Lettre à l'honorable Diane Finley: Main tendue pour les travailleurs en milieu rural
Nicolet, le 13 juin 2012
L’honorable Diane Finley
Ministre des Ressources humaines et du Développement des compétences
Chambre des communes
Ottawa (Ontario) K1A 0A6
Objet : Main tendue pour les travailleurs en milieu rural
Madame la Ministre,
La réforme de l’assurance-emploi imposée par votre gouvernement a fait couler beaucoup d’encre dernièrement, à juste titre. Au-delà du fait que cette réforme s’effectue en faisant l’économie des nécessaires débats que ce sujet appelle, celle-ci a été infligée à tous, sans nuances, alors que vous la conceviez vraisemblablement pour répondre à des problèmes spécifiques de main-d’oeuvre. C’est un peu comme si, diagnostiquant un patient d’un mal, un médecin avait décidé d’imposer son remède à tous, ayant pour conséquence de rendre tout le monde malade d’un traitement dont personne ou presque n’avait vraiment besoin.
Le résultat de cette réforme, appliquée telle quelle, sans égard aux réalités rurales, où le 1% de chômeurs affectés se trouve probablement, sera catastrophique. Obligera-t-on un travailleur forestier à accepter un emploi à l’épicerie du coin le temps que la saison ne reprenne ? Quels avantages y auront autant le travailleur que son employeur qui le verra repartir au bout de quelques mois, après l’avoir formé? Quels intérêts auront les jeunes à choisir un métier de la foresterie ou des pêches, par exemple, alors que ces domaines manquent déjà cruellement de relève ?
A-t-on réfléchi à Ottawa aux impacts très différents que l’obligation de trouver un emploi à une heure de son domicile aura pour les travailleurs ruraux concernés? Une heure de chez soi en ville c’est un trajet qui peut se parcourir en transport en commun. Ce n’est pas le cas en milieu rural. Occasionner des coûts supplémentaires en essence pouvant aller jusqu’à 400 $ mensuellement, à une famille déjà privée du tiers de son revenu habituel, est-ce bien raisonnable ? A-t-on réfléchi à tout cela avant d’imposer cette réforme aux travailleurs canadiens ?
En votre qualité de ministre des Ressources humaines, si vous souhaitez réellement aider les chômeurs des milieux ruraux, il y a des pistes plus porteuses que vous pouvez explorer. En y réinvestissant d’abord. Il est assez ironique de vous voir vous inquiéter de l’emploi au moment où votre gouvernement sabre dans les rares programmes qui injectent des fonds dans les régions, comme vous l’avez fait récemment en supprimant le Programme pour le développement des collectivités, en diminuant les fonds de Développement économique Canada. Notons au passage que votre gouvernement supprime également des emplois de qualité en région, notamment dans les Postes, mais aussi dans les centres de recherche et les centres maritimes. Puis-je vous rappeler qu’il y a à peine un an, votre formation politique se présentait devant les Québécois sous la bannière Notre région au pouvoir? Il faudrait à présent arrimer cet engagement d’être le gouvernement de toutes les régions avec vos politiques publiques.
Si votre gouvernement s’inquiète réellement du sort des travailleurs saisonniers, pourquoi ne pas plutôt investir dans la diversification des économies régionales et dans la valorisation des métiers liés au secteur primaire? Vous pourriez aussi vous interroger sur la mobilité des travailleurs. Du Plan Nord à l’exploitation des hydrocarbures de l’Ouest, on ne voit pas de planification en ce qui concerne les ressources humaines. Certaines de nos PME plafonnent par manque de main-d’oeuvre qualifiée, incapables de concurrencer les salaires offerts par d’autres. Il y a là, pour nos milieux, un enjeu bien véritable. Car, chaque fois que cela se produit, ce n’est pas que l’entreprise qui perd un employé; c’est un village qui perd un citoyen.
S’il est une chose à espérer, c’est que votre gouvernement en vienne à passer outre les clichés et les idées reçues pour aller constater de visu que votre réforme ne tient pas la route, particulièrement dans les communautés rurales. Vous devez apprendre que le monde rural est autrement plus complexe qu’il n’y paraît et qu’il nécessite une attention particulière. En ce sens, comme instance-conseil du gouvernement du Québec en matière de ruralité depuis 15 ans, je veux aujourd’hui vous tendre la main afin que nous puissions trouver ensemble des solutions aux défis des ressources humaines dans nos milieux ruraux. Parce que tant vaut le village, tant vaut le pays. Ce n’est pas en fragilisant nos villages que nous renforcerons le pays.
Nous sommes disponibles pour vous rencontrer rapidement. J’espère que nous pourrons compter sur vous afin de faciliter cette rencontre.
La présidente de Solidarité rurale du Québec,
Claire Bolduc



