Québec. Notes pour une allocution de Jacques Proulx, lors de l’Université du 3e âge

10 Octobre 2006

Bonjour à vous tous.

Je suis Jacques Proulx, président de Solidarité rurale du Québec, un homme de campagne, de ruralité et de solidarité.

Je suis bien content de me retrouver parmi vous pour échanger sur un sujet qui me tient particulièrement à cour : la ruralité. J'ai été invité pour donner une conférence, mais je préfère parler de causerie, parce que ce que j'aime avant tout, c'est de tenir des propos qui mettent la table pour des échanges. Alors si vous me le permettez, je vais prendre le temps qui m'est alloué, non pas pour vous faire un grand discours, mais pour échanger avec vous.

Comme la ruralité est un vaste sujet dont je pourrais vous entretenir pendant des heures, aujourd'hui je me contenterai d'explorer avec vous des facettes du monde rural, comme l'occupation du territoire, la complémentarité urbain/rural, mais j'aborderai également des questions telles que :
A l'heure de la mondialisation et de la centralisation est-ce que la ruralité a toujours sa place?
Comment peut-on se construire un monde à notre échelle et à notre image qui réponde véritablement à nos besoins et à nos aspirations?
L'expérience de Solidarité rurale du Québec.

Alors, mesdames et messieurs, montez à bord du bus de la ruralité, pour le grand tour du Québec.  Pas le Québec des grandes villes, mais celui des petites campagnes, avec ses besoins propres, ses réalités à la mesure des gens qui l'habitent et surtout de ses espoirs.

Ceux qui me connaissent le savent, quant aux autres, vous le découvrirez, je suis un irréductible rural. Comme Astérix et son village, je suis attaché à mes racines qui sont fondamentalement  rurales. Et comme ce vaillant guerrier qui défend son territoire, je défends le mien avec toute ma fougue et ma passion, contre vent et marée.

Une passion qui m'a toujours occupée mais qui a pris sa véritablement mesure en 1991 avec la tenue des États généraux du monde rural. Remontons un peu en arrière pour se rappeler combien la morosité avait atteint les gens des campagnes et que l'exode des personnes comme des services, avaient l'allure d'une débâcle printanière. Cette année là, à un moment où nos gouvernements avaient même commencé à rayer des villages complets de la carte du Québec, des gens se sont levés et se sont regroupés pour défendre ce droit de vivre autrement.

Tout en créant un mouvement de solidarité, nous avons mis sur pied, un organisme, Solidarité rurale et nous avons proclamé la Déclaration du monde rural, qui visait à défendre la ruralité. Et en tête de liste de cette déclaration, venait la valorisation de la personne. Parce qu'on l'a trop souvent oublié, mais c'est la personne avant tout qu'il faut respecter et ne jamais perdre de vue.

Depuis, SRQ a travaillé pour sauver et revaloriser ce que nous avons appelé la ruralité. Aujourd'hui 16 ans, plus tard l'équipe de SRQ rentre d'une grande tournée du Québec où le gens des campagnes nous ont rappelé leur fierté d'être des habitants des milieux ruraux. Partout dans les petites villes et communautés québécoise les gens sont fiers de leur mode de vie, même s'ils sentent du dénigrement de la part de certaines gens qui voudraient bien les voir rentrer dans le rang et se joindre au plus grand nombre qui habitent la ville. 

Je ne sais pas pour vous, mais moi, si j'aime la ville pour y passer un moment, je ne pourrais pas y vivre et mon choix de vivre en milieu rural est l'expression d'une liberté, de ma liberté et de celle de ces milliers d'autres habitants du monde rural comme moi. Et je veux être respecté dans mon choix. C'est clair! J'ai besoin d'un village et de son environnement bien particulier pour être heureux et croyez-moi, cela ne m'a pas empêché d'être un citoyen du monde, préoccupé autant par la Palestine que par la Gaspésie, mais enraciné dans mon coin de pays.

Aujourd'hui, pour toutes sortes de raisons, pour bien des gens, tout ce qui touche à la campagne est devenu péjoratif. Même les mots et le vocabulaire qui s'y rapportent sont devenus laids. Pour certains, la vie à la campagne est à proscrire, voire, la campagne elle-même devrait disparaître.

Et encore davantage en ces années 2000 où la valorisation de tout ce qui est gros, passe avant tout, notamment avec la concentration des villes, des entreprises, des industries et des structures. Comme si le fait d'être gros était une bonne chose en soi. Mais à penser ainsi, on perd de vue le plus petit et avec lui, la personne elle-même. Il est loin le Small is beautifull et pourtant on gagnerait à le remettre à l'avant scène, surtout en faisant passer la personne d'abord.

A l'ère où le système tend à mettre tout le monde dans le même moule, la vie en campagne semble pour bien des gens la solution pour s'évader et se retrouver, se créer un monde à soi, à notre échelle et à notre image avec notre identité propre.

Une façon de faire souvent oubliée dans cette tendance au Think big ou au Bigger is better qu'on devrait laisser à nos voisins américains. En fait, cette attitude de déni de la différence est malsaine et provoque beaucoup de frustration. Pas surprenant alors de retrouver cette attitude de mépris vis-à-vis des campagnes. Une tendance qui ne date pas d'hier, qui s'est insinuée tout doucement, pour ne pas dire insidieusement au fur et à mesure que l'industrialisation et ce qu'on appelle le progrès avançaient. Peu à peu, on a valorisé cette nouvelle façon de vivre au détriment des plus anciennes, on a lui a laissé toute la place pour relégué la campagne et ses gens loin derrière.

Encore tout récemment à Télé Québec on posait la question doit-on fermer les campagnes? Et vous me comprendrez si quand j'entends de tels propos, j'enrage! Comment peut-on se poser une telle question? Comment le Québec pourrait-il faire abstraction d'une grande partie de son territoire. Qu'adviendrait-il des campagnes si elles n'étaient plus habitées? Mais surtout qu'adviendrait-il du Québec?

Penser ainsi, c'est faire fi de toute la richesse du territoire québécois, c'est mettre de côté tous ces gens et toutes ses ressources. On se vante d'habiter un des plus grands pays au monde et on veut mettre la clé dedans. C'est oublier que le Québec est un tout. De ses plus hauts sommets aux plaines du Saint-Laurent et du fleuve à la mer, le Québec est UN et c'est ce qui fait son charme et sa beauté. C'est ce qui fait que notre pays francophone trouve encore sa place en cette terre d'Amérique.

Je vous l'ai dit, à Solidarité rurale nous rentrons tout juste d'une tournée à travers tout le Québec. Oh, ce n'est pas une première pour moi, mais à chaque fois je reviens toujours aussi étonné de découvrir un si vaste pays, aussi différent et tellement beau. Chacune de ces régions est marquée par ses propres caractéristiques. Nous sommes chanceux! Nous pouvons nous vanter d'habiter un pays unique en son genre, impressionnant autant par la diversité et l'immensité de son territoire que par les gens qui l'habitent. 

C'est que le Québec est vaste. Il s'étend sur 1 667 441 km carrés divisé en 17 régions contrastées, rurales ou urbaines, réparties en trois types de territoires distincts :
- soit les régions qu'on appelle métropolitaines et qui regroupent 500 000 habitants ou plus;
- les régions centrales, qui se composent des territoires situés entre une heure et une heure et demie de route d'une métropole ce qui représente entre 100 et 150 km; 
- et les régions périphériques aussi appelées régions ressources qui s'étendent à perte de vue, de parts et d'autres du pays.

Diversifié, à la fois par ses sols, sa géographie et de son environnement le Québec se fait tour à tour plat, montagneux, parcouru de lacs, de rivières, de fleuve ou encore bordé par l'océan. Il se laisse découvrir à chacun de ses tournants, au fil de ses longs rubans de routes. Au-delà du territoire et de la géographie, la différence entre les régions du Québec est à tous les niveaux : économique, sociale, culturelle et démographique.

C'est la diversité de ses ressources et de ses moyens qui fait que le Québec est riche, ajouter à cela le génie de ses gens et vous un pays extraordinaire et qui plus est, c'est le nôtre.. Alors voyons le monde avec des yeux nouveaux et osons faire autrement. Plutôt que de déserter ou de fermer nos milieux ruraux, faisons preuve d'imagination et retroussons nos manches, les solutions sont devant nous.
 
Bien que la vie rurale ait sa dynamique propre, elle n'échappe pas aux nouvelles réalités, que sont la mondialisation, la course à l'énergie, la reconversion des territoires, les nouvelles technologies, la cohabotation et les changements démographiques.

Le monde rural ne vit plus en autarcie. Si à une certaine époque, l'agriculture était la locomotive, la réalité économique des années 2000 est toute autre. Aujourd'hui, le Québec a une économie diversifiée qui repose sur d'innombrables ressources naturelles, auxquelles s'ajoutent les technologies de l'information et les autres secteurs de pointe.

Ici encore, la croissance économique soutenue qu'a connue le Québec au cours des dernières années n'a pas profité de la même manière partout sur le territoire. Les enjeux régionaux du développement économique diffèrent beaucoup d'un endroit à l'autre. Alors que les régions urbaines ou à proximité des grands centres affichaient dans l'ensemble une bonne performance, il en a été autrement des régions plus éloignées qui ont dû composer avec une croissance économique très faible, en plus de subir les effets négatifs de chocs structurels importants dans le secteur des ressources. Des ressources qui le plus souvent échappent aux régions sans y laisser de retombées économiques.

Toutes ces réalités font en sorte que la capacité des communautés à faire face aux défis des années à venir, dépend en bonne partie de leurs aptitudes à développer une nouvelle façon de faire qui mettra à profit les forces vives de leur milieu.

Le professeur en sciences économiques Bernard Pecqueur, un Français, avance que « le développement local est la seule façon de s'adapter au global (.) Si on oppose à la grande production la spécificité, on aura du développement local ». Il va même jusqu'à dire que « l'un des moyens pour encourager le développement local est (..) d'investir dans la construction des territoires, la protection des paysages, des ressources naturelles. Le territoire devient une valeur. C'est toute la différence entre valoriser un territoire, forcément unique, ou valoriser une main-d'ouvre » qu'on pourra toujours trouver ailleurs et à meilleur prix. Je suis assez vieux pour faire des prédictions : le marché des produits de masse appartient désormais aux pays du Tiers Monde avec la Chine et l'Inde en tête. Même notre industrie du bois se bute à cette nouvelle réalité.

Et ici je vous invite à y regarder de plus près et à penser autrement qu'à courte vue, ce que nos gouvernements font depuis nombres d'années. Il faut maintenant plus que jamais parler de développement durable en se rappelant que l'avenir d'une collectivité est l'affaire de tous.

Le développement local possède aussi un caractère fondamentalement démocratique parce que la participation des citoyens est l'une des conditions du développement de leur communauté. En effet, c'est avec la maîtrise collective des éléments sociaux, économiques, technologiques et environnementaux qu'on trouve des solutions à long terme : ce qu'on appelle le développement durable. Un élément essentiel à la survie du monde rural.

A mon avis une des meilleures définitions de développement durable vient du Rapport Brundtland qui le définit ainsi: Un développement est durable lorsqu'il répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre à leurs propres besoins.

En partant de cette définition, la terre est alors vue comme un emprunt que nous faisons à nos enfants et relever le défi de la communauté rurale durable suppose alors certaines conditions, qui impliquent notamment un processus de changement culturel où sont remis en cause certains modèles de production.

Et c'est avec ces nouveaux modes de production, de développement et de mise en valeur des territoires qu'on en arrive à développer autrement nos régions.

Ainsi, à SRQ depuis de nombreuses années, nous faisons une espèce d'inventaire de ces bons coups qu'on appelle Pages vertes ou Innovations. Pour nous, c'est aussi une façon de témoigner de la préoccupation des habitants du monde rural de se construire des communautés solides et durables, qui se démarquent des grandes villes. Et pour y arriver, ils font preuve d'imagination et ont trouvé des moyens originaux de se démarquer pour ne pas rentrer dans le moule. Ces projets, conçus pour et par des ruraux ont donc l'avantage de répondre réellement à leurs besoins et de se faire à l'échelle humaine. Comme on ne peut pas combattre la mondialisation, on peut l'humaniser et ces projets en sont le plus beau moyen. 

Il faut savoir que ces initiatives qui donnent lieu au développement local tiennent compte de toutes les dimensions de la vie en société, qu'elles soient sociale, culturelle et environnementale. Une de ses particularités réside dans l'importance qu'il accorde au caractère humain et à l'épanouissement des collectivités, qui sont non seulement placées au centre des priorités de développement, mais qui sont considérées comme des moteurs du développement et des forces de changement.

Et ce type de développement est encore plus porteur de changement social lorsqu'on laisse s'exprimer la liberté des individus, afin qu'ils agissent sur leur environnement. Dès lors, le contrôle sur les ressources ou la mobilisation ne sont pas, en soi, des finalités, mais plutôt des moyens d'assurer un développement optimal du milieu.

Les initiatives sont autant d'illustrations d'un processus de décentralisation, et expriment, à divers degrés, cette liberté d'agir afin de modeler l'univers d'une communauté selon ses besoins. Ces initiatives sont le fruit du dynamisme local où l'identité culturelle et le sentiment d'appartenance sont à la base de la vitalité et de la solidarité. Car l'avenir d'une collectivité est l'affaire de tous.

Quant à évaluer la réussite de ces projets, cela demeure une question de nuances et d'interprétation. En effet, avec la mondialisation et le contexte de production rapide dans lequel nous baignons, qui valorisent des résultats tout aussi immédiats, nous sommes plutôt tenté de choisir des solutions à courte vue. Pourtant, le développement rural durable découle souvent de l'application de solutions simples et d'une utilisation différente de ce qui existe déjà avec, en plus, beaucoup de bonne volonté de la part des acteurs concernés.

A l'inverse des tendances actuelles de production uniforme, rapide et de masse, une bonne partie des initiatives s'appuient sur la coopération, l'équilibre entre la nature et l'humain, la diversification et les spécificités rurales propres aux communautés.

Comme d'exemples, pensons au Centre jeunesse multi-services Le Trait-d'union à Notre-Dame du Bon Conseil près de Drummondville; à L'Échofête, un festival environnemental à Trois-Pistoles; Au p'tit marché, à St-Georges de Windsor en Estrie, un marché général avec lequel on s'est assuré d'avoir des services de proximité. Tous ont fait le choix de la diversification, d'une formule collective de gestion et d'un mode de vie qui met l'humain au centre, en fonction du long terme.

On observe également que certaines communautés se sont engagées dans une démarche innovante plutôt qu'en ne visant que le profit. Au cours de la période de questions je pourrais également vous parler de mon patelin, St-Camille où nous avons toujours notre école et sans aucune grosse entreprise, mais avec plein de projets intéressants.

L'innovation se situe dans la façon de produire autrement. Une nuance importante puisque c'est de cette façon que le système de production dominant est remis en cause. Ainsi, les changements s'intègrent solidement dans nos organisations et dans nos institutions, à partir du moment où ils sont généralisés et admis par la grande majorité de la société. Pour l'instant, les initiatives émergent ça et là, soutenues par des porteurs décidés à transformer les façons de faire. Aussi, les initiatives présentées dans Les pages vertes sur le développement durable sont un signal concret de l'émergence de la volonté d'un changement en profondeur.

Nos propos sont illustrés par une multitude d'initiatives rurales qui témoignent des savoir-faire des communautés et de leurs capacités à les mettre en valeur. En effet, une panoplie de communautés rurales au Québec ont su reconnaître et s'appuyer sur leurs savoirs collectifs pour réussir des initiatives. De plus en plus, l'expression des différences locales est une voie prometteuse pour le développement des communautés rurales. 
L'engouement pour les produits du terroir en est une illustration éloquente. Si, la mondialisation a une tendance à l'uniformisation des modèles de production et de consommation, voire même culturels, à l'instar de ce phénomène, les différences culturelles locales deviennent un facteur de développement stratégique pour les communautés qui veulent assurer et décider de leur avenir. 

C'est pourquoi maintenant, plus que jamais, j'ai envie de faire l'éloge de la campagne. Un peu comme on renvoie la balle, je réponds ici à ceux qui n'en ont que pour la ville et qui ne voient en la campagne que le parent pauvre. A eux, j'ai envie de dire comme c'est beau et bien la campagne, comme ce monde me convient à moi, ainsi qu'à des milliers d'autres ruraux en mon genre et comment celle-ci peut-être à l'origine d'une nouvelle vision des choses.

Je voudrais surtout leur rappeler qu'il n'y a pas qu'une seule façon de vivre et que, pour plusieurs dont je suis, la campagne reflète entièrement ce que je recherche et qui me plait. C'est là que je m'épanouie et qui je vis véritablement. A tous ceux-là, je ne demande que de respecter mes valeurs et mon goût de vivre différemment.

Et face à cette interrogations qui remet en question l'avenir et la légitimité des campagnes, je me demande toujours qu'est-ce que ces gens là ont à gagner. Comme si, à l'heure de la mondialisation, il n'y avait plus de place pour ce qui est humain et plus petit, pour la différence elle-même.

C'est avoir la mémoire bien courte et oublier combien la campagne est le berceau des québécois et combien encore aujourd'hui c'est dans les régions qu'on puise toutes les ressources qui font les grandes villes et permettent aux urbains de continuer de vivre en ville. 

Oui, il y a une vie et il y a le salut en dehors des grandes villes et c'est par choix que de plus en plus en plus de gens décident de quitter le grande anonyme pour aller s'établir en campagne. Parce que c'est là qu'on retrouve ses véritables racines et que la vie reprend un rythme mieux adapté à l'humain que nous sommes. Parce que la nature y est encore accessible, qu'on peut y respirer autre chose que le carburant des poids lourd, parce qu'en levant les yeux vers le ciel je peux voir les étoiles. Et je pourrais continuer longuement, et tous les gens qui ont choisi de vivre en campagne pourraient également ajouter à ma voix, toutes les raisons de leur choix.

Et plus que jamais, je crois qu'à l'ère de la mondialisation, la véritable recette pour humaniser le tout, passe par les campagnes. Chaque coin de pays est différent et c'est cette différence qui fait qu'on peut se bâtir un monde à notre mesure dans lequel on peut s'épanouir pleinement.

Ce n'est pas vrai que l'hégémonie des grandes villes est un gage de succès pour le pays, leur taille non plus. En fait, tout le monde gagnerait à établir un rapport plus équilibré entre l'urbain (avec ses villes de différentes tailles) et le rural. Parce que l'immensité de notre pays ne doit pas être laissé complètement vide, l'habiter dans tout ses recoins est un plus (+) dans un monde comme le nôtre, fait de différences et d'unicité. Notre travail est simplement de trouver cet équilibre afin que chacun puisse y trouver son compte en y vivant libre et heureux.

La ville et le monde rural sont complémentaires, ils ne doivent pas tirer chacun sur la couverte. Une couverte qui devrait avoir des allures de courtes-pointes, avec ses pièces et ses couleurs qui représentent les réalités de chacun, mais qui s'emboîtent pour ne former qu'un tout, une seule et même couverture bien chaude et confortable.

Il faut cesser de regarder par le petit bout de la lorgnette et voir plus loin que le bout de notre nez. La ville a besoin du monde rural et le monde rural a besoin de la ville, ces deux réalités sont liées. La ville, a besoin du monde rural qui est riche de ses ressources, mais aussi de sa diversité. Si on n'y prend garde, on perdrait au change et avec, une partie de notre identité. Il faut tout simplement renouveler notre façon de voir et de faire.

Car, malheureusement, trop souvent les discours, comme les mesures gouvernementales ou les organisations, sont dépassés, mais restent en place en raison de l'inertie des dirigeants à les adapter. C'est ce qui fait qu'on cherche à saisir une réalité contemporaine avec des outils anciens.
 
Au 21e siècle, dans les pays riches, industrialisés et hautement urbanisés comme le nôtre, le monde rural peut sembler, à première vue, n'être plus nécessaire puisqu'il n'a plus son rôle traditionnel de pourvoyeur de villes. Et pourtant on continue d'y puiser toutes sortes de ressources.

Mais cette seule impression, constitue un enjeu de société extrêmement complexe car, par certain de ses aspects, il questionne la vie économique alors que sous d'autres, il questionne la vie sociale ou culturelle. C'est un enjeu fascinant, car il ne peut se résoudre que dans la mesure où collectivement et individuellement, nous accepterons de réinventer le sens du monde rural et de sa relation à l'autre : le monde urbain.

C'est un enjeu moderne, car pour la première fois dans l'histoire de l'humanité et pour un nombre limité de sociétés, les campagnes ne servent plus à nourrir les villes. À preuve, on pourrait facilement imaginer que le Canada ne produise plus aucun aliment et les différents marchés d'alimentation regorgeraient des mêmes produits. Les étals de fruits et légumes en hiver en témoignent éloquemment. À noter qu'il en va de même pour les minéraux ou le pétrole. L'extraction ou non du cuivre à Murdochville au bout de la péninsule gaspésienne ne change rien à la capacité des usines installées au Québec ou ailleurs au Canada de s'approvisionner de cette ressource naturelle.

Cet état de fait étant convenu, ce qui a changé avec la globalisation de l'économie et la mondialisation des échanges de tout type est la définition même du monde rural, désormais centrée sur sa nature plutôt que sur son rôle. Donc, au moment où nos communautés se mobilisent autour de leur caractère, de leur mode de vie distinctif, plus que jamais les énergies des leaders doivent être investies dans la conception et le développement d'un modèle social, politique, économique et culturel rural. Car, rien n'assurera plus la pérennité de notre mode de vie et de nos villages que la prospérité de chacun de ses membres.

Nous sommes condamnés à imaginer, à inventer ce que nous voulons être, à innover dans nos façons de faire et à en saisir les autorités politiques. Parce que le monde rural est un enjeu politique de taille, puisqu'il concerne notamment l'occupation du territoire, la protection et la mise en valeur des ressources naturelles si importante pour l'économie canadienne, il est raisonnable que les gouvernements locaux, régionaux ou nationaux se donnent des politiques dont les ruraux useront comme d'un tremplin pour construire un monde rural moderne, contemporain, adapté aux besoins des hommes et des femmes qui préfèrent vivre dans des communautés de petites tailles.

La principale difficulté est, me semble-t-il, la panne d'idées. Or, il existe une seule façon d'endiguer la chose et j'y reviens. Vous allez penser que je radote, mais il faut renouveler notre regard, voir les choses autrement, les imaginer différentes, voilà le passage obligé pour toute personne intéressée par le développement harmonieux de son village, de sa communauté. Pour les politiciens ou les cambistes, renouveler le regard, voir le monde autrement, c'est notamment briser le paradigme de la spécialisation aussi cher à l'État qu'au grand capital. Il n'y a pas deux réalités, il y a des différences et ce sont ces différences qui font la beauté et la richesse de notre pays.

Je vous le rappelle, la spécialisation de l'économie, comme des lieux de vie dédiés à une seule production, exemples le Saguenay réservé à l'aluminium, la côte gaspésienne aux pêches même s'il n'y a plus de poissons, et l'Abitibi aux mines, est une idée intrinsèque à la macroéconomie issue d'une époque révolue du grand siècle de l'industrialisation.

En fait, tout le monde gagnerait à établir un rapport plus équilibré entre l'urbain et le rural. Le Québec est fait de grandes, de moyennes et de petites villes et de ses campagnes. C'est en faisant côtoyer tout ces mondes et en leur accordant chacun leur place que nous aurons un Québec riche et fort.

Les québécois sont avant tout des gens débrouillards et ingénieux. Parcourez les campagnes et regardez bien, partout vous découvrirez quelques trucs inusités, inventés par les ruraux et les gens des campagnes pour se faciliter la tâche ou pour se divertir. Rappelez-vous les premiers-remonte pentes des Laurentides inspirés du principe des cordes à linges.

Pensez à des gens comme Joseph Armand Bombardier, qui est à l'origine d'une de nos plus importantes entreprises, aux frères Lemaire qui ont créé Cascades, à l'hydro-électricité, à Guy Laliberté, ce cracheur de feu de Baie St-Paul qui a fondé le Cirque du Soleil, et à tous nos artistes qui sont des dignes représentants du Québec à l'étranger et qui, pour la plupart, viennent de petites communautés.

Les québécois sont inventifs et bourrés de talents, ils réussissent là où bien d'autres ont échoué à se tirer d'affaires et à se débrouiller avec bien peu de choses. C'est là toute l'histoire de notre pays.

Imaginez un peu. Si malgré tous les bâtons qu'on lui met dans les roues, le milieu rural a été capable de faire émerger des talents et des leaders, il sera en mesure d'en faire encore bien davantage, s'il est appuyé par une économie moderne qui peut désenclaver ses villages et donner davantage de moyens à ses habitants. C'est ce qui peut arriver si on met à profits tous nos talents, conjugués aux nouvelles technologies de l'information et des communications, on serait en mesure de rejoindre tous les québécois dans les petits coins du pays et on pourrait assister à la naissance de viviers d'innovation et de créativité.
 
Ce n'est pas vrai que tout se mesure en termes de grosseur et de rendement. Tout n'est pas ni noir, ni blanc, tout est en nuances. Et il faut miser sur toutes ces différences pour se bâtir un monde qui nous convient. Il faut aller au-delà du facteur économique et voir plus loin que les bilans positifs, les profits et l'argent. Cette façon de voir ne fait que creuser le fossé des disparités régionales sans rien faire avancer. 

A mon avis, la richesse n'est pas seulement une question d'argent. Elle est aussi culturelle et sociale, elle est faite de plaisir et de petits bonheurs. Des ingrédients qu'on retrouve dans un environnement qui nous convient. C'est bien plus facile de se façonner un village à notre image que d'influencer l'avenir d'une grande ville.

Et c'est tout ce que les ruraux demandent. Ils veulent simplement qu'on leur reconnaisse le droit de vivre autrement. Une reconnaissance de leur capacité de prendre en charge leur développement et d'assumer des responsabilités à un échelon territorial proche de leurs préoccupations. Et cela passe par une véritable décentralisation démocratique et par l'affirmation de notre désir de vivre en dehors des limites d'un monde où tout est organisé. Vivre à la campagne c'est assumer cette différence en espérant simplement à être respecté.

Je ne vous apprendrai rien en vous disant que le Québec vit actuellement une situation démographique particulière avec un très faible taux de croissance de sa population, qui parallèlement souffre de vieillissement accéléré. Une situation jamais vue, qui touche le Québec en entier, mais qui se vit différemment dans chacune des régions. Si en certains endroits, c'est le déclin démographique, en d'autres, c'est la croissance qu'il faut apprendre à gérer.

Pour faire un bref résumé de la situation, disons que les régions du Sud du Québec sont en croissance soutenue, alors que les régions centrales sont en transition vers la décroissance et que les régions dites éloignées sont en décroissances. Mais même à l'intérieure d'une même MRC, certaines communautés vivent des réalités différentes.  

Partout un seul constat, il faut apprendre à gérer ces nouvelles réalités. Et que ce soit pour revitaliser nos campagnes ou pour faire face à la nouvelle réalité, c'est la cohabitation qu'il faudra gérer. Une cohabitation qui est multiple, puisqu'elle se vit entre ruraux, entre ruraux et néo-ruraux, entre ruraux agriculteurs et ruraux, qui occupent leur territoire autrement, si vous me permettez l'expression, mais aussi avec les nouveaux arrivants, les immigrants. -En passant disons que pour s'y retrouver, un néo-rural, c'est une personne qui a vécu en milieu urbain et qui décide de vivre en permanence en milieu rural.-

D'ailleurs, ça me fait un peu drôle de parler de cohabitation dans le monde rural alors que la question ne se pose pas pour la ville .. Personne ne se demande comment vivre, cohabiter avec les commerces. La ville appartient à tous ceux et celles qui y vivent dans un modus vivendi toujours à refaire, à revoir, à redéfinir. Cela devrait être pareil en campagne. D'ailleurs, la question de la cohabitation est fort mal posée par le milieu agricole. La véritable question devrait être comment le monde rural peut intégrer l'agriculture et bien la servir sans se desservir.

Je crois que présentement, le monde rural est dramatiquement confronté à sa vraie nature. Pas celle de la fin du 19e siècle ou des années 1960 ou 1990, mais celle d'aujourd'hui. De la compréhension de la ruralité moderne, on pourra se concocter une façon de cohabiter et de vivre ensemble. Il nous faudra apprendre à concilier les intérêts, les vies et les activités. Comme en ville d'ailleurs.
 
Car, il ne faut pas oublier que ce sont les villes qui constituent le réservoir de population des villages. Les habitants du monde rural de demain migreront majoritairement de la ville, que ce soit Montréal, Québec, Casablanca ou Lyon, vers le village et la campagne. Comment seront-ils accueillis? Comme des intrus qui prennent la place du monde agricole ou comme des citoyens à part entière qui ont la richesse de leur métier et de leur activité à apporter?

Et lorsque je parle de migration vers les villages, je pense autant à celle des urbains qu'à celle des immigrants. Car, il faut se le dire, le choc est aussi grand pour un Montréalais de se retrouver à St-Camille que pour un Français de se retrouver au Québec. La marche est aussi haute et le changement aussi drastique. Voilà pourquoi, je pense qu'il faut aborder ces questions en termes de ruraux et de néoruraux de toutes les provenances et travailler fort pour amortir les chocs et faciliter la création de liens.

Si certains sont établis depuis longtemps et savent ce qu'il en est de vivre à la campagne, les nouveaux venus sont parfois bien démunis vis-à-vis des conditions de vie auxquelles ils ne s'attendaient pas ou étaient mal préparés. Aussi faut-il prévoir comment accueillir et soutenir ces nouveaux arrivants.  

Parce que les besoins et les habitudes de vies à la campagne ne sont pas les mêmes qu'à la ville, cette réalité peut parfois devenir difficile à vivre. Encore une fois, c'est dans la façon de faire, avec le bon vouloir et la collaboration de tous les intéressés que l'expérience sera concluante. Si c'est en forgeant qu'on devient forgeron, c'est en se parlant qu'on se comprend et qu'on en arrive à trouver des solutions, mais surtout à s'entraider. Nous avons tous quelque chose à apprendre de notre voisin.

Et je le répète, il n'y a pas une seule et unique façon de faire, il y a de nombreux modèles qui s'appliquent selon les situations. J'ai en tête un exemple, celui de Saint-Magloire dans Chaudière-Appalache, où la perspective de devoir fermer l'école parce qu'il n'y avait plus d'enfants a fait en sorte qu'on a tout fait pour accueillir de jeunes familles.

C'est ainsi que le village a accueilli 53 nouvelles personnes. Les nouveaux venus ont eu droit à tout un accueil: facilité de logement, jumelage entre les familles qui ont des enfants du même âge, souper échange, etc.

Mais, ce qu'il faut réaliser aussi, c'est que pour que les milieux ruraux soient attirants pour les nouveaux venus, il faudra qu'ils leurs ouvrent des possibilités modernes de gagner leur vie, mais plus encore. Accueillir des nouveaux venus dans nos communautés rurales, ça n'est pas seulement offrir du travail et du logement pour, en fin de compte, permettre aux familles néo-québécoises de contribuer à notre développement et à notre mieux-être. C'est aussi accepter la différence et le changement. Il faut nous-mêmes faire un bout du chemin. Notre culture s'en trouvera enrichie. Je crois qu'il n'y a pas d'avenir dans le retour au passé.

La campagne de l'an 2000 c'est bien plus que l'agriculture. Les gens pensent encore que ruralité et campagne riment avec agriculture alors que dans les faits, aujourd'hui seulement 6,8 % de la population rurale vit de l'agriculture. Ça en laisse plus de 93 % qui font autre chose. 

Le modèle agricole s'essouffle, la concentration prend de plus en plus de place, le Québec a perdu le tiers de ses fermes, alors que la relève des 35 ans et moins, a fondu de moitié. Pendant que les fermes disparaissent et que le nombre d'agriculteurs diminue, les ruraux et néo-ruraux occupent le territoire ou tentent de le faire par toutes sortes d'activités qui ne sont rien de moins que la planche de salut de la ruralité, mais personne ne semble vouloir les prendre au sérieux.

L'agriculture qui est souhaitée est à visage humain, elle participe à l'occupation du territoire, tout en tenant compte des multiples rôles et des autres activités qui s'y déroulent.

Au-delà de la production de denrées alimentaires, l'agriculture doit s'insérer dans un modèle rural, multifonctionnel, qui tient compte de l'occupation du territoire, des paysages, du tourisme, de la conservation du patrimoine et des autres activités humaines, un modèle qui mise aussi sur la valeur ajoutée et les nouveaux créneaux pour permettre aux artisans de se distinguer sur les marchés locaux comme mondiaux.

L'agriculture a modelé le territoire et continuera de le faire, elle doit contribuer à l'occupation du territoire comme un partenaire à part entière, mais non plus comme l'unique occupante des lieux. Il en va de l'avenir du monde agricole, rural et de l'ensemble de notre pays. 
 
A ce moment-ci de notre histoire, le Québec dans son ensemble et le monde rural en particulier, ont besoin d'une agriculture qui contribue au développement de ses territoires, à la vitalité de ses villages et à la prospérité de ses communautés. L'absence d'une vision collectivement partagée et socialement acceptée nuit au secteur et menace sérieusement son avenir.

Il est donc urgent de rebâtir la cohabitation dans les milieux ruraux, de sortir l'agriculture du cul-de-sac dans lequel elle se retrouve afin qu'elle redevienne la locomotive du développement rural. Pour ce faire, il faut tenir compte des enjeux internationaux, saisir les opportunités d'une économie nouvelle et s'inscrire résolument dans une occupation durable de nos territoires.

Je crois profondément que toute la question de l'agriculture doit être abordée sous l'angle des territoires, de leur occupation et de leur développement. Si on ne met pas nos «lunettes d'approche» territoriales pour observer et analyser l'agriculture, je crois modestement qu'on va manquer le bateau. Avant qu'il ne soit trop tard, dessinons le modèle agricole qui sera le nôtre. En fait, maintenant plus que jamais, il faut poser la véritable question : est-ce qu'on produit pour produire ou est-ce qu'on produit pour nourrir ? 

Je suis de ceux qui croient que le milieu rural peut offrir un autre modèle plus prometteur, basé sur l'intégration et non l'indifférence, plus enrichissant et durable, un modèle qui exige de l'ouverture de la part des ruraux et un effort de la part des migrants, mais un modèle valorisant pour tous, qui permet de réaliser pleinement son potentiel.

Il faut ouvrir les yeux et porter un autre regard sur les nouveaux venus, il faut aussi leur faire de la place. Ils peuvent être une source de nouvelles idées et d'initiatives, une source d'innovation pour saisir de nouvelles occasions ou voir la vie autrement. D'ailleurs, bon nombre de nouveaux créneaux dans les produits du terroir ont été initiés par des néo-ruraux venus d'ici ou de loin.  

Dans le monde de demain, ce sont les collectivités ingénieuses, qui sauront attirer et mobiliser des personnes, des énergies et des idées, qui pourront tirer leur épingle du jeu. Pour ça, il faut disposer de leviers, de responsabilités et rapprocher le centre de décision du citoyen, rapprocher les moyens des réalités locales et des opportunités du milieu. Le défi du développement des communautés passe par une économie en santé, qui sera attirante pour les nouveaux citoyens de toutes origines.
 
Je sais, aujourd'hui j'aborde un sujet qui m'amène à ramer à contre-courant. A un moment où nos décideurs parlent de fusion et de concentration, moi je vous parle plutôt de décentralisation. Que voulez-vous, il y a de ces choses en lesquelles je crois et l'idée de décider par moi-même m'a toujours plu.

Et je ne semble pas être le seul à penser ainsi. Lors de notre tournée du Québec, partout les décideurs des petites communautés ont fait le même souhait : nos campagnes ont besoin que les programmes soient adaptés à la réalité, que les décisions se prennent le plus près possible du citoyen et que nos gouvernements reconnaissent le local comme premier lieu de décision.

Non seulement, les décideurs des petites communautés sont tannés de se faire dire comment et quoi faire par des fonctionnaires assis dans des bureaux en haut des tours, bien loin des réalités quotidiennes des milieux ruraux, mais ils sont aussi tannés du pelletage des responsabilités qui retombent dans leur cours et qui s'accumulent sans que les moyens ne viennent avec. Ils sont de plus en plus essoufflés de toujours devoir faire plus (+) avec moins.

En conséquence je crois qu'un des facteurs qui nous permettent de prendre nos propres décisions, est de le faire à échelle humaine. Une dimension qu'on perd de vue dans les fusions et les concentrations.
 
Car, toute l'organisation politique québécoise et canadienne est orchestrée autour d'une seule idée: celle de la concentration des administrations, des personnes, des services et des entreprises.

Cette logique s'est appliquée aux villes alors que la grande majorité de la population vit dans 11 villes créées de toutes pièces pour régler les problèmes fiscaux de Montréal et de Québec.. Au fait, a-t-on vraiment réglé quelque chose??? Pire encore, cette logique de la concentration s'est aussi appliquée aux services, ceux des grandes institutions, méga-hôpitaux, grande bibliothèque, super université et même aux caisses populaires! Elle a aussi touché le secteur privé, avec les méga fusions d'entreprises auxquelles on assiste encore régulièrement.

Mais dans le quotidien, qu'est-ce que ça change, à part éloigner les centres de décisions, faire augmenter les coûts et isoler davantage les gens ?

Moi qui crois en la campagne, qui a besoin de la campagne pour vivre, je crois aussi que les décisions, pour pouvoir bien servir les citoyens, devraient se prendre près d'eux. Et pour ce faire, il faut décentraliser.

Décentraliser ça ne signifie pas déconcentrer des effectifs ou régionaliser des programmes pour centraliser à l'échelle de régions administratives. Décentraliser suppose de donner les pouvoirs, tous les pouvoirs, avec les moyens et les ressources qui viennent avec. Décentraliser suppose la reconnaissance d'un lieu d'exercice de responsabilités démocratiques, c'est-à-dire, un gouvernement local et il existe déjà, il s'appelle MRC. 

Mais pour véritablement décentraliser il faut se doter d'institutions démocratiques. Des institutions qui permettront aux élus de légitimer leurs actions et qui, du coup, donneront l'occasion aux citoyens de connaître les enjeux et de se prononcer sur la vision et le programme des gens qui veulent les porter. C'est ce que signifie l'élection au suffrage universel du préfet.

La meilleure façon pour le monde rural de se prendre en charge est de disposer des pouvoirs pour le faire. Et le plus bel exemple de l'application de cette façon de faire aura été la Politique nationale de la ruralité (PNR) qui a su s'adapter aux besoins des communautés. Pour une fois, ce n'est pas le monde rural qui a dû s'adapter à un programme et les résultats ont été impressionnants.

Cette politique n'impose pas de carcan, ni de normes. Elle est conçue et pensée pour être gérée par les communautés, elle responsabilise le milieu en lui donnant des moyens souples et simples pour se mobiliser, pour se donner une vision, pour investir dans la qualité de vie, dans l'émergence de nouvelles idées. C'est une politique qui donne l'oxygène et l'espace nécessaire pour que le génie des collectivités s'exprime. En fait, c'est la seule politique basée sur la confiance envers les résidants ruraux et la reconnaissance de la ruralité québécoise. Elle a fait la preuve que les milieux ruraux peuvent se prendre en main. 

Mais il faut continuer dans cette direction et si le cadre n'est pas là, il faut le créer, il faut se donner les moyens et imaginer des façons de faire pour ne pas freiner l'élan des communautés, il faut proposer des plans qui tiennent compte de la capacité des milieux et de leurs conditions.

Si nous voulons voir les choses changer, nous devons nous prendre en main et la capacité des MRC de faire face aux défis des années à venir, dépend en bonne partie de leurs aptitudes à se prendre en charge, tout en mettant à profit les forces vives de leur milieu.
Dans le monde de demain, ce sont les collectivités ingénieuses, qui sauront attirer et mobiliser des personnes, des énergies et des idées, qui pourront tirer leur épingle du jeu. Pour ça, il faut disposer de leviers, de responsabilités et rapprocher le centre de décision du citoyen, rapprocher les moyens des réalités locales et des opportunités du milieu.

Ces leviers, ces responsabilités ne se quêtent pas, elles se gagnent et en ce sens, la gouvernance décentralisée est indispensable. Il faut dépasser les guerres de clochers, sortir de l'attentisme et du maternage de l'État, proposer et se prendre en charge.

Des solutions adaptées et novatrices, il en existe probablement autant qu'il y a de municipalités. Pour les débusquer, il faut pouvoir sortir des sentiers battus, revoir en profondeur les règles du jeu. Il faut se préserver des écueils d'un brassage de structures et des chicanes partisanes stériles. Il faut repenser la décentralisation, privilégier une réflexion de fond, affranchie de considérations politiques, d'improvisations, de rapports de force et d'attentes particulières, sans pour autant ouvrir la porte à la déresponsabilisation de l'État.

Et c'est possible! Au préalable, il faut un engagement de société qui passe par un constat objectif de l'impasse financière dans laquelle pataugent bon nombre de municipalités du Québec. Il faut un engagement de toutes les instances concernées qui reconnaît l'importance de l'occupation de l'ensemble du territoire et la nécessité de redonner à ces mêmes municipalités, à leurs citoyens, le pouvoir de faire des choix, dont celui, s'il n'est pas trop tard, de vivre dans leur communauté.

Tout le monde a droit au bonheur. Tout le monde, partout au Québec, a le droit d'aspirer à la prospérité dans le respect de sa différence.
 
Notre coalition a toujours considéré les MRC comme des institutions issues de la base et à dimensions humaines. Ne l'ai-je pas dit assez souvent : elles constituent le gouvernement local et sont capables de faire preuve d'initiatives pour peu qu'on leur donne les moyens nécessaires. Elles devraient donc devenir le véritable lieu de décentralisation. Avec les MRC, on aurait une démarche impliquant la base, du bas vers le haut, plutôt qu'une démarche venant du sommet. Il me semble que ça ressemblerait davantage à de la décentralisation.
 
En terminant, j'aimerais vous dire que SRQ est une coalition hybride avec un membership composé d'une vingtaine d'organismes nationaux plusieurs organismes régionaux et des membres individuels. Depuis 1997, nous sommes également l'instance-conseil du gouvernement du Québec en matière de ruralité.

Nous sommes donc simultanément un groupe-conseil, un centre de formation, un centre de documentation, un lieu de recherche, une petite maison d'édition, un organisateur d'événements, tout cela avec une vaillante équipe d'une dizaine de personnes. Et nous tentons tous les jours d'être un point de contact, un relais, un lieu de ressourcement pour les leaders des communautés rurales et pour ceux et celles qui choisissent de vivre à la campagne, des gens que nous appuyons, par nombre d'outils.

Nous sommes donc un organisme indépendant qui se porte à la défense des communautés rurales et vous pouvez joindre nos rangs en devenant membre. Si le cour vous en dit, et pour tout savoir sur Solidarité Rurale du Québec rendez-vous sur www.ruralite.qc.ca