Montmagny. Notes pour l'allocution de Claire Bolduc à la 16e Conférence nationale de SRQ sur "la proximité des services"

25 Mars 2009

Discours d'ouverture

Salutations d'usage.

C'est pour moi un immense plaisir d'ouvrir cette 16e Conférence nationale, et une grande satisfaction de vous voir en aussi grand nombre répondre à l'invitation de Solidarité rurale du Québec.

Cette Conférence nationale constitue d'abord un moment de pause et nous invite à prendre un peu de recul, collectivement, pour réfléchir sur le devenir de nos communautés dans le tourbillon d'une mondialisation incontrôlée et son engrenage qui menace le village et même la planète. C'est un espace de débats et de réflexions et nous l'espérons, ces moments inspireront vos actions et aiguiseront votre désir d'engagement.

Depuis quelques mois, un tsunami a balayé la finance mondiale et son onde de choc continue de se répercuter dans toutes les sphères de l'économie. Le monde rural, déjà ébranlé par des années de crises, de difficultés et de fermetures dans ses fondements mêmes doit maintenant faire face à un contexte de récession généralisée. Des années durant, les ténors qui prétendaient vouloir nous aider n'ont cessé de nous assener leurs discours, affirmant que pour sortir de la crise forestière, manufacturière ou même agricole, il fallait attendre la reprise des marchés, et qu'entretemps, il était nécessaire de consolider et rationaliser les activités, de fusionner.

Non seulement la reprise n'est pas venue, mais en prime, s'est installée une culture d'attentisme et de fatalité, une culture qui nous immobilise, qui nous empêche même de remettre en question un modèle qui ne remplit plus ses promesses, un modèle qui s'avère de plus en plus dépassé. Et attention! Ici, ne nous y méprenons pas. Il s'agit non pas du déclin ou de l'échec du monde rural, mais bien de la crise et de l'échec d'un modèle économique tout entier! Et nous sommes appelés, j'ose dire condamnés, à renouveler, à réinventer ce modèle, à le dessiner selon nos aspirations! Cette période de crise nous offre une chance historique de le faire, qu'on pense à la forêt, à l'agriculture, à l'aménagement du territoire, aux énergies.

L'histoire nous apprend que les changements les plus significatifs sont rarement ceux qui viennent dans un élan de générosité de l'État. C'est plutôt le désir de changement à la base et la mobilisation qui arrivent à pousser les décideurs à résister aux hésitations et faire le pari du courage. Aujourd'hui plus que jamais, nous devons faire appel à cette mobilisation et à la vigilance de tous les instants, si l'on veut éviter de voir des réformes inachevées, des virages nécessaires transformés en projet pilote pour gagner du temps.

Le monde arrive à un grand virage! Pourtant, on se plait encore à croire qu'on peut s'en sortir en manipulant des recettes d'une autre époque. Il nous faut dès maintenant, et plus que jamais, voir autrement. C'est l'appel que vous fait Solidarité rurale année après année, parce qu'il faut oser remettre en question les fondements mêmes de notre modèle de développement.

La crise économique est indissociable de la crise environnementale. Le constat que nous devons faire, l'action que nous devons entreprendre et partager, ce n'est pas de sortir de la crise, mais c'est bien de ne plus être à la merci d'un modèle qui nous conduit de crise en crise. Aujourd'hui, c'est d'une révolution dont on a besoin, une révolution pour nos communautés, pour nos enfants, une révolution parce que nous devons redéfinir les fondements mêmes de notre peuplement sur nos territoires et notre capacité de les habiter, d'en faire des milieux de vie.

Le monde rural est un espace de prospérité parce qu'il regorge de ressources et de potentiels qui ne sauront être mis en valeur sans le génie et les compétences des hommes et des femmes qui habitent nos territoires. Le monde rural est d'abord un milieu de vie, qu'on ne peut donc réduire à la seule expression des secteurs économiques ou d'un espace de production. Avant même ses ressources, le capital le plus précieux pour toute société réside en la personne. L'évolution de notre démographie, le vieillissement et les flux migratoires nous rappellent que le citoyen est la ressource la plus rare et précieuse qu'il soit pour nos milieux.

Pour qu'elles demeurent attrayantes, les communautés rurales ne doivent pas perdre leur âme à tenter de copier la ville, à tenter de lui ressembler et céder à l'uniformité de l'urbanisation. Elles auront sans doute plus de succès à cultiver leurs différences, à proposer un mode de vie que nos contemporains ne retrouvent plus et recherchent ardemment. Et pour être attrayantes, elles doivent aussi s'équiper et assurer des services.

Des services de proximité pour les communautés parce que c'est une nécessité, une question d'équité, une expression de notre capacité à rejoindre et desservir les citoyens dans un immense territoire. Des services aussi comme source de diversification économique, parce que les économies deviennent tertiaires. Des services adéquats de connectivité parce qu'on veut savoir, on veut mettre en marché non seulement des produits, mais aussi des compétences et des savoir-faire, on veut pouvoir les rendre accessibles à l'autre bout de la planète à partir du village.

On a besoin de garder l'école du village, parce que c'est l'âme du village. Le dépanneur parce qu'il représente plus qu'un commerce dans le village, il a un rôle social comme point de rencontre où circule l'information et s'identifie une population. Bref, les services pour bâtir la société de demain.

Il nous faut non seulement maintenir, défendre, préserver. mais aussi développer, imaginer, remodeler. Les citoyens ruraux que nous sommes avons le droit de réclamer ces services, mais nous avons aussi le devoir de nous impliquer pour redéfinir les façons dont nous les recevrons, nous avons le devoir de repenser les changements! Et notre imagination doit nous insuffler des idées pour aujourd'hui et pour le futur!

Le changement c'est d'abord des idées, l'audace d'imaginer plutôt que céder au fatalisme. Et le courage de transformer cette audace en action! Parce qu'il faut agir. En cette matière, les gouvernements doivent bien prendre conscience que pour les périodes difficiles qui nous attendent, il ne faut pas céder à la facilité de réduire l'accessibilité des services. Il ne faut pas non plus céder à la facilité du marché, car ce n'est pas le marché qui permettra d'assurer un service équitable dans les communautés.

Au contraire, les gouvernements doivent accompagner la prise en charge de nos milieux et remplir leur devoir quant à l'universalité des services. Ils doivent prendre conscience qu'il faudra accélérer la cadence, notamment en matière d'accès à la haute vitesse. Les premiers pas sont franchis, mais il faudra impérativement investir plus et plus rapidement.

Pour conclure, le monde rural a toujours mis au cour de ses préoccupations l'occupation des territoires. Aujourd'hui plus que jamais, pour sortir de cette crise et créer un Québec prospère à long terme, on doit miser sur nos territoires, des territoires à vivre et à habiter. Il s'agit d'un enjeu crucial non seulement pour tous ces territoires, mais pour l'ensemble de la société québécoise. C'est pourquoi nous devons inviter tous nos territoires à se doter d'une vision et faire en sorte que cette vision partagée mobilise l'ensemble de notre société. Urbains, ruraux, artistes, hommes d'affaires, citoyens, agriculteurs, jeunes et femmes, on a besoin d'un élan de solidarité qui nous soit salutaire.

Rappelons-nous que dans les moments de grande morosité, notre société a su relever les défis et s'en sortir en mettant l'esprit de solidarité au-dessus de tous les intérêts. C'est de cette solidarité dont nous avons tous besoin, peu importe qu'on habite le village ou la ville.

Et aujourd'hui même, comme Coalition du monde rural, nous lancerons un appel au Québec entier à cette mobilisation, et je vous invite à faire retentir ce message, en participant activement à la mobilisation que Solidarité rurale du Québec annoncera.

Plus que jamais, tant vaut le village, tant vaut le pays!