Fin de la Politique nationale de la ruralité

4 Décembre 2014

Nicolet, le 4 décembre 2014 – Solidarité rurale du Québec déplore la fin de la Politique nationale de la ruralité (PNR).


Les représentants du MAMOT ont en effet informé l’organisation qu'au 31 mars 2015, les MRC ne seront plus tenues de respecter la description du mandat des agents de développement rural, tel que prescrit dans la Politique. Les sommes allouées pour les postes d'agents de développement rural pourront être affectées à d'autres professionnels. Dès 2016, ces sommes, ainsi que les Pactes ruraux, feront partie d’une enveloppe globale de 100M$ (Fonds de développement des territoires) associée au Pacte fiscal et les MRC pourront en disposer selon les priorités qu'elles auront établies sur les différents territoires du Québec. Ce faisant, l’État retire aux élus l’obligation d’affecter ces sommes au développement collectif, comme que prévu à la Politique. En effet, dans un contexte où il leur retire une part importante du financement nécessaire à respecter leurs engagements de base, il sera probable que ces sommes servent à combler des besoins autres.


« L’argent ne fait pas les politiques gouvernementales » rappelle Claire Bolduc. « Ce qui fait une politique, c’est l’objectif qu’elle poursuit, et surtout, l’encadrement et le support qu’elle apporte  aux milieux pour atteindre cet objectif. Dans le contexte budgétaire actuel, au moment où les MRC doivent déjà composer avec le tiers de leur enveloppe habituelle, on voit mal comment elles pourront continuer à faire vivre la Politique nationale de la ruralité. Surtout qu’elles doivent aussi composer avec le retrait de subventions dans d’autres domaines. Au final, quels choix feront les MRC en ce qui concerne les agents de développement rural, les agents de développement économique, les agents Ville et village d’art et de patrimoine, tous embauchés avec l’appui financier du gouvernement au départ, un appui aujourd’hui considérablement réduit ? Personne ne pourra leur en vouloir de dénaturer les politiques dont le gouvernement n’a aujourd’hui cure.  »


« Vidée de son âme et de sa philosophie, ayant perdu son messager et principal partenaire, la Politique nationale de la ruralité se résumera au Pacte rural qui disposera d’un budget réduit. » soutient Bernard Vachon, détenteur d’un doctorat de la London School of Economics and Political Science en Angleterre et de l’Université de Liège en Belgique et professeur-chercheur au Département de géographie de l’Université du Québec à Montréal à la retraite. « Anéantie désormais toute l'expertise développée et transmise par les laboratoires ruraux, les groupes de travail et ces autres programmes œuvrant en amont et parallèlement à l'action de terrain. Et avec elle, le dévouement de centaines de bénévoles supportant les initiatives locales. »


À propos de la Politique nationale de la ruralité
La Politique nationale de la ruralité a été annoncée en 2001 et elle fut renouvelée en 2007, puis en 2014, pour 10 ans, avec un budget de près de 500M$. Elle avait pour objectif de stimuler la vitalité des milieux en favorisant la prise en charge locale du développement, en misant sur une vision territoriale, sur la mobilisation des citoyens et sur une responsabilisation des milieux concernant l’utilisation des ressources. À cette fin, elle mettait à la disposition des communautés un réseau de 136 agents de développement rural chargés de mobiliser les milieux et de les accompagner, ainsi que les pactes ruraux, des enveloppes financières destinées à supporter des projets de développement. L’OCDE l’a examinée en 2010 et avait conclu qu’il s’agissait de la Politique rurale la plus achevée à l’échelle des pays de l’OCDE.


À propos de Solidarité rurale du Québec
Créée en 1991 pour assurer le suivi des États généraux du monde rural, Solidarité rurale du Québec a pour mission de promouvoir la revitalisation et le développement du monde rural, de ses villages et de ses communautés, de manière à renverser le mouvement de déclin et de déstructuration des campagnes québécoises. Composée d'une vingtaine d'organismes nationaux, de près de 300 membres corporatifs et individuels, la Coalition agissait, depuis juin 1997, à titre d'instance-conseil du gouvernement du Québec en matière de développement rural. C’est à ce titre qu’elle avait conseillé au gouvernement de mettre en place la Politique nationale de la ruralité.