Montréal. Notes de Jacques Proulx lors du Colloque/ateliers «Régions, territoires : spécificités, usages et multifonctionnalité»

17 Mai 2006

Notes pour la présentation de Jacques Proulx, président de Solidarité rurale du Québec, lors du Colloque/ateliers « Régions, territoires : spécificités, usages et multifonctionnalités » de la section Développement régional de l'ACFAS.

Reconnaître la multifonctionnalité de l'agriculture et
des territoires ruraux : une avenue pour assurer leur pérennité?


Salutations d'usage .

Bonjour à vous tous,

Merci ce m'avoir invité. Je suis content d'être des vôtres aujourd'hui. C'est toujours un grand plaisir de pouvoir rencontrer des gens qui ont envie de discuter de ruralité et de développement durable.

Votre thème d'aujourd'hui, me touche particulièrement puisqu'il rejoint celui que je défends et dont je parle depuis bien longtemps. Vous comprendrez donc qu'il me tient particulièrement à coeur. Depuis des années je crois et je répète que l'agriculture est la locomotive du développement du milieu rural, mais aujourd'hui, en 2006, je crois aussi que l'avenir de nos communautés ne peut plus reposer seulement sur celle-ci.

La vitalité, le développement et même la survie de nos milieux dépendent de l'utilisation de l'ensemble des ressources dont ils disposent. Dans le monde de demain, ce sont les collectivités ingénieuses et innovatrices, qui sauront attirer et mobiliser des personnes, des énergies et des idées, qui réussiront le mieux à survivre et à se démarquer.

Le monde rural ne vit plus en autarcie. La capacité des communautés à faire face aux défis des années à venir, dépend en bonne partie de leurs aptitudes à profiter et à développer les forces de leur milieu.

Ça peut-être le tourisme, et je ne parle pas ici d'agro-tourisme, mais bien de tourisme dans son sens large, ça peut-être aussi la nano ou la micro-entreprise, la culture, les arts, etc. Aujourd'hui, il faut faire preuve d'imagination, regarder le monde qui nous entoure avec un oil neuf et voir ce qu'on a à offrir. Il faut se poser la question, qu'est-ce que nous avons à offrir? Comment assurer non pas seulement sa survie, mais aussi la qualité de vie?

Chose certaine, cette nouvelle façon de voir et de faire doit d'abord et avant tout se faire avec la participation des habitants des communautés. Après plus d'une décennie d'étude et de recherche, à Solidarité rurale du Québec et 15 ans d'engagement dans ma communauté, il me semble que les grands maîtres du développement local et de la vitalité des communautés sont les hommes et les femmes. Ce sont les personnes qui composent nos communautés qui la colore, lui donne le ton et les orientations. Ils sont la matière première, c'est sur ses habitants que repose tout le dynamisme d'une communauté.

Les règlements, les lois, les volontés politiques, les subventions viendront lorsque nous serons collectivement convaincus que la culture, cette réalité intemporelle, communautaire et sociale est la clé de voûte du développement.

Après ce constat, il faut se mettre à la tâche et travailler de concert pour avancer. Fini l'esprit de clocher où Ton père est plus fort que le mien était de mise, aujourd'hui c'est la complémentarité et la collaboration qui font que la communauté profite des compétences de tous et chacun.  Ce n'est qu'à ces conditions que les milieux ruraux se démarqueront et survivront.

Et c'est là notre paradigme, le monde rural est condamné à l'innovation, politique, comme économique et même social, il doit continuellement être en changement et savoir s'adapter pour se développer à sa pleine mesure. Car, un autre aspect du défi rural est de « redonner un sens, une vie et un contenu réels aux collectivités naturelles que sont les villages, les villes et les régions, voilà la pierre angulaire » de notre vision des choses. Créer un sentiment d'appartenance ou miser sur le sentiment d'appartenance pour stimuler la prise de responsabilité et la volonté d'assurer une stabilité à nos milieux de vie.

Cet état de fait étant convenu, ce qui a changé avec la globalisation de l'économie et la mondialisation des échanges de tout type est la définition même du monde rural désormais centré sur sa nature plutôt que sur son rôle. Donc, au moment où nos communautés se mobilisent autour de leur caractère, de leur mode de vie distinctif, plus que jamais les énergies des leaders doivent être investies dans la conception et le développement d'un modèle social, politique, économique et culturel rural. Car rien n'assurera plus la pérennité de notre mode de vie et de nos villages que la prospérité de chacun de ses membres. Nous sommes condamnés à imaginer, à inventer ce que nous voulons être, à innover dans nos façons de faire et à en saisir les autorités politiques afin qu'elles nous donnent tous les pouvoirs pour avancer dans la direction qui NOUS convient.

Le monde rural est aussi un enjeu politique de taille qui concerne notamment l'occupation du territoire, la protection et la mise en valeur des ressources naturelles si importantes pour l'économie canadienne. Il est donc raisonnable que les gouvernements locaux, régionaux ou nationaux se donnent des politiques dont les ruraux useront comme d'un tremplin pour construire un monde rural moderne, contemporain, adapté aux besoins des hommes et des femmes qui préfèrent vivre dans des communautés de petites tailles.

Et à Solidarité rurale nous avons déjà travaillé sur le sujet. À partir de travaux sur la nouvelle économie rurale, sur les micro-entreprises, sur l'organisation politique et économique des villages, je dis que la nouvelle économie rurale et ses entreprises seront simultanément créatrices et innovantes; flexibles et polyvalentes; écologiques, maillées et enracinées; participatives.

Leurs conditions d'émergence sont la formation continue et de qualité comme celle offerte par les Maisons familiales rurales, avec accès aux ressources, investissement dans la recherche, innovation et développement, accès aux marchés domestiques et aux capitaux surtout ceux pour le démarrage. Enfin, je dis que l'avenir du monde rural est tributaire de notre capacité collective et individuelle à redéfinir son sens tout autant que son économie. 

Le professeur en sciences économiques Bernard Pecqueur, un Français, dit même que « le développement local est la seule façon de s'adapter au global (.) si on oppose à la grande production la spécificité, on aura du développement local ».

Il va même jusqu'à dire que « l'un des moyens à la disposition des pouvoirs publics pour encourager le développement local est (..) d'investir dans la construction des territoires, la protection des paysages, des ressources naturelles. Le territoire devient une valeur. C'est toute la différence entre valoriser un territoire, forcément unique, ou valoriser une main-d'ouvre », une ressource, un secteur, que l'on pourra toujours trouver ailleurs. Sûrement à meilleur prix. Je suis assez vieux pour faire des prédictions : le marché des produits de masse appartient désormais aux pays du Tiers Monde avec la Chine et l'Inde en tête. Mais à Québec et à Ottawa, on ne sait pas encore ça!

En terminant, j'aimerais vous dire que nous tentons tous les jours à Solidarité rurale du Québec d'être un point de contact, un relais, un lieu de ressourcement pour les leaders des communautés rurales et que nous appuyons, par nombre d'outils, ceux et celles qui choisissent de vivre au village. Nous accompagnons aussi les communautés, qui nous le demandent dans leur démarche de développement ou tout simplement dans leur effort de sauvegarde des services au village.

Notre coalition est hybride avec un membership composé d'une vingtaine d'organismes nationaux telle que l'Assemblée des évêques, les grandes organisations syndicales dont l'Union des producteurs agricoles, la Fédération des caisses Desjardins, la Fédération de l'Âge d'Or, l'Association des CLSC et CHSLD du Québec, la Fédération québécoise des municipalités, bref, un sommet économique permanent auquel se greffent plusieurs organismes régionaux et des membres individuels.

Depuis 1997, Solidarité rurale du Québec est également l'instance-conseil du gouvernement du Québec en matière de ruralité. Nous sommes donc simultanément un groupe-conseil, un lobby, un centre de formation, un centre de documentation, un lieu de recherche, une petite maison d'édition, un organisateur d'événements, tout cela avec une vaillante équipe d'une dizaine de personnes. Notre site Internet mérite d'être visité notamment pour y lire notre bulletin d'information, le Québec rural.