier des pans complets de nos existences à l'État pour qu'il les gère à notre place. Deux ou trois exemples pour vous convaincre. Un premier, la réglementation du contenu télévisuel que l'on demande à l'État d'adopter afin de ne pas mettre nos enfants en présence de manifestations de violence excessive. Comme si le bulletin de nouvelles n'était pas à 18 h. Peut-on faire plus violent que des tueries au Moyen-Orient ! Et n'est-ce pas aux parents que revient la responsabilité de fermer la télé lorsque son contenu ne correspond pas à leurs valeurs familiales ? Il m'appartient, et non pas au gouvernement, d'élever mes enfants; dans mon cas, plutôt mes petits-enfants. Cependant, leur instruction est de la responsabilité gouvernementale, car nous avons décidé que l'instruction, en démocratie, était la voie royale de l'émancipation.

Un autre exemple, l'enregistrement des armes à feu. Pensez-vous vraiment que l'enregistrement des armes à feu empêchera un fou de se procurer une arme pour tuer des femmes ou des enfants?

Ces exemples ont en commun de mettre en lumière que pendant que l'État, et au Canada on est chanceux on en a deux, nous materne et s'immisce dans nos vies privées, il néglige de gérer correctement le bien commun. La fessée, le mariage des gais, la cigarette, etc. Et pendant qu'on interdit aux gens de fumer dans les endroits publics et qu'on met sur pied une police verte, on ouvre des avenues royales pour les technocrates et les élus de paraître fort occupés, mais sans jamais devoir mettre leurs énergies à endiguer les véritables problèmes collectifs que sont la pauvreté, la pollution, l'ignorance, la criminalité, le chômage, l'iniquité fiscale, etc.

Cette montée de lait sur nos gouvernements et leurs appareils bureaucratiques n'est pas innocente. En fait, je voulais vous convaincre que la démocratie s'appuie sur un préalable : celui de l'engagement du citoyen dans la gestion de sa société. Le maternage, fusse-t-il l'ouvre de l'aristocratie ou des parlements, handicape notre liberté. Donc en démocratie, nous sommes responsables du bien commun, responsables de nous occuper de nos affaires et dans le contexte actuel, attendre de l'État qu'il prenne en charge le développement de nos communautés relève du délire nostalgique.

Il faut bien se rendre à l'évidence, l'état a perdu de vue la personne. Car toute l'organisation politique québécoise et canadienne est orchestrée autour d'une seule idée : celle de la concentration des administrations, des personnes, des services et des entreprises.

Cette logique s'est appliquée aux villes (80% de la population vit dans 11 villes créées de toutes pièces par la ministre Louise Harel pour régler les problèmes fiscaux de Montréal et de Québec, qui ne sont pas plus réglés d'ailleurs !).

Cette logique de la concentration s'est aussi appliquée aux services, ceux des grandes institutions, méga-hôpitaux, grande bibliothèque, super université, et même une fédération de caisses populaires! Elle continue aussi de s'appliquer au secteur privé, avec les méga fusions d'entreprises toujours plus grosses et la concentration des médias d'information : journaux, radios, télé, sans compter la téléphonie cellulaire et l 'Internet.

Face à cela, les défis peuvent sembler insurmontables sauf si l'on comprend qui nous sommes et que ça nous prend un village ou un quartier, c'est à dire un environnement qui nous convient pour être heureux. Ces défis deviendront d'autant plus emballants que nous choisirons de nous y attaquer sous l'angle du développement local, que nous voudrons durable. Que nous serons ainsi la mouche du coche, des délinquants, des marginaux, des défenseurs du bonheur national brut, celui qui se comprend comme la multiplication de tous les bonheurs bruts et non une concentration de bonheur comme on concentre les villes, les services, les entreprises.

 À la fin de l'année 2002, je suis tombé sur le texte d'un psychiatre français dans lequel il parlait des individus et de leur épanouissement. Il écrivait : « mais, pour ne plus se sentir mauvais, pour devenir celui par qui le bonheur arrive, il faut participer à la culture, s'y engager, devenir acteur, pas seulement assisté. » J'ai fait le lien avec notre condition commune de rural. Pour être agent de bonheur, il nous faudra être participant à la culture, québécoise, canadienne et occidentale.

Vous voulez parler du bien commun, je vous parlerai du cercle vertueux de la solidarité, non pas pour faire la leçon, ce n'est pas mon habitude, ni mon intention, mais pour vous ouvrir des perspectives nouvelles visant à résoudre les situations difficiles.
SRQ a été créé pour faire échec à la morosité et au découragement du monde rural. En décidant de nous prendre en main, nous avons posé un premier jalon, auquel sont venus se joindre des centaines de gens et comme une vérité implacable nous avons pris conscience de l'indéniable puissance de notre solidarité. Une solidarité qui nous apparaît encore aujourd'hui comme essentielle et porteuse d'espoir.

Et cette solidarité est universelle, voyez comment au lendemain d'un cataclysme l'entraide vient tout naturellement. Si pour certains, il s'agit là de fatalité ou de misérabilisme, il s'agit là d'une façon de voir avec laquelle je ne me sens pas très à l'aise. Des prix de l'essence aux augmentations successives des coûts de l'électricité, en passant par les retombées des ouragans, notre environnement semble envahi par les pires calamités. Sauf qu'il ne faut jamais oublier que de la Nouvelle-Orléans à Islamabad, partout les femmes et les hommes se mobilisent dans des corvées à la hauteur des cataclysmes dont ils ont été victimes, on l'a vu lors des tsunamis, on a pu le voir la semaine dernière alors qu'encore une fois la terre a tremblé dans cette même région.

Ici, ce n'est pas à proprement parler un tremblement de terre qui a donné naissance à SRQ en 1991, c'était la menace de voir notre monde disparaître, il fallait faire échec à la morosité et au découragement du monde rural, et dès le départ, nos actions ont fait la preuve de l'indéniable puissance de la solidarité.

Depuis, j'ai parcouru le pays, et en certaines occasions, le monde. J'ai été partout où j'ai été invité, j'ai assisté à de petites et de grandes réunions, j'ai remis des prix, j'ai parlé d'écoles, de bureaux de poste, de forêt, d'agriculture, de régionalisation, de service sociaux, de mondialisation, d'environnement. Et partout où presque, ces questionnements et ces discours tournaient autour de la quête de sens, sens de la vie, de l'avenir, mais aussi du sens de la vie des autres et du bien commun.

L'équipe de SRQ est souvent passé à l'action l'une de ces actions a donné la Politique nationale de la ruralité (PNR) québécoise obtenue de hautes luttes par les ruraux est appuyée sur une certaine idée de la solidarité et de la citoyenneté. Avec elle, il est permis de faire autrement, d'ajuster les programmes à la réalité des gens. Elle est assez originale pour inspirer le monde occidental, car elle met de l'avant une certaine idée de la gouvernance appuyée sur une modulation -ou un ajustement- de l'action gouvernementale qui prenne en compte le territoire et une pléiade de facteurs socio-économiques comme le niveau d'instruction ou l'âge moyen des résidents d'un coin de pays. De plus, elle amène les gens à se regrouper, en forçant leur collaboration, les élus et les acteurs communautaires également appelés société civile se retrouvent à travailler aux côtés des gens de la communauté.

Pour arriver à concocté cette première PNR, nous avions fait le tour du Québec et rencontré des centaines de gens. Voilà que cette année encore, cinq ans après la mise sur pied de la première politique qui a donné des résultats sans précédant, le gouvernement nous demande de donner suite à la politique, Nous sommes dons repartis sur la route et avons consulté de nouveau. Ce que nous avons vu et entendu nous envoie le message que nous sommes sur la bonne voie et que la politique du mur-à-mur ce n'est pas pour les gens des petites communautés.

Et ce que je sais c'est qu'il n'y a pas qu'une seule façon de voir et de penser, il n'y a pas une seule unique réponse, il y a de nombreuses façons de voir et de faire, l'important c'est qu'elles répondre à ce que nous sommes vraiment, à nos besoins et à nos réalités, tout en se respectant, mais en ne perdant jamais de vue la personne et le bien commun. Mais attention, il faut toujours se rappeler que l'action collective ne gère pas vos choix personnels.

Avant de vous laisser la parole, j'aimerais vous dire que nous tentons tous les jours à Solidarité rurale du Québec d'être un point de contact, un relais, un lieu de ressourcement pour les leaders des communautés rurales et que nous tentons d'appuyer, par nombre d'outils, ceux et celles qui choisissent de vivre au village.

Notre coalition est hybride avec un membership composé d'une vingtaine d'organismes nationaux tels l'Assemblée des Évêques, les grandes organisations syndicales dont l'Union des producteurs agricoles, la Fédération des caisses Desjardins, l'Association des CLSC et des CHSLD du Québec, la Fédération québécoise des municipalités, bref, un sommet économique permanent auquel se greffent plusieurs organismes régionaux et des membres individuels.

Depuis 1997, Solidarité rurale du Québec est également l'instance-conseil du gouvernement du Québec en matière de ruralité. Nous sommes donc simultanément un groupe-conseil, un lobby, un centre de formation, un centre de documentation, un lieu de recherche, une petite maison d'édition, un organisateur d'événements, tout cela avec une vaillante équipe. Notre site Internet mérite d'être visité notamment pour y lire notre bulletin d'information, le Québec rural. Si vous souhaitez poser un geste citoyen en faveur de la ruralité, nous avons aussi une campagne de recrutement de nouveaux membres sous le thème : J'ai l'âme à la ruralité.

Je vous remercie de votre attention et j'attends vos questions et vos remarques.