Présentation devant le Comité permanent des finances dans le cadre de ses consultations prébudgétaires

20 Novembre 2013

Notes d’allocution de Claire Bolduc, présidente de Solidarité rurale du Québec

Ottawa - 19 novembre 2013


Entendre la comparution sur le site du Parlement du Canada:
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Mesdames, Messieurs,

Je tiens d'abord à vous remercier de l'invitation que vous avez adressée à Solidarité rurale du Québec afin que l’on puisse vous présenter nos positions sur les moyens devant être mis en place pour assurer la prospérité et la sécurité des collectivités rurales.

J'aimerais d’abord rappeler que Solidarité rurale du Québec est avant tout une coalition d'organismes québécois; de grandes et de petites organisations qui, depuis bientôt 23 ans, militent et œuvrent à la promotion de la revitalisation et au développement du monde rural, de ses villages et de ses communautés.

En 1997, le gouvernement du Québec reconnaissait les particularités de la ruralité, et confiait à Solidarité rurale du Québec le mandat d'instance-conseil auprès du gouvernement sur les questions de ruralité pour l'ensemble du territoire québécois.

Solidarité rurale du Québec a ainsi émis plusieurs avis, notamment sur la nécessité d’instaurer une politique nationale de ruralité, sur son renouvellement et sur la vitalité des territoires. Le Québec a répondu à ces avis en énonçant une telle politique dès 2002 et il s’apprête à la renouveler en 2014. Le Québec demeure la seule province dotée d'une telle politique territoriale de développement rural. Il a également une responsabilité ministérielle propre à la ruralité et une instance-conseil, qui est devant vous.

Solidarité rurale du Québec a toujours milité et soutenu que le développement du monde rural ne peut pas seulement reposer sur des politiques sectorielles – comme les politiques forestières ou agricoles –, mais qu'il doit reposer sur une politique qui a une vision et une large compréhension de la ruralité et qui prend en compte toutes les réalités du monde rural. Une politique fédérale de la ruralité. C’est, à notre avis, la première action que le gouvernement canadien doit avoir en tête s’il veut mettre en place les conditions visant à assurer la prospérité de sa ruralité.

Il est important de rappeler que si 95 % du territoire canadien est rural, seulement 6 % de la population rurale vit de l'activité agricole. Conséquemment, ce sont 94 % des ruraux qui vivent en pratiquant d’autres activités professionnelles.

Plusieurs fois déjà, Solidarité rurale du Québec a appelé et invité le gouvernement fédéral à se doter d'une politique rurale canadienne globale pour répondre aux réalités rurales du Canada, que ce soit en termes de services, de vitalité des communautés ou de la diversification économique. À ce jour, les réponses n’ont pas fusé.

Aujourd’hui, notre Coalition relance cette invitation, car selon nous, il est impossible de parler de prospérité du monde rural en se limitant à l’exploitation des ressources naturelles. Il faut aussi parler d’éducation, de nouvelles technologies, d’environnement, d’emploi manufacturier ou de culture. Il faut parler de milieux de vie et développer une réelle vision territoriale globale.

Les territoires ruraux sont multifonctionnels. On y vit, on y voyage, et on y produit des biens et services. Et ce que l’on y vit, ce que l’on y visite ou ce que l’on y produit diffère grandement d’une « ruralité à l’autre », en particulier dans un pays immense comme le nôtre. Les décisions de l’État doivent tenir compte de ces multiples réalités et s’assoir sur une véritable pensée territoriale.

Cette première action en appelle une seconde que le gouvernement doit poser pour assurer la prospérité de sa ruralité, soit celle d’investir dans la mise en place d’une structure dédiée au développement de partenariats voués à la réflexion, à la discussion et à l’accompagnement des milieux ruraux.

Dernièrement, le gouvernement a annoncé l’abolition du Secrétariat rural du Canada. Le Secrétariat rural avait pour mandat de constituer des partenariats, des réseaux et des alliances qui permettaient de discuter et de trouver des solutions aux principaux problèmes ruraux. Avec cette décision, la ruralité, ses réalités et ses préoccupations sont complètement évacuées de l’appareil gouvernemental fédéral.

La perte du Secrétariat rural, jumelé à l’abolition de 350 emplois au sein d’Agroalimentaire et Agriculture Canada – principalement des emplois de la Direction générale des sciences et de la technologie, et de la Direction générale des services à l’industrie – nous laisse un goût amer en bouche. Ces pertes d’emplois annoncent la diminution de nos capacités à innover, à nous adapter et à être concurrentiel au niveau international.

À court terme, les dépenses de la fonction publique subiront un régime minceur qui passe bien dans les discours. Mais à moyen terme, il y a fort à parier que les territoires verront leur compétitivité décroitre.

La troisième action que le gouvernement doit poser pour assurer la prospérité de sa ruralité est de mettre à la disposition des communautés rurales les leviers nécessaires à leur développement.

Il faut bien réaliser maintenant que l’avenir de notre société, tant sur le plan économique que sur les plans social ou environnemental, ne pourra se bâtir sans la mobilisation des citoyens dans chacune de leur communauté. On est conscient que l’État ne peut à lui seul régler les défis à la place des communautés, il doit désormais apprendre à accompagner, à mobiliser et à faire confiance plutôt que de commander et de tenter de tout contrôler. Les communautés doivent disposer de véritables leviers pour influencer leur développement et mobiliser leurs ressources plutôt que d’attendre que des emplois par centaines soient annoncés par une multinationale. Ce temps est révolu et il faudra, dans chaque milieu, user d’ingéniosité et se doter de vision pour attirer des hommes et des femmes qui peuvent faire la différence. Tôt ou tard, les communautés devront disposer des leviers nécessaires pour saisir les opportunités.

Nous recommandons donc au gouvernement du Canada de mettre en place, dans le cadre d’une éventuelle Politique de la ruralité canadienne, une mesure semblable au pacte rural de la Politique nationale de la ruralité du Québec. Je tiens à signaler que cette politique a été désignée comme la plus achevée au monde par l’OCDE en 2010.

Le pacte rural constitue une mesure de soutien financier décentralisée. Il s'agit essentiellement d'une entente entre le gouvernement et chacun des territoires en vue de renforcer et de soutenir le développement des milieux ruraux de ces territoires. La mesure peut soutenir des initiatives territoriales et locales issues de la volonté des gens du milieu.

Ainsi, les ruraux de partout au Canada pourront prendre en main leur prospérité.

En terminant, je tiens à souligner, au crayon gras, qu’il sera impossible d’assurer la prospérité des milieux ruraux dans les conditions actuelles. Comment peut-on espérer vivre et se développer dans nos communautés si nous n’avons pas les conditions de base pour assurer ce développement?

Si on réduit, si on coupe les services essentiels comme la poste. Si Internet ne se rend pas chez les entreprises et les travailleurs autonomes. Si les travailleurs saisonniers sont obligés de changer de métier à moindre salaire, ou de déménager en ville. Comment peut-on espérer se développer?

La perte de services en milieu rural, ou l’imposition de lois de courte vue basée sur la recherche de bénéfices à court terme ne feront qu’aggraver la dévitalisation du monde rural. Et cette issue, c’est tout le contraire de ce dont tout le territoire canadien a besoin.

Merci.