Montréal. Notes pour la présentation de Jacques Proulx lors de la conférence de presse de la SIDEM

19 Septembre 2007

Notes pour la présentation de Jacques Proulx
Conférence de presse de la SIDEM

Salutations d'usage,

Je vous avoue que je suis très fier cet après-midi d'être assis à cette table. Chaque fois que des ruraux se lèvent pour faire autrement, chaque fois qu'ils refusent les idées pré-établies et qu'ils décident de prendre leur monde en main, j'applaudis. Car le monde rural est condamné à se réinventer constamment, et les gens de la Matapédia nous donne aujourd'hui un exemple concret de ce que des hommes et des femmes comme les autres sont capables, des hommes et des femmes qui ont choisi de se retrousser les manches, sans attendre qu'on leur dise quoi faire, sans attendre les consignes de l'État.

Le développement éolien a fait couler beaucoup d'encre ces derniers mois, et rarement en termes élogieux. Les gisements de vent québécois sont devenus un véritable Klondike pour bon nombre de promoteurs, et la course à la soumission a créé un chaos dans bien des lieux. En plusieurs endroits, des collectivités se sont inquiétées et opposées aux projets. Mais ce que l'on n'a pas compris, c'est que les ruraux n'avaient rien contre les éoliennes, peu importe la taille du champ, ni rien contre le changement. Ils en avaient contre le fait qu'on les leur impose sans tenir compte de la vision qu'ils avaient du développement de leur MRC, sans qu'on les associe à cette utilisation de leur territoire.

En bref, pour la suite des choses, j'espère qu'on saura s'inspirer un peu de la Sidem et de la Matapédia. Parce que là-bas, on a réussi à concerter les élus, les gens d'affaires, les agriculteurs, les gens du tourisme et de la forêt en recherchant - et en trouvant - la meilleure façon de servir la collectivité. Qu'on me comprenne bien ! Dans l'éolien comme ailleurs, la diversité des modèles est souhaitable. Projets privés, projets de partenariat privé-communauté, projets 100% communautaires. tous ces modèles ont leur place. Mais jamais, plus jamais, le développement éolien ne devra se faire sur le dos des communautés sans qu'elles y soient associées correctement et dignement.

La Matapédia, je la connais bien. À Solidarité rurale du Québec, nous l'avons baptisée le village gaulois. Cette MRC de 18 000 habitants a été frappée de plein fouet par les crises forestières qui se sont succédées, alors que la forêt était son principal gagne-pain. Chaque fois, des centaines d'emplois y ont été perdus, chaque fois, toute la chaîne, du transporteur au travailleur sylvicole au travailleur d'usine, a été ébranlée. Et chaque fois, ses leaders auraient eu toutes les raisons du monde de jeter l'éponge et de perdre espoir pour de bon. Mais ce n'est pas ce qui s'est passé. Au contraire. Parce que ces gens-là aiment profondément leur coin de pays. Parce qu'ils y ont des racines qui leur permettent d'affronter toutes les tempêtes. Parce que vivre dans la Matapédia, pour eux, c'est un choix. Celui de la liberté, celui d'un rapport au temps, à l'espace et à l'autre différent. Et parce qu'ils assument ce choix, ils cherchent aujourd'hui à se donner les moyens de voir s'épanouir leur MRC, en déposant un projet de taille modeste, mais qui leur permettra de se constituer un fonds de développement qui ne dépendra d'aucun gouvernement que ce soit, qui les mettra à l'abri des couleurs et des volontés politiques de tout un chacun.

Ils sont l'illustration d'un Québec rural dont on entend malheureusement trop peu parler, de celui qui se bat solidairement, de celui qui a compris son droit à la dignité et à la prospérité. Et si, comme le disait Pierre Billon, « la dignité est dans la lutte, pas dans l'issue du combat », il n'en reste pas moins que je souhaite sincèrement une issue victorieuse au énième combat de la Matapédia.

Merci !