Profil socio-économique du monde rural

Équipement de bateauL’évolution démographique des milieux ruraux est intimement liée à l’évolution des dynamiques socio-économiques de ces milieux, dont voici quelques indicateurs.

Longtemps associée à l’agriculture et aux activités du secteur primaire, la structure de l’emploi rural a beaucoup évolué et ne se résume plus à ce type d’activités. En 2006, la proportion du secteur primaire comptait pour 9% de l’emploi en milieu rural. Bien sûr, les activités agricoles, forestières, halieutiques et minières sont toujours importantes en terme de production, mais l’emploi dans ces secteurs a considérablement diminué au fil des dernières décennies. La mécanisation, les avancées technologiques et la diminution du nombre d’entreprises sous l’effet des restructurations économiques y sont pour beaucoup dans ces évolutions.

Proportion des emplois du primaire, du secondaire et du tertiaire en milieu rural et urbain, 2006

Graphique: Proportion des emplois du primaire, du secondaire et du tertiaire en milieu rural et urbain, 2006

Source: Statistique Canada, Recensement de la population; MAMROT, compilation spéciale. Tiré de Jean et al., 2009, Comprendre le Québec rural.

Le secteur manufacturier a vu sa part s’accroître considérablement au fil des ans, et l’emploi rural y est désormais plus important qu’en milieu urbain. Par ailleurs, les activités du secteur tertiaire ont évolué en phase avec la tertiarisation de l’économie de toute la société. Si les activités du tertiaire sont tout de même moins importantes qu’en milieu urbain, c’est que les villes continuent de concentrer les activités commerciales, les emplois de l’administration publique, les services financiers, d’assurance et d’immobilier, ainsi que les autres services spécialisés.

KamouraskaDe 1986 à 2006, la croissance de l’emploi rural (+19%) a été supérieure à celle de l’emploi en milieu urbain (+14%). À cet égard, le phénomène marquant des dernières décennies est la réduction des disparités en matière d’emploi entre milieux urbain et rural. En effet, le taux de chômage en 2006 était de 7,9% en milieu rural, contre 6,7% en milieu urbain. Cependant, les écarts en matière de chômage sont plus importants au sein même des milieux ruraux qu’entre milieux ruraux et urbains. Alors que le taux de chômage n’est que de 4,3% dans le rural périmétropolitain, il est de 6,6% dans les régions centrales et de 12,7% dans les zones rurales des régions éloignées. Par contre, ce taux de chômage a connu une diminution de 6 à 10 points de pourcentage entre 1986 et 2006. Ce sont les régions rurales éloignées qui ont connu la plus grande amélioration, le chômage passant de 22,3% à 12,7% pour la période 1986-2006.

Une autre tendance remarquable des dernières années est l’affirmation du monde rural dans la création de richesses. En 2006, le PIB rural représentait 19,6% du PIB de l’ensemble de la société (18,2% en 1991). De 1991 à 2006, le PIB rural a connu une croissance annuelle moyenne de 3%, comparativement à 2,3% en milieu urbain. Même que les milieux ruraux périmétropolitains ont connu une croissance annuelle moyenne de 4,5% du PIB et de 3,6% dans les territoires ruraux avoisinant les centres urbains de plus de 20 000 habitants. Par contre, cette croissance n’a été que de 1,8% dans les régions rurales éloignées.

Au sujet des revenus, il existe toujours des écarts entre les milieux ruraux et urbains. En 2005, le revenu moyen des ménages ruraux était moindre de 11,5% à celui retrouvé en milieu urbain. Il était de 53 737$ pour l’ensemble des ménages ruraux et de 60 715$ pour les ménages urbains. Cependant, on remarque des écarts importants entre les régions rurales périmétropolitaines (65 267$), les milieux essentiellement ruraux des régions centrales (52 958$) et ceux des régions éloignées (49 868$). Malgré ces écarts, le rural a connu une augmentation importante du revenu moyen de ces ménages de l’ordre de 18,8% comparativement à une croissance de 13% en milieu urbain pour la période 1985-2005. Encore une fois, les régions rurales éloignées se distinguent de cette moyenne avec une croissance de 13,3%. La réduction des disparités entre tout aspect rural et urbain à ce niveau est tout de même notable.

Magasin général UptonDe plus, la proportion de ménages à faible revenu n’est que de 10,2% en zones rurales comparativement à 19,6% en milieu urbain. Le coût de la vie est parfois moindre en milieu rural lorsque l’on considère certains aspects, tel le logement par exemple. Par contre, les coûts de transport liés au déplacement sont importants en milieu rural et ne font pas partie des calculs de faible revenu. De plus, en milieu rural, les travailleurs à faible revenu ont plus d’expérience professionnelle, travaillent 300 heures de plus par an que les urbains et touchent moins d’aide sociale (7% vs 13% en milieu urbain). On trouve d’ailleurs plus de travailleurs autonomes avec un faible revenu en milieu rural (Statistique Canada, 2008).

Somme toute, l’évolution des milieux ruraux en termes d’emplois, de PIB et de revenus est encourageante. Alors que les régions rurales en périphérie des centres urbains s’en tirent plutôt bien, globalement, les écarts continuent de s’accentuer lorsqu’il est question des milieux essentiellement ruraux centraux et éloignés. Au Québec, près de 150 communautés sont toujours considérées dévitalisées, pour la plupart localisées en milieux éloignés. Cette situation appelle des solutions innovantes pour permettre à ces milieux de diversifier et de renforcer leur économie.

Par ailleurs, bien qu’on remarque un rattrapage des milieux ruraux par rapport aux milieux urbains d’un point de vue économique, la fracture est toujours importante lorsque l’on envisage la scolarisation. En effet, en 2006, on compte près de 30% des ruraux n’ayant pas terminé leurs études secondaires, contre 22,3% en milieu urbain. De plus, la proportion détenant un diplôme universitaire en milieu rural est deux fois moindre que celle en zones métropolitaines (21,2%). Cette situation est pour le moins préoccupante compte tenu de l’importance des emplois de savoir dans la nouvelle économie.