Territoire et démographie

photo paysageQuand on parle de la ruralité québécoise, on fait référence à près de 1000 communautés et à 1 950 000 habitants, selon la définition de la ruralité adoptée par la Politique nationale de la ruralité. Au sens de cette politique, les collectivités considérées rurales sont celles de moins de 10 000 personnes ou, pour quelques exceptions, les municipalités de plus de 10 000 habitants situées dans une région rurale. En 2006, la population rurale représente donc 26,2% de la population totale du Québec (7,4 millions d’habitants) et occupe près de 90 % du territoire habité. En fait, jamais dans l’histoire du Québec, la population rurale n’a été aussi nombreuse.

Une évolution démographique contrastée

Contrairement à ce que l’on pourrait croire à première vue, les milieux ruraux ne sont pas tous en déclin. Depuis 1981, la population rurale s’est accrue de 9% (+18% en milieu urbain), soit de 161 000 personnes (Jean et collab., 2009). Aussi, depuis quelque temps, la croissance de la population rurale surpasse celle de la population urbaine.

Variation de la population rurale et urbaine au Québec

Tableau 1.  Variation de la population rurale et urbaine au Québec

Source : Statistique Canada, Recensement de la population, 1996, 2001, 2006

D’ailleurs, entre 2001 et 2006, 181 municipalités rurales (15,6%) ont redressé leur profil démographique tandis qu’elles stagnaient ou décroissaient pendant la période 1996 à 2001 (Statistique Canada, 1996, 2001, 2006, Compilation spéciale de Solidarité rurale du Québec). Ces territoires en croissance se trouvent principalement dans les régions centrales, aux abords des villes moyennes ou des métropoles de Québec et Montréal. Cependant, les régions éloignées continuent de voir décroître leur population.

encadré: La démographie rurale du Québec suit trois trajectoires différenciées

Source: Statistique Canada, Recensement de la population 1996 et 2006, Solidarité rurale du Québec, compilation spéciale

Ainsi, le défi démographique et ses incidences se posent de façon très différente sur le plan territorial au Québec, et ce sera davantage le cas à l’avenir; les perspectives démographiques laissent présager une accentuation de la polarisation géographique de la population au voisinage des villes et métropoles.


Un vieillissement rapide

La municipalité de St-SébastienSi le phénomène du vieillissement de la population touche la plupart des pays occidentaux, au Québec, il connaît un rythme des plus rapide. Cette tendance qui s’accélère est encore plus marquée dans les milieux ruraux du Québec.

Près de 28% de la population rurale aura 65 ans et plus en 2026, comparativement à 24% en milieu urbain. On constate aussi que ce vieillissement est plus prononcé dans les territoires qui sont déjà confrontés à un déclin démographique. Ainsi, combiné au départ des jeunes, le vieillissement plus précoce dans les régions périphériques majoritairement rurales tend à réduire continuellement le bassin de population active. Le groupe des 15 à 64 ans diminue continuellement; de 68% qu’il était en 2001 en milieu rural, il ne représenterait plus que 59% en 2026. Cette évolution pose d’importants problèmes dans ces territoires, notamment pour y remplacer les actifs et remédier à la pénurie de main‑d’oeuvre.


Un phénomène migratoire en transformation

L’évolution de la population rurale est principalement le fait des migrations internes. En effet, la natalité des milieux ruraux est comparable à celle qui prévaut en milieu urbain, alors que l’apport de l’immigration en zone rurale a un impact négligeable sur le plan démographique.

Depuis quelque temps, on observe un redressement des trajectoires migratoires au profit du rural. En effet, les soldes migratoires internes de la dernière période intercensitaire montrent que les entrées de population en milieu rural sont supérieures aux sorties d’effectif.

 

Solde migratoire interne des territoires ruraux

Tableau 2. Solde migratoire interne des territoires ruraux

Source: Jean et collab., 2009

D’une part, les mouvements migratoires s’observent des milieux urbains vers les milieux ruraux, mais aussi de certains milieux ruraux vers d’autres territoires ruraux. Encore une fois, les zones rurales en périphéries des villes, de même que les territoires les plus centraux sont les grands gagnants, alors que globalement, les régions éloignées continuent de perdre des effectifs. Cependant, il existe certaines municipalités éloignées qui gagnent au jeu de l’attraction et qui affichent une croissance de leur population.

Cela dit, l’évolution démographique, bien qu’importante, ne peut être considérée comme le seul indicateur du degré de vitalité d’une communauté. Malgré un relatif déclin démographique, certaines communautés connaissent une revitalisation sur plusieurs plans. L’évolution démographique est aussi tributaire de facteurs économiques (le foncier, les revenus, les ressources, les cycles économiques), de la régulation institutionnelle (par le truchement de lois, de règlements, de taxes, de programmes et de politiques touchant l’aménagement du territoire) et de facteurs d’ordre culturel qui contribuent à déterminer les préférences sociales et le mode de vie, en plus d’influencer les choix d’installation.

Conséquences de la démographie sur le plan résidentiel

Village de Ste-EulalieL’évolution démographique des milieux ruraux entraîne des conséquences de l’espace résidentiel, et ce, sur plusieurs plans:

  • Croissance fulgurante des zones périurbaines avec des taux de mises en chantier résidentielles supérieurs au milieu urbain;
  • Réduction de la taille des ménages et accroissement de leur nombre, entraînant une pénurie de logements locatifs dans plusieurs milieux ruraux;
  • Forte demande résidentielle soutenue notamment par l’arrivée de baby-boomers en quête d’aménités rurales. Conséquemment, hausse de la valeur des propriétés foncières et des comptes de taxes à des niveaux parfois prohibitifs pour l’installation ou la rétention des ménages, ce qui renforce la pénurie de main‐d’oeuvre dans certains territoires;
  • Dévaluation foncière dans certains milieux dont les populations sont en déclin, provoquant une fracture fiscale au niveau des territoires.

Comme on peut le constater, l’évolution résidentielle rurale témoigne elle aussi de disparités entre les territoires. Certains défis résidentiels appellent assurément des solutions politiques. Des démarches innovantes à l’échelle locale sont également possibles et bienvenues.