Shawinigan. Notes pour l'allocution de Claire Bolduc à la Conférence Nationale

20 Avril 2010

Discours d'ouverture

Salutations d'usage.

C'est pour moi un immense plaisir d'ouvrir cette 17e Conférence nationale, et une grande satisfaction de vous voir tous, aussi nombreux et intéressés, répondre à l'invitation de Solidarité rurale du Québec.

Cette Conférence nationale constitue d'abord un moment de pause et nous invite à prendre un peu de recul, collectivement, pour réfléchir sur le devenir de nos communautés. C'est un espace de débats et de réflexions et nous espérons que ces moments inspireront vos actions et aiguiseront votre désir d'engagement.

Mais cette 17e Conférence nationale revêt un caractère particulier, en ce sens qu'elle constitue un moment important dans une démarche de mobilisation sur l'avenir des territoires.

Pourquoi parler aujourd'hui de l'avenir des territoires? Parce que la période que l'on vit est cruciale, historique! Plus que jamais nous devons réinventer notre développement.

Les modèles qui nous ont bien servi jusqu'à il y a quelques années s'avèrent maintenant désuets et incapables d'assurer la prospérité des communautés; ce qu'ils avaient souvent fait jusqu'à maintenant. Le temps où le territoire était un stock inépuisable de ressources, où il n'était que cela, est bel et bien révolu.

Aujourd'hui, nous sommes la génération qui risque de léguer un patrimoine moindre à nos enfants que celui que nous avons reçu. Pour la mère que je suis, pour les parents que vous êtes, pour nos enfants et pour les leurs, il faut agir, il faut réagir! Le constat que nous devons faire, l'action que nous devons mettre en ouvre et partager, c'est de sortir d'un modèle qui nous conduit de crise en crise. Aujourd'hui, c'est d'une révolution dont on a besoin, une révolution pour nos communautés, pour nos enfants; une révolution parce que nous devons redéfinir les fondements mêmes de notre peuplement sur nos territoires et notre capacité de les habiter, d'en faire des milieux de vie.

Occuper nos territoires, ça ne veut pas dire qu'on va aller plus loin pour faire la même chose qu'on a déjà faite, il s'agit de faire autrement là où l'on est, là où l'on habite, là où l'on vit.

Et nous sommes appelés, j'ose dire condamnés, à renouveler, à réinventer notre développement, à le dessiner selon nos aspirations! Ne pas le faire serait de l'aveuglement.

Et réinventer le développement, c'est plus qu'une question comptable, d'alignement de colonnes de chiffres sur ce que ça coûte et ce que ça rapporte, c'est une question de vision.

Une vision! Pour voir comment se prémunir contre des éléments qu'on ne contrôle pas. Il suffit d'imaginer une hausse rapide du prix du pétrole pour réaliser combien nos secteurs et notre organisation territoriale sont vulnérables. Personne n'a le droit de dire qu'on ne l'a pas vu venir, comme ce fut le cas pour la crise récente.

La démographie est un autre de ces facteurs sur lequel on ne peut fermer les yeux. On pourra discourir sur le vieillissement et la pénurie de main-d'ouvre, il faudra agir avec une vision nationale et une solidarité à toute épreuve. Parce que laisser faire les seules forces d'attraction et de migration sans agir ne fera que creuser encore les disparités et éloigner les territoires et appauvrir les communautés de forces vives.

Villes, villages et communautés de toute origine, on est tous condamnés à réussir, et l'on ne le réussira que dans la solidarité!

La crise forestière qui menace la survie de Parent ou de Matagami a fait souffrir aussi la métropole. On est tous interdépendants et c'est dans un élan de solidarité qu'on arrivera à se réinventer.

Rappelons-nous que dans les moments de grande morosité, notre société a su relever les défis et s'en sortir en mettant l'esprit de solidarité au-dessus de tous les intérêts. C'est de cette solidarité dont nous avons tous besoin, peu importe qu'on habite le village ou la ville.

Le village ainsi que la ville, la capitale ou la métropole peuvent s'unir et bâtir dans le respect de leur différence. La campagne ne cherche pas à ressembler à l'urbain, elle veut s'épanouir dans la différence. C'est pourquoi son épanouissement ne peut se faire dans le « mur à mur » ni dans l'« administration à distance »; il doit se faire dans la proximité.

Proximité des décisions, des retombées, des services et des institutions. Il doit se faire aussi dans la modulation, dans la prise en compte de ce qui constitue chacun des territoires, dans leurs différences.

Vous êtes venus des quatre coins du Québec, vous êtes citoyens, intervenants, élus, vous êtes des acteurs de vos milieux. Mais au-delà des chapeaux et des responsabilités qu'on incarne les uns et les autres, on est tous là parce qu'on a à cour l'avenir des territoires. Et cet avenir ne peut être qu'une autre idée, un autre regard à porter sur nos territoires. Nous voulons que ces territoires soient des milieux de vie, pour y vivre et en vivre!

L'histoire nous apprend que les changements les plus significatifs sont rarement ceux qui viennent dans un élan de générosité de l'État. C'est plutôt le désir de changement à la base et la mobilisation qui arrivent à pousser les décideurs à ne pas céder aux hésitations et faire le pari du courage. Le gouvernement doit accompagner cette volonté de faire de nos territoires des milieux de vie et de bonheur!

Alors, il faut dire haut et fort que le temps d'exploiter, d'épuiser le territoire et ensuite de foutre le camp; ce temps est révolu!

On est là pour vivre nos territoires, pour faire un Québec fort et fier de ses communautés. Et si les gouvernements ne l'ont pas compris, il faut le dire et le redire à la base et à tous les jours, et répéter que nos communautés, nos territoires sont l'assise pour assoir et concrétiser le vrai développement durable.

Il faut également rappeler que le citoyen est la ressource la plus rare et la plus précieuse qu'il soit pour nos milieux.

S'il faut sortir des silos, créer la richesse pour les besoins de la société, faire notre part pour la planète, et repenser la mobilité, ça commence dans nos communautés.

Un projet de société durable ne pourra jamais se traduire dans le quotidien sans mobiliser nos 1000 et quelques communautés. C'est là un formidable véhicule pour un autre type de société, un développement qui respecte les hommes et les femmes qui habitent les territoires.

Plus que jamais, tant vaut le village, tant vaut le pays!