Québec. Notes pour l’allocution de Jacques Proulx, lors de l’annonce du renouvellement de la Politique nationale de la ruralité

7 Décembre 2006

Salutations d'usage,

Il y a aujourd'hui 5 ans jour pour jour, soit le jeudi 6 décembre 2001, j'étais ici même pour signer l'adoption de la 1re Politique nationale de la ruralité au côté de Bernard Landry, alors Premier ministre. Si vous saviez comme il me fait plaisir de me retrouver à nouveau ici pour saluer le renouvellement de cette politique qui a été si bénéfique pour le Québec rural. 

C'était alors un moment unique, puisque pour la première fois, l'État québécois reconnaissait l'importance des communautés rurales. Je me souviens de la fébrilité qui accompagne de telles annonces, et j'ai en mémoire le scepticisme qu'entretenaient certaines personnes envers cette autre politique gouvernementale. Plusieurs d'entres-elles sont devenues aujourd'hui les ardents défenseurs de cette politique auxquels se sont joints des élus, des bénévoles, des citoyens de tous âges et de tous milieux qui se sont servi de cette politique pour donner un élan dans tout le Québec rural.

Cette première Politique a permis aux communautés de se projeter dans l'avenir et de poser un regard neuf sur leur milieu, leurs défis et leurs potentiels, de se mobiliser, d'initier des projets et de trouver des solutions. Les ruraux ont ainsi démontré qu'ils ne céderont jamais à la fatalité et qu'ils sont capables de démentir les projections. L'appropriation de cette politique est telle qu'on ne peut plus parler d'une politique gouvernementale, mais bien d'une politique des communautés...

Si la première Politique de la ruralité a été un coffre d'outils avec lequel les hommes et les femmes de bonne volonté que nous sommes ont commencé à se rebâtir des villages à la mesure de leurs ambitions, ce travail n'est pas encore terminé. Il se continuera toujours au fil des ans et des événements. Ce qui est nouveau, c'est qu'aujourd'hui le gouvernement actuel renouvelle son appui et sa confiance en ces bâtisseurs. C'est le rêve qui devient accessible.
 
Face aux réalités d'un monde où les conditions changent, le Québec a besoin de l'imagination, de l'ingéniosité et d'une nouvelle gouvernance qui s'exerce dans ses communautés. Aux défis posés par la mondialisation, le développement durable et la démographie, les solutions passent par la reconversion, la multifonctionnalité et se trouvent ancrées dans un territoire.

Et pour y répondre, la nouvelle Politique adaptée aux véritables besoins ne cherche pas des solutions centralisées et uniformes, mais supporte les communautés pour qu'elles prennent en charge leur développement et innovent. C'est ce qui fait la grandeur d'une politique. C'est sa capacité à se rendre jusque dans le village sans se diluer dans les rouages bureaucratiques.
 
Depuis la déclaration du monde rural, les ruraux réclament deux choses: le droit à la différence et leur droit à la prospérité. En 2006, dans nos sociétés fortement industrialisées, il est non seulement essentiel de respecter ce droit à la différence, celle qui fait en sorte que des citoyens ont choisi de vivre en milieu rural, dans de petites et moyennes communautés, mais il faut aussi soutenir équitablement l'exercice de cette liberté de choix.

Reconnaître cette différence du monde rural et sa contribution à la collectivité québécoise sur les plans social, culturel et économique est un enjeu important, puisqu'il permet la reconnaissance de la propriété collective des territoires afin qu'ils soient au service du bien commun. 

Quant à Solidarité rurale du Québec, sa responsabilité sera de travailler au suivi de la politique, d'être en quelque sorte le chien de garde pour s'assurer de la rigueur de son application, afin d'en multiplier les effets et les retombées. Je crois toujours que les habitants des milieux ruraux, sont les mieux placés pour décider du développement de leur communauté et avec la 2e PNR, ils auront les moyens qu'il faut pour le faire. Et je le répète, le développement c'est bien plus que la seule question monétaire, c'est le pouvoir de décider et de passer à l'action où et quand il le faut, à preuve, tous ces projets nés de la première PNR. En fait, les ruraux ont su mettre à profit les outils que le gouvernement leur a donnés et en retour, celui-ci leur renouvelle sa confiance et leur envoie un signal positif, celui de ne pas lâcher et de continuer. 

Il y a cinq ans, j'avais cité le poète et chansonnier Gilles Vigneault, qui disait que c'était «grave "écrire" car on était immédiatement responsable de ce que l'autre lira». Alors aujourd'hui je lis et je prends acte de la volonté ferme du gouvernement de s'engager à adapter ses politiques et ses programmes. Je veux lui assurer que nous serons dans l'esprit de cette politique nationale, particulièrement vigilants quant à la demande unanime du monde rural de voir les programmes gouvernementaux modulés en fonction de la réalité de ses communautés. Il y a là un défi non négligeable d'adaptation voire de modernisation de l'action de l'État pour pouvoir répondre efficacement à la fois à de grandes villes et de petites communautés, à la grande entreprise et à la micro-entreprise qui prédomine dans nos régions.

Mes derniers mots seront pour ceux et celles qui, du gouvernement, des partenaires et des membres de Solidarité rurale ont cru et croient plus que jamais en cette politique. Ils ont toute ma reconnaissance et un peu du cour des ruraux. Je tiens à remercier le Premier ministre pour sa fidélité à la cause de la ruralité, et je veux féliciter Mme Normandeau, qui à son honneur a livré avec détermination une politique à la hauteur des attentes des ruraux.

Merci!